Les Dernières Nouvelles du Jazz

Interviews


Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 05:03

danportraitthum.jpg (photo © Vincent Soyez 09)


Avec la récente sortie de « Duos with Lee » chez Sunnyside, le jeune Franco-Américain Dan Tepfer a rejoint une longue et prestigieuse lignée : celle des pianistes qui, des années 40 à nos jours, ont enregistré aux côtés de Lee Konitz. Le temps d’un blindfold test, nous lui avons proposé d’écouter et de commenter à l’aveugle le jeu de quelques-uns de ses illustres prédécesseurs, au fil d’enregistrements puisés dans l’abondante discographie du grand altiste (et artiste).


Lennie Tristano Quartet feat. Lee Konitz, Ghost Of A Chance

« Lennie Tristano », 1955

Le phrasé est magnifique… Je ne sais pas exactement, cela pourrait être un très jeune Paul Bley. (Une fois informé) Tristano ? Je ne l’avais vraiment pas reconnu. J’ai beaucoup écouté « The New Tristano », mais pas tellement ce disque. En tout cas, c’est très beau. Tristano est toujours incroyable d’un point de vue formel, pour ce qui est de la construction des lignes, mais parfois, il peut sonner un peu forcé, surtout au niveau de l’accompagnement. C’est ce qui peut me déranger chez lui. Là, il est effectivement très présent derrière le saxophone, il joue des triolets pendant que Lee joue swing… Mais sur ce morceau, tout est tellement relax que pour moi, ça fonctionne. La raison pour laquelle je ne l’avais pas reconnu tout de suite, c’est qu’on entend ici un vrai lyrisme, une sorte de romantisme assez rare chez lui.


Lee Konitz/Bill Evans Quartet, My Melancholy Baby (Paris, Mutualité, 3 novembre 1965)

DVD Jazz Icons, « Bill Evans, Live 64-75 »

Ça, c’est Bill Evans ! En fait, je n’aime pas trop son phrasé à cette époque, c’est très saccadé, avec une sorte de swing stéréotypé. Mais en même temps, ça le rend immédiatement reconnaissable, et ça, c’est déjà pas mal. Et puis, ça reste un immense pianiste dans sa façon d’harmoniser les accords. Sa manière d’accompagner, ou au contraire de choisir de ne pas jouer au début du solo de Lee… Il est vraiment compositeur dans l’accompagnement. Il y a une belle citation de Paul Bley là-dessus : « Si une situation musicale n’a besoin de rien, on la laisse comme elle est. Si elle a besoin de nous, on entre. » Et là, on sent bien que Bill Evans s’est posé cette question.


Duo Lee Konitz/Martial Solal, Stella By Starlight

« Impressive Rome », 1968

Je ne connais pas cet enregistrement, mais ça ne peut être que Martial ! Ce genre d’accompagnement, c’est sa marque de fabrique. Et puis, c’est l’un des rares musiciens à toujours garder le sens de l’humour, ce côté extrêmement ludique. Il y a un autre duo avec Lee que j’adore : « Star Eyes » (enregistré à Hambourg en 1983 NDLR). Pour moi, c’est le modèle du jeu en duo : ils se complètent parfaitement, comme le yin et le yang. Quand ils jouent ensemble, ils dépassent tout de suite les stéréotypes, les clichés piano-sax. Ce sont juste deux personnes qui font de la musique ensemble. En même temps, ils sont très différents : Lee reste très constant, quel que soit le contexte ; à l’inverse, Martial est reconnaissable au fait que son jeu est sans cesse différent. Sur ce morceau, c’est lui qui crée la variété en prenant l’initiative de partir dans toute sorte de directions, mais Lee trouve toujours le moyen de rester cohérent avec lui. On n’a jamais l’impression que le piano le gène, ça reste complémentaire. Et puis, quelle virtuosité ! J’ai beau avoir beaucoup écouté Martial, ça me bluffe toujours autant. C’est vraiment quelqu’un qui maximise les possibilités du piano. Une fois, il m’a raconté que, quand il était jeune, il faisait des exercices tout en lisant des romans !

