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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 05:57

 

Charli Persip est un musicien étonnant : témoin et acteur de l’histoire du jazz américain[1], reconnu par ses pairs, il construit à 79 ans ses projets avec le dynamisme d’un jeune homme de 20 ans.

Batteur de l’école ancienne et dévoué à la cause de la musique, c’est aussi un homme touchant et humble qui nous raconte, en roue libre, qui il a été, son actualité professionnelle et un peu de sa vie personnelle.

A l’occasion de la sortie en 2008 de son cd "Intrinsic Evolution", de son passage en septembre et sa venue, encore hypothétique, en octobre à Paris pour le projet « Spirit of Mingus » de Ted Curson[2], nous avons eu envie de vous faire partager une rencontre avec lui au Smoke à NYC où il jouait avec son trio (James Gordon Williams (p), Saadi Zaid (b))  en mai 2006. Moment simple et mémoires.

 

 

Je suis connu pour mon travail auprès de Dizzy Gillespie (ndlr : sous le nom de Charles Lawrence ou Charlie Persip, ndlr2 : de 1953 à 1958). Nous avons eu des bonnes périodes mais difficiles. Ensuite après Dizzy, j’ai joué beaucoup avec Gil Evans; j’apparais comme batteur sur « Out of  the Cool ». Puis j’ai été le batteur personnel de Billy Eckstine; il n’était pas fond dans le jazz mais, au Village à cette époque, il était véritablement populaire. Et il jouait partout. J’ai travaillé pour lui pendant une longue période (ndlr : de 1960 à 1973).

Enfin j’ai travaillé avec Archie Shepp pendant un moment (ndlr : à la fin des années 70), nous avons enregistré un album (ndlr : « Ballads for Trane ») et joué en France. Sinon, j’ai joué avec Sam Rivers en France au Nancy Jazz festival (ndlr : NJP).

Voilà pour les plus connus, mais j’ai joué avec tout le monde ici [Rires]…

Aujourd’hui, je me concentre sur ma propre musique et je conduis mon big bang « Super Sound ». Et maintenant, nous avons ce trio : son nom est « Sip + Two » ; Sip fait référence à la dernière syllabe de mon nom. C’est la première fois que nous allons jouer ensemble en public, mais nous nous connaissons puisque c’est la section rythmique du big band. Et c’est très excitant car James est un grand pianiste. Je suis heureux de l’avoir dans le groupe.

 

 

Vous vivez à NYC?

Oui, je vis à NYC (ndlr : 7ième avenue à Manhattan) mais je n’y joue pas souvent parce que c’est très mal payé. Avec mon big band, j’ai dû jouer à Birdland cinq fois les deux dernières années. Le big band a joué au Dizzy Gillespie Auditorium, du Bahaï Center de NYC deux ou trois fois dans l’année. Tu connais la religion Bahaï? Dizzy était un pratiquant de cette religion, cette foi. Mike Longo était le producteur de ces prestations et il a aussi été le pianiste de Dizzy pendant longtemps. J’ai joué aussi au Village Vanguard, au Sweet Rhythm et au Lenox Lounge mais pas comme leader.

Autrement  à Philadelphie, à Washington DC pour la chaine de télévision BET, dans les festivals de Los Angeles et à Toronto au Canada avec le groupe de Frank Foster.

En fait, je ne joue plus qu’en tant que leader ou invité (Clark Terry, Frank Weiss). Je ne fais plus le sideman, même si j’ai beaucoup aimé ça par le passé.

 

Vous enseignez la batterie?

Plus vraiment en tant que professeur privé, je n’ai plus la patience. J’ai toujours quelques élèves à vrai dire, mais ce sont des professionnels. Mais pas de débutants ou d’amateurs.

Je préfère enseigner à l’université de NYC (ndlr: New School for Jazz and Contemporary Music à Manhattan et pour l’association JazzMobile depuis 1974) pour les ensembles et les groupes. Je donne aussi des cours d’histoire du jazz. Enfin, j’ai écrit un livre qui s’appelle “How not to play drums? “ paru chez Second Floor Music.

 

Quel âge avez vous maintenant?

Je suis sans âge! Disons que j’ai 27 ans + + .[Rires]

Je ne parle pas de mon âge parce que je suis toujours actif, en bonne santé et fier de l’être. Je ne veux pas être considéré comme un vieil homme, car ici les gens considère alors que vous n’avez plus votre place dans le milieu du jazz !

