Samedi 19 avril 2008
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Half Note 2005
James carter (ts, ss, bs), Gerard Gibbs (org), Leonard King (dm), Hamiet Bluiett (b), James « Blood » Ulmer (g)
La
distribution tardive de cet album réalisé en live en 2004 au Blue Note de New York ne trouve pas sa justification par une actualité particulière liée au saxophoniste. Juste le hasard de la
distribution dont, n’ayant pas le dossier de presse en mains, nous ne connaissons pas les raisons. Néanmoins cet album prit dans son jus « live » témoigne d’une telle énergie et d’un
tel volume de jeu de James Carter qu’il eut été assurément dommage de s’en priver et de priver du même coup tout le fan club du saxophoniste de Detroit.
Après une mis en bouche sublime où James Carter entame avec une incroyable sensualité un Out of Nowhere au ténor avec
un immense respect pour les saxophonistes de la lignée de Coleman Hawkins ou de Don Byas, l’album se poursuit avec une belle version de Along came Betty » le fameux thème de Benny
Golson sur lequel Carter fait montre d’une grande liberté farouche tant dans la forme que dans le fond, s’affranchissant comme il le veut de la grille sans la lâcher complètement. Assez
bluffant et même quasiment « Aylerien » mais dans le même temps assez perturbant pour une rythmique qui ne semble pas forcément très à
l’aise et en tous cas nettement en deçà de ce que le niveau de James Carter exige de ses partenaires. Dans un esprit plus blues and roots se glisse sous la guitare du génial bluesman James Blood
Ulmer et sur la composition de celui-ci, Highjack, quelques accents rock du plus profond de racines qui nous ramènent quelques années en arrière à l’époque où le grand Jimmy était encore
en vie. Le mélange avec James Carter s’y fait alors explosif et la rencontre des deux y est totalement convaincante. En effet, virtuose exceptionnel
James Carter dans sa façon de jouer de tous les saxs ( baryton entre autres) balance des inflexions rocailleuses venues de l’âge de pierre avec une sauvagerie brute et presque animale qui plonge
dans les entrailles d’une musique afro-américaine dont le saxophoniste balaie largement les grands espaces. Avec un matériau âpre et rugueux, James Carter est une sorte d’archétype du
saxophoniste dur au mal qualifié dans les liner notes de bad-ass, voire de sale gosse ou d’ours mal léché comme vous voulez. On pourra regretter certains choix (pourquoi doubler le baryton
au point que l’on ne sait pas forcément qui joue de Carter ou de Hamiet Bluiett ?) ou s’agacer peut être du côté ultra démonstratif de James Carter. Pas nous. C’est que cette musique là est
prise en live dans un concert où de toute évidence, le saxophoniste ne compte pas ni avec son plaisir ni avec le notre et où l’échange semblait était la recette du soir. Sacrément jubilatoire et
sacrément vivifiante la musique de James Carter devrait faire le bonheur de tous les programmateurs de festivals. La musique très américaine de Carter est un hommage à tous les héros de cette
musique mort une guitare à la main ou un sax entre les lèvres. Elle résonne chez nous comme une sorte d’épopée. Parfois duraille, parfois énervée ou brouillonne mais toujours héroïque.
Jean-Marc
Gelin
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Mercredi 16 avril 2008
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Blue Note Jazz 2008
Gonzalo Rubalcaba (p), Yosvany Terry (as, ss, ts), Mike Rodriguez (tp), Matt Brewer (cb), Marcus Gilmore (dm)
Ceux qui
attendaient avec impatience le nouvel album de Gonzalo Rubalcaba peuvent se réjouir. Ceux en revanche qui attendaient le disque du pianiste cubain
peuvent passer leur chemin tant Rubalcaba livre ici un album aux antipodes des clichés qui lui collent à la peau. Car ce dont il s’agit ici n’a rien, mais alors rien à voir du tout avec une
formation latino mais en revanche tout à voir avec un quintet de jazz pur jus comme on en fabrique à New York depuis quelques décennies. Gonzalo Rubalcaba mise tout sur l’écriture de ses
collistiers, Yosnavy Terry en tête ou Matt Brewer qui signe une très belle composition (Aspiring to normalcy). Une vraie écriture de saxophoniste basée sur l’atonalité, ou de
contrebassiste basée sur la présence rythmique et les doublements subtils de tempis au risque d’en oublier un peu la ligne mélodique (sauf dans Peace de Horace Silver ou dans le sublime
Preludio Corto de Alejandro Garcia Caturia qui clôture magnifiquement l’album). On y assiste alors à quelques beaux moments comme la découverte d’un saxophoniste épatant, Yosvany Terry
capable dans le même morceau de passer du ténor (où il est d’ailleurs un peu fade) à l’alto où il est étincelant possédant une réelle force d’expression, une sorte d’intensité fugace. Il faut
l’écouter sur This is it où son entente avec la rythmique, Rubalcaba inclus, y est fusionnelle. Cette rythmique portée à bout de bras par Matt Brewer, le contrebassiste qui ne cesse de
s’imposer sur toutes les scènes du monde et que l’on a pu entendre l’année dernière sur l’album de Yaron Herman. Et puis bien sûr à tout seigneur tout honneur, Gonzalo Rubalcaba qui a 45 ans
prend des allures de maître d’école et semble distribuer les rôles en imposant sa marque faite autant de sensibilité que de densité (Peace) au toucher nerveux et percussif sans jamais tomber,
comme on l’a dit dans les clichés qui lui sont attachés. On aura du mal cependant à crier ici au génie. L’album est honnête mais peut être pas assez ambitieux, parfois intéressant sur le plan
compositionnel mais qui laisse le plus souvent de marbre. On attendait bien plus de ce pianiste que l’on avait pris l’habitude d’adorer et qui manque un peu ici à nous captiver.
Jean-Marc Gelin
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Mercredi 16 avril 2008
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07:32
Michel Benita (b, cb), Manu Codjia (g)
Il y a dans le jazz des albums que l’on pourrait qualifier d’album d’atmosphère. Cet album de Michel Benita (aujourd’hui l’un des
plus grands contrebassistes français) qui accueille pour l’occasion le guitariste Manu Codjia est en une parfaite illustration. Car ce dont il s’agit dans cet album c‘est une ballade, autant dans
le sens musical du terme que dans celui d’un road movie qui nous ferait traverser de grands espaces américains. Empreint de folk et country à la manière de Bill Frisell qui est ici une référence
évidente d’un bout à l’autre de l’album, l’ensemble se fonde sur la mise en valeur de mélodies qui semblent justement tirées d’un folk songbook à l’image des deux titres qui ouvrent l’album
(Farewell Angelina de Dylan ou Round and round de Neil Young). Les réverbérations de la guitare de Codjia et les rondeurs profondes de Benita (comment ne pas penser à Charlie
Haden) s’associent à merveille. Elles nous font voyager des paysages désolés jusqu’aux confins du nouveau Mexique. Les grands espaces sont ainsi balayés du regard. Comme un plan fixe suivi du regard à la vitre d’un greyhhound (ces bus qui traversent les États-unis), ils évoquent des paysages solitaires animés par la légèreté de ballots de
paille dansant au vent et traversant la plaine déserte et sauvage. Jean-Marc Gelin
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Mercredi 16 avril 2008
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Mardi 15 avril 2008
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