(À la fin du morceau) Je ne sais pas comment il fait, mais Martial trouve toujours la fin parfaite à chaque morceau. Quand on improvise comme ça, conclure est vraiment ce qu’il y a de plus difficile. Et comme le jugement de l’auditeur est souvent basé sur la fin…


Duo Lee Konitz/Gil Evans, Drizzling Rain

« Anti-Heroes », 1980

Gil Evans. Ce doit être « Heroes » ou « Anti-Heroes ». Ça, c’est un pianiste qui pense comme un arrangeur. Du coup, il n’a pas peur de laisser des silences. Moi, j’adore le sax, je joue mal de l’alto, et quand je suis en tournée, après les gigs, je suis toujours en train d’en jouer avec le bassiste qui passe au piano, des trucs comme ça. J’ai aussi un ami guitariste tchèque qui joue du piano comme si c’était une guitare. Gil Evans maîtrise quand même bien mieux l’instrument, mais lui non plus, il ne joue pas comme un pianiste. Il fait juste des sons, et c’est très musical. Et puis évidemment, il trouve des voicings magnifiques. Il utilise souvent la neuvième mineure, une couleur que j’aime beaucoup, mais qui est moins courante chez les pianistes que chez les arrangeurs. Ça me rappelle aussi un album de Bob Brookmeyer où il est au piano, « Holiday ». Il y a beaucoup de similitudes dans leur jeu, tout est très délibéré, très précis, sans rien d’automatique dans les doigts.

Cet enregistrement est aussi l’un des rares où Lee joue du soprano. Avec une justesse parfaite, d’ailleurs, alors même que c’est un instrument extrêmement difficile à maîtriser. Lee est très sensible par rapport à ça, car on lui a souvent dit qu’il jouait faux. Mais en fait, il est très conscient de son intonation. Lorsqu’il attaque une note par en-dessous, c’est toujours volontaire. Il y a aussi des albums où il joue tout le temps aigu, c’est juste un son à lui. Aujourd’hui, il y a toute une catégorie de saxophonistes qui essaient de sonner comme des pianistes, de jouer exactement au milieu de la note. Pour moi, c’est négliger un élément extrêmement expressif de l’instrument. À propos de notre dernier disque, un critique à écrit que Lee pouvait suggérer des mondes d’émotion dans l’intonation d’une seule note. Ça lui a fait très plaisir.


Duo Lee Konitz/Michel Petrucciani, Lovelee, puis I Hear A Rhapsody

« Lee Konitz/Michel Petrucciani », 1982

C’est un peu choquant d’écouter ça après Gil Evans, qui était tellement musical, tellement ouvert. Là, c’est un jeu très pianistique, et c’est comme si tout se refermait. (Une fois informé) Petrucciani ? J’ai eu la chance de le voir peu avant sa mort, à Marciac, c’était très émouvant. C’est quand même un très bon pianiste, mais bon, pour moi, là, ça sonne assez plat. Artistiquement, il n’apporte rien à ce thème, on ne redécouvre pas I Hear A Rhapsody à travers ce qu’il fait. C’est le genre d’enregistrement où on s’est dit : « Je suis pianiste, je vais faire un disque avec Lee, on va jouer des standards… ». On ne sent pas qu’il a vraiment quelque chose à dire, et il ne pousse pas Lee à faire autre chose que ce que ce dont il a l’habitude.


Lee Konitz Quartet feat. Fred Hersch, Nancy, puis Boo Doo

« Round & Round », 1988

Un peu au hasard : Harold Danko ? (Une fois informé) C’est Fred Hersch ? Je le connais très bien, c’est un très bon ami. Mais ça ne sonne pas du tout comme Fred Hersch, ce truc ! Je ne reconnais ni ses phrases, ni ses voicings… Pourtant je connais très bien son jeu, qui est très identifiable. Et puis, Fred est quelqu’un qui est très attaché à avoir le son de piano le plus beau, le plus mélodieux possible. Là, ça sonne assez dur. Ça date de quand ? 88 ? C’est vrai qu’il y a eu une époque où il jouait vraiment hard bop, et son style a beaucoup bougé depuis. Je ne l’aurais jamais reconnu, en tout cas.