 

Pour terminer, vous avez un message spécial?

Non, pas vraiment. Je suis heureux de jouer, c’est mon témoignage.

Je suis en bonne santé, j’ai une femme formidable qui me soutient depuis très longtemps. Je l’ai connu lorsque je jouais avec Dizzy.

J’ai eu deux filles qui sont jumelles, mais une est décédée il y a quelques années. Mon autre fille a mis au monde deux enfants. Elle est parent unique alors j’ai été amené et eu la chance de l’aider à élever son garçon. Je le considère comme mon fils et nous avons une relation formidable. Il a 17 ans maintenant, je lui ai enseigné la musique mais il veut devenir ingénieur. Il aime la musique ! Mais il ne ressent pas ce désir de devenir musicien. Ma petite fille a 12 ans et elle veut devenir danseuse comme ma femme !

 

Je vous ai vu jouer à Paris dernièrement au Sunset avec Henry Grimes. Vous avez fait un chorus de cymbales particulièrement remarqué par le public ; moi je l’ai qualifié « d’anthologie ».

C’est vrai ? Oh, c’est très gentil. C’est pour ça que je continue à jouer de la musique. Merci.

 

Après toute l’histoire jazz à laquelle vous avez participé, comment restez vous aussi humble?

Je ne suis pas une star, la musique est l’étoile. Je suis juste un messager, c’est comme ça que je vois les choses.

 

http://www.myspace.com/charlipersip  

 

Propos recueillis par Jérôme Gransac

 

 

 

 



[1] Il a enregistré avec Freddie Hubbard, Lee Morgan, Dinah Washington, Melba Liston, Kenny Dorham, Zoot Sims, Red Garland, Gil Evans, Don Ellis, Gene Ammons et joué avec Dizzy Gillespie. De ces enregistrements principaux, on se souvient de sa participation à « Sonny Side Up » de Sonny Rollins, « Out Of the Cool » dans le Gil Evans Orchetsra, « Where ? » de Ron Carter avec Eric Dolphy, « We Free Kings » de Roland Kirk, « Ballads for Trane » d’Archie Shepp

[2] 8 sept. 2008 - 20h30 - Paris / Mairie du 13e ... Sonny Simmons / Ted Curson / Richard Davis / Charli Persip ...

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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 05:55

 DAVE DOUGAS & KEYSTONE : « Moonshine »

Greenleaf 2008

Dave Douglas (tp), Marcus Strickland (ts), Adam Benjamin (fender), Brad Jones, Gene Lake (dm), DJ Olive (tntbles)

  Le cinéma de Buster Keaton est une source d’inspiration  inépuisable pour bon nombre d’improvisateurs en général et de jazzmen en particuliers. On a tous en tête les ciné concerts de Bruno Regnier qui avec son Xtet donne vie à quelques chefs d’œuvre du cinéma de Keaton (Steamboat, Sherlock Holmes notamment). Bill Frisell aussi a trouvé chez le maître du cinéma muet matière à créer une œuvre mémorable et plus loin il est même jusqu’au plus Ellingtoniens des jazzmen français, Claude Bolling à s’être inspiré du cinéma de Buster Keaton ( Steamboat).

Ici à l’occasion d’un travail présenté par Dave Douglas et Keystone en mai 2007 au Mermaids Arts Center lors du Bray Jazz festival en Irlande, c’est Dave Douglas qui s’empare de Moonshine ( « La mission de Fatty ») , un fragment d’oeuvre inachevé de Buster Keaton et Roscoe Arbucke créée en mai 1918. C’est alors une approche totalement différente que nous offre le trompettiste. Une autre poésie mariant avec un groove omniprésent les harmonies et les couleurs étranges. On pense parfois au quintet électrique de Miles, celui de Bitches Brew notamment même si dans le fond le jeu de Douglas et son inspiration lui sont propres. Ici l’electro est toujours intelligemment utilisée et le fender de Adam Benjamin y assure un le liant par lequel se crée toute la trame sonore. Douglas ne s’inspire pas des images, ne vise pas l’expressivité mais s’empare juste de la poésie de Keaton. Une poésie un peu fantomatique à l’instar du visage angélique de l’acteur et de sa démarche qui semble planer au dessus du sol et dévaler l’espace tel un trublion survolté. Alors derrière la trompette nerveuse et tendre à la fois de Douglas ou les envolées superbes de Marcus Strickland (ici étincelant), apparaissent parfois des voix fantomatiques toujours furtives et comme révélatrices de ce monde de fiction derrière ces images en noir et blanc. Un mode totalement irréel se dévoile à nous. C’est la dimension surréaliste de Keaton qui nous est révélée par Dave Douglas. Car derrière l’énergie du geste il y a cette poésie inexplicable, presque en lévitation que rend parfaitement cette formation de rêve. Avec un rare talent Dave Douglas parvient à marier les deux et nous fait pénétrer dans son univers onirique grisant et fascinant. !                       Jean-Marc Gelin