Trio Lee Konitz/Brad Mehldau/Charlie Haden, Everything Happens To Me

« Another Shade Of Blue », 1997

Brad Mehldau. J’ai cet album, un très beau disque. Il n’y a aucune formule dans ce que fait Brad ici, il est totalement à l’écoute de Lee, et son accompagnement est très construit, très précis, sans aucune surcharge. En même temps, il joue vraiment dans l’instant, tout en restant très décontracté, bien au fond du temps. Une fois, j’ai parlé avec Brad de cet enregistrement, et il m’a dit qu’au début, ça avait été très difficile pour lui de jouer avec Lee et Charlie. Selon lui, les premiers jours, il n’était vraiment pas bon. La difficulté, c’était de s’adapter à une conception du temps vingt fois plus relax. Et on entend ici qu’il y est vraiment parvenu. Cela dit, il y a quelques instants dans ce disque où on sent qu’il perd un peu la main, qu’il devient un peu moins cool. Il faut dire que ce n’est pas facile de rester cool quand on joue avec Charlie Haden et Lee Konitz !

Ce que je trouve bluffant chez lui, c’est qu’il sonne vraiment moderne, très contemporain. Pourtant, là, ce qu’il fait est assez traditionnel. Mais c’est maîtrisé à un tel point qu’il est capable d’y insuffler une vibe très « génération X ». Parfois, il sort des choses très surprenantes, mais cela ne paraît jamais plaqué par-dessus, comme si on passait tout d’un coup dans un autre style. C’est bien le langage du jazz historique, mais il propose d’autres solutions dans ce langage. Comme Arvo Pärt, qui a étudié le contre-point de Bach et de ceux qui l’ont précédé, et qui utilise cet idiome en proposant de nouvelles directions.

Brad est un peu le Charlie Parker d’aujourd’hui, au sens où il est une référence pour beaucoup de musiciens. À l’époque, Lee a vraiment étudié Parker, il sait d’ailleurs toujours jouer ses solos, je l’ai entendu le faire. Mais il s’est dit très consciemment : « je ne veux pas sonner comme ce gars-là. » Aujourd’hui, c’est le même problème avec Brad : c’est quelqu’un de très fort, avec un style très convaincant. Et pour moi et les gens de ma génération, notre mission, c’est de faire une musique que lui n’aurait jamais faite, tout en étudiant son jeu pour pouvoir se jucher sur les épaules de ce géant.


Duo Lee Konitz/Walter Lang, Way Too Early, puis Monk’s Cottage

« Ashiya », 2007

Le début est joli… Aucune idée de qui ça peut être. (Une fois informé) Walter Lang ? Je ne le connais pas. Là encore, je savais que ce disque existait mais je ne l’avais pas écouté. Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. C’est très joli, très relax, le time est vraiment super, mais en même temps, il n’y a pas la musicalité hallucinante d’un Gil Evans. Comme lui, il laisse beaucoup de silences, mais contrairement à Gil, ça donne une impression de vide. Très honnêtement, je trouve que son phrasé n’est pas très bon : il est un peu sur le devant du temps, et il ne joue pas des lignes particulièrement intéressantes. Dès qu’il commence vraiment à faire des phrases, il n’y a plus de main gauche. C’est très difficile de jouer sur la retenue, il faut qu’elle soit peuplée d’une tension incroyable dans les silences pour que ça marche. Encore une fois, c’est très joli, mais « joli » n’est pas le plus grand compliment qu’on puisse faire en musique.


Duo Lee Konitz/Dan Tepfer, Elande N°1

« Duos With Lee », 2009

(Rires) Qu’est-ce que tu veux que je dise là-dessus ? Bon, je peux en parler si tu veux… Ce dont je suis le plus fier, outre le fait que ça sonne bien, c’est que d’un point de vue artistique, il y a un défi un peu différent : faire de la musique entièrement improvisée, mais consonante. Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve souvent dans la discographie de Lee, alors qu’il est très fort pour ça. Et puis, c’est vraiment un disque d’aujourd’hui, qui n’aurait pas pu exister il y a vingt ans. Sur ce morceau, par exemple, c’est une approche qui, grosso modo, prend en compte l’apport du langage minimaliste dans le jazz. Pour moi, c’est très important d’innover, mais ce qui est encore plus important, c’est que ce soit beau. Là, on entend juste deux musiciens qui ont cinquante-cinq ans d’écart, et il en sort un truc qui est un peu la somme de ces deux époques.


Propos recueillis par Pascal Rozat.


 

Site de Dan Tepfer (http://www.dantepfer.com/)


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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 05:01

Elin Larsson

Nous avions rencontrés Elin Larsson au festival suédois Swedish Jazz Celebration en mars 2009 à Göteborg dans l'ouest suédois. Cette saxophoniste, jeune et fougueuse, et son groupe avait pris la salle à son compte et l'avait renversée comme une crêpe bien saisie.
L'écouter était soufflant, l'interviewer un vrai plaisir.

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 21:37

 

"Nous sommes tous des fils d'Abraham"

 


Nous avons rencontré l’époustouflant clarinettiste américain de passage à Paris, pour la sortie de « Tweet Tweet », un album signé sous le nom de groupe : « Abraham Inc » (regroupant David Krakauer, Fred Wesley et So Called). Cette formation sera en concert le 03 décembre aux Transmusicales de Rennes et le 04 décembre à Amiens.

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi, le 03 novembre 2009.

 

- DNJ : Vous parlez couramment le français, vous avez eu l’occasion d’étudier au conservatoire à Paris. Parlez-nous de votre amour pour cette ville et plus généralement pour la France.

 

-D.K : J’ai passé le concours du conservatoire de Paris et j’ai pu obtenir une bourse pour venir étudier la clarinette pendant un an, c’était durant l’année scolaire 1976-1977. Je parlais déjà un peu le français et j’ai pu ainsi améliorer à la fois mon apprentissage de la langue et ma pratique instrumentale. Depuis j’éprouve toujours une sensation particulière, très sentimentale, quand j’arrive près de la gare de Lyon, car je me rappelle de mon arrivée avec ma grosse valise, j’avais 20 ans et je portais en moi toute la fragilité et l’espoir que l’on éprouve à cet âge crucial où l’on quitte l’enfance pour rentrer dans l’âge adulte.

 

- DNJ : A l’époque vous ne jouiez que de la musique classique ?

 

lire la suite de l'entretien avec DAVID KRAKAUER

 

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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 07:19

« Exposer Miles, c’est exposer le jazz »


© Eric Garault

 

DNJ : Pourquoi une exposition aujourd’hui en 2009 sur Miles Davis ?

 

Vincent Bessières : Cette exposition s’inscrit dans une série de célébrations de grandes figures populaires de la seconde moitié du XXe siècle. Elle vient après Jimi Hendrix, Pink Floyd, John Lennon, Serge Gainsbourg. Et la Cité de la musique avait le désir de consacrer l’une de ces grandes expos monographiques à une personnalité-phare du jazz et la figure de Miles Davis s’est imposée comme l’une de celles qui non seulement était populaire, donc susceptible de toucher un certain public, l’un des grands créateurs de la musique du XXe siècle mais aussi comme une personnalité centrale du jazz par le nombre de directions qu’elle a pu donner au jazz. Du coup faire une exposition sur Miles Davis, c’est quand même faire une exposition sur le jazz, même si c’est Miles qu’on prend comme fil rouge. Parler de lui, c’est parler du be-bop, du cool, des arrangements avec Gil Evans, du jazz modal. C’est couvrir un demi-siècle d’évolution du jazz.