 Voir un extrait du fil : http://www.greenleafmusic.com/store/productdetail.php?p=25

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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 05:51

Elabeth




Voilà avec cet album du trompettiste Fabien Mary en octet, formidable extension de son quartet, l’occasion d’exprimer (avec retard) l’un de nos coups de cœur de cette saison et assurément  notre plus belle découverte.

 Voilà une formation difficile à assumer aujourd’hui en club ou en festival mais le jeune trompettiste s’est payé le luxe d’écrire pour un ensemble plus étoffé, avec des solistes de talent comme  Pierrick Pedron à l’alto,  David Sauzay au ténor, Thomas Savy à la clarinette basse et au baryton, Jerry Edwards au trombone.

Ecrivant dans l’esprit des arrangeurs des années 55- 65 qu’il admire profondément comme Gigi Gryce ou Jimmy Heath, la musique de Mary fait resurgir ce que l’on n’attendait  (et n’entendait) plus . Le trompettiste écrit en référence à une époque révolue, sur le versant du hard bop, et du jazz West coast : au plus près de sa source, Fabien Mary aime  Kenny Dorham et nous donne envie de réécouter le trompettiste de Blue Note, pour lequel nous avons aussi un faible. Mais il n’y a pas que Dorham que Mary maîtrise sur le bout des doigts : il connaît aussi le formidable Conte Candoli et le plus qu’estimable  Jack Sheldon (il nous revient en effet des parfums du Giuffre des sessions des « Four brothers »).

Plus qu’un travail d’hommage, un énième nouveau ‘tribute’, ses arrangements traduisent un véritable amour, une connaissance précise de cette musique. Entouré d’une rythmique impeccable (Mourad Benhammou et Fabien Marcoz),  une place généreuse  est faite au guitariste Hugo Lippi,  le compagnon absolument indispensable, aux interventions lumineuses. Quant aux soufflants, ils donnent à l’ensemble une  belle carrure, entre soli musclés et unissons complices, avec un réjouissant swing basien.

Fabien Mary, jamais dans la brillance aiguë et la seule virtuosité, entre discrètement sur certains thèmes,  avec une sonorité légèrement voilée. Il prend un envol  d’autant plus surprenant  dans  «  From this moment on » de Cole Porter,  ou certaines de ses  compositions  très enlevées, « Hide and seek », ou « B.G » :  de longues  phrases  que l’on écouterait presque pour le seul plaisir de se perdre dans les détours de ce discours parfaitement articulé.

Sans s’occuper des modes, à contre courant même, cette formation sérieuse et sensible suit un chemin bien solitaire aujourd’hui, plutôt courageux. En tous les cas, la leçon a été vue,  apprise et reprise, et  prolongée.

Nous aimons  décidément beaucoup cet album,  avec le cœur et la raison.

Sophie Chambon

 

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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 08:15