L’autre raison qui fait que 2009 est une bonne année, c’est qu’elle marque un triple anniversaire donc symboliquement c’est important. C’est le soixantième anniversaire de la première venue de Miles Davis à Paris, épisode fondateur dans son parcours personnel tant du point de vue artistique qu’affectif. Il quitte les États-Unis en 1949 parce qu’il est invité comme représentant du jazz moderne, non pas dans un club mais dans le premier festival de jazz organisé à Paris après la guerre et qui se déroule à la salle Pleyel, une vraie salle de concert classique. Précisons qu’il n’a alors que 23 ans. Il est accueilli et attendu comme un ambassadeur du jazz moderne puisque avant même qu’il ne soit là, il y a des articles dans la presse, qui sont présentés dans l’expo, qui montrent qu’on a déjà une oreille sur lui. Il est accueilli par l’intelligentsia de  St Germain des Prés, et notamment Boris Vian, comme un créateur et pas simplement comme un musicien qui vient divertir un public de club. Du point de vue affectif, il y a la légendaire amourette avec Juliette Greco qui symbolisera pour Miles une liberté de sentiments et même une liberté sociale que la société américaine de cette époque, à cause de la ségrégation, lui empêche d’éprouver à New York. 2009, c’est aussi le cinquantenaire de « Kind Of Blue », l’un des albums fondateurs dans l’histoire du jazz car il a popularisé le jazz modal. C’est encore à ce jour le disque de jazz le plus vendu au monde. C’est un classique du jazz. Le troisième anniversaire, c’est le quarantenaire de l’enregistrement de « Bitches Brew », l’album qui marque l’avènement du jazz-rock et qui est emblématique de la révolution que Miles Davis a faite dans sa vie. Après avoir exploré un genre, le jazz, il en a fait exploser les frontières en s’ouvrant à des instruments, à des rythmes, à des couleurs, à des influences qui n’avaient pas leur place jusque-là dans le jazz. À partir de là, rien n’a plus été comme avant. Même s’il y a eu des courants de retour aux sources et de traditionalisme dans le jazz, c’est justement en réaction à cette ouverture que Miles a donnée au jazz qui est irréversible et fondatrice pour cette musique.

DNJ : Il y a donc selon vous une rupture dans la carrière de Miles quand il passe à l’électrique en 1968 ?

 

VB : Je préfère parler de virage et c’est ce qu’on voit bien dans l’expo :  on laisse Miles Davis en 1967 en Allemagne, en costume, devant un public assis, dans un film qui est en noir et blanc, devant un public de concert traditionnel. On le retrouve trois ans après et tout a changé. L’environnement sonore : il n’y a plus de piano mais deux claviers électriques, la contrebasse a été remplacée par une basse électrique et il y a un percussionniste complètement allumé dans l’affaire qui amène des couleurs et du groove avec tout un attirail d’instruments. C’est un concert en plein air, devant une foule de hippies. En trois ans, ça a complètement muté et à partir de là Miles ne reviendra pas en arrière. Surtout cela correspond à l’ouverture à un nouveau public et à des critiques très dures du monde du jazz.

 

DNJ : En tant que commissaire de l’expo, comment avez-vous abordé le difficile défi d’exposer la musique ?

 

VB : Avec la Cité de la musique et les scénographes de Projectiles, nous avions le désir de mettre la musique au centre de l’exposition, car c’est ça l’œuvre qu’on expose et c’est à ça qu’il faut rendre justice. On a donc littéralement mis la musique au centre et construit des murs autour en réalisant ces petits auditoriums plus ou moins circulaires dont la forme est inspirée de la sourdine Harmon que Miles a popularisée et qui est une sorte de signature chez lui. Ces auditoriums dans lesquels on peut rester à plusieurs sont des lieux de diffusion de la musique, réglés par un ingénieur du son. J’avais envie d’offrir au visiteur un contact direct, une confrontation avec la musique pour provoquer un choc émotionnel. Il y a également un dispositif d’écoute secondaire pour ne pas brouiller le son et avoir trop de sources de diffusion qui est un système « plug and play » où chacun peut venir avec son casque et écouter s’il le souhaite des interviews, des morceaux…

 

DNJ : Comment avez-vous choisi les objets et documents présentés ?

 

VB : Tout ce qui est présenté dans l’expo, des tableaux aux documents de Teo Macero, en passant par les partitions, les trompettes, les photos, les videos, les costumes, les pochettes de disque sont des éléments de contextualisation de la musique. Tous ont été choisis pour cela. Montrer les partitions devait avoir un sens car le grand public ne lit pas la musique. Ainsi les partitions de « Birth Of The Cool » sont là pour démontrer le vrai travail d’arrangement, le vrai travail d’écriture par opposition au be-bop où les musiciens jouaient sans partition sous le nez. Chaque objet est là comme un élément d’éclairage de la musique, même les tableaux de Basquiat sont pour moi présents de manière à donner la mesure de l’admiration que Miles avait pour Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

 

DNJ : Pourquoi présenter les trompettes de Miles et le sax de Coltrane par exemple ? Ne serait-ce pas un peu fétichiste ?

 

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