Ronnie Lynn Patterson (p), Stéphane Kerecki (b), Louis Moutin (dms).   HHHH

Zig Zag 2008



A ma droite, la mélodie, la musique classique européenne et la main droite du pianiste. A ma gauche, le rythme, le jazz afro-américain et la main gauche du pianiste. Au centre, Ronnie Lynn Patterson, pianiste afro-américain installé à Paris, passionné de musique classique et de jazz ! Un toucher de piano fin, délicat, élégant et sensible, rarement entendu depuis Bill Evans (Freedom Fighters en version adagio ou allegro). Un travail passionnant sur le rythme, un sens du swing évident (Santa Fe) et une certaine ferveur accentuée par des racines blues et gospel (Faith). Un bel hommage à la période free de Keith Jarrett (Mandala) et aux conceptions harmolodiques d’Ornette Coleman dans les délirants développements de For Ornette Coleman. Une vieille chanson traditionnelle My Wild Irish Rose (que Jarrett avait reprise dans Melody at Night with you), jouée dans une version totalement épurée, où les silences crées par les notes détachées du piano font partie intégrante de la mélodie. Un clin d’œil subtil à Rachmaninov à l’intérieur du très lyrique Leslevret. Vous l’aurez compris il s’agit d’un disque sublime d’un pianiste mature, au sommet de sa créativité artistique. Un pianiste remarquablement bien entouré par deux musiciens que l’on connait bien en France : le contrebassiste Stéphane Kerecki et le batteur Louis Moutin. A eux trois, ils forment un trio très organique et magique où l’alchimie musicale n’a d’équivalent que dans les célèbres trios de Bill Evans ou de Keith Jarrett.

Lionel Eskenazi

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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 08:11

ACT 2008

Esbjörn Svensson (p), Dan Berglund (cb), Magnus Öström (dm)

 Cela commence par quelques notes amenées de la  plus douce des manières. Un débit acoustique qui pourrait laisser croire à un album de jazz très honnête et très propre sur lui. Ce serait ignorer la conception artisitique très poussée de ce trio. Car très vite l’on s’aperçoit qu’il y a quelque chose derrière les choses. Quelque chose de caché là, un drame immanent, une tension qui pointe. Tension sourde mais toujours palpable.

Paradoxalement cet album là, le dernier enregistré avant la mort cet été de Esbjörn Svensson lors d’un accident de plongée est à notre sens le meilleur du trio. Peut être le plus abouti artistiquement. Paradoxalement en effet puisque que cet enregistrement réalisé en Australie est le résultat d’une longue scéance d’improvisation. Rien d’écrit. Tout au feeling dans le studio. Il faut arriver à un point extrême de fusion et d’intimité télépathique pour parvenir à vibrer à la même intention spontanéee comme ils le font ici. On appelle cela l’osmose. Dépassant les canons classiques du jazz, ces trois là  vont puiser à d’autres sources leur inspiration. Elle vient de la pop pour beaucoup et de Radiohead certainement mais ne renie pas les apports de grands trio de jazz comme celui de Meldhau, référence reciproque jamais cachée. Dès le deuxième titre, c’est du E.S.T reconnaissable entre mille. Svensson prend son temps, utilise l’espace et s’affranchit de toute contrainte formelle tandis que la rythmique crée une mise en tension permanente. La musique exerce alors son pouvoir de fascination totale, suggère moins qu’elle ne dit nous laissant captivés, captés dans la toile qu’ils tissent autour de nous. Il y a un effet très visuel dans cette musique là qui évoque de longs travellings. Dan Berglund dans le rôle du bassiste-guitariste laissé libre à lui même porte littélaralement tout l’album inspirant autant de respiration régulière que de sauvagerie folle. Magnus Östrom utilise sa caisse claire comme les balles d’une mitraillette faisant succéder à ce no man’s land désert, des images de guerre et de chaos. Et aussi ce sublime morceau de 9’’, Still où derrière cet espace patiemment construit  se dessine une mélodie comme une ligne d’horizon qui lentement se détache du paysage, se rapproche à pas comptés et s’installe enfin, nettement, dans un moment d’émotion rarement atteint chez E.S.T. Beau à pleurer.

Au début de Leucocyte, pièce conçue en 4 parties ( Ab initio ; Ad interim ; Ad Mortem, Ad Infinitum), c’est un univers de chaos et de fureur qui s’installe. Vient ensuite une plage entière de silence total, Ad Interim comme une césure obligée après avoir touché à une expression paroxystique irrésistible. Ad infinitum clôture de manière envoutante cet album sur une sorte de carillon d’église fantomatique dans une mise en scène angoissante que ne renierait pas un dramaturge comme Castelluci. Car c’est bien de cela dont il s’est agi durant tout cet album. D’un drame à l’antique où le paradis le plus pur côtoie l’enfer de Dante. Les dernières notes nous laissent, avec cette intérogation manichéenne où les frontières du paradis et de l’enfer semblent mêlées. Et ces dernières notes parce qu’il s’agit précisément des ultimes notes enregistrées par Svensson, sont poignantes. Et le silence qui suit est alors totalement assourdissant.

Jean-Marc Gelin

 

 

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