Jeudi 29 mai 2008
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DUKE ELLINGTON
At The Côte d’Azur with Ella Fitzgerald and Joan Miro
The Last Jam Session
2 DVD Eagle Vision –
DVD 1 :
JJJJJ
DVD 2 :
JJ
Attention, ce double DVD consacré à Duke Ellington présente deux films fort différents, que ce soit du point de vue du fond (l’intérêt musical) que de la forme (l’intérêt cinématographique). Le
premier DVD est un véritable chef d’œuvre qui mérite de figurer en bonne place sur les étagères de tous les passionnés de jazz. L’action se déroule d’abord au festival d’Antibes–Juan Les Pins en
juillet 1966, où l’orchestre de Duke Ellington va jouer quatre soirs de suite. On connaissait les enregistrements audio de ces concerts parus chez Verve et c’est avec un grand plaisir que nous
découvrons les images, remarquablement filmées en vidéo noir et blanc par de talentueux techniciens de l’ORTF. Des belles et pertinentes prises de vues, d’élégants mouvements de caméras sur grue
qui balayent l’orchestre et un montage efficace, qui colle à la musique et qui n’oublie personne pendant l’exécution des chorus. L’orchestre d’Ellington en 1966 est composé de musiciens
exceptionnels, rien que la section de saxophones peut rendre fou de jalousie tous les big bands du monde (Johnny Hodges, Paul Gonzalves, Harry Carney, Jimmy Hamilton, Russell Procope). Le
répertoire va intégrer des classiques de l’orchestre mais aussi des titres plus rarement joués comme Such sweet Thunder. On assiste aussi à la
création d’un nouveau morceau : « The Old Circus Train Turn-Around Blues » où un montage habile nous fait passer des répétitions sous
le soleil de l’après-midi à la finalisation du morceau lors du concert du soir. Puis changement de décor, nous sommes à St Paul de Vence à la fondation Maeght et Duke Ellington va jouer en trio
au milieu des statues de Giacometti et en présence du peintre et sculpteur Joan Miro. C’est une excellente idée de confronter l’art musical d’Ellington à l’art pictural moderne du XX ème siècle,
surtout lorsque la réalisation est à la hauteur de l’évènement par son originalité et son audace. Enfin retour à Antibes avec la grande Ella Fitzgerald qui va interpréter trois titres (dont un
très émouvant Something To Live For), intégrant son trio à l’orchestre de Duke. On regrette juste que les caméras n’aient pas captés les remarquables
I Don’t Mean A Thing, Mac the Knife et Cotton Tail dont
le témoignage discographique nous reste encore en mémoire. Après ce sommet, la vision du deuxième DVD nous paraît bien fade et ennuyeuse. Il s’agit
des séances studio de l’enregistrement de Duke Big 4 en 1973, où Duke est en compagnie de Joe Pass, Ray Brown et Louie Bellson. Le problème, c’est
qu’il ne s’agit pas d’un véritable film finalisé, mais d’une longue série de rushes, en temps réel (une heure trente), filmés par une caméra de reportage qui cherche ses cadrages et effectue la
mise au point pendant qu’elle filme. Ce document « brut de décoffrage » arrive très vite au bout de ses limites et l’absence de montage se fait cruellement sentir. En montant ces
images, On aurait pu réaliser un intéressant document de 15 ou 20 minutes sur le travail en studio de ces quatre monstres sacrés. C’est dommage et pas très professionnel de la part d’Eagle Vision
de nous présenter ce document tel quel, malgré l’évident et poignant témoignage musical qu’il nous restitue. Lionel Eskenazi
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LE NOIR ET LE BLANC
Photos de Eddy Wiggins
Préface de Gilles Leroy
Naïve 2008
Contrairement aux apparences, les Éditions Naïve ne proposent pas avec ce livre de photos de Eddy Wiggins un nième livre de
photos noir et blanc sur le jazz. C’est de tout autre chose dont il s’agit ici.
Eddy Wiggins est un noir américain assez éclectique qui naviguait entre le dessin, le billard, le cyclisme, le violon ou la
boxe. Immigré en France, il va bourlinguer après guerre entre des articles pour le journal Jazz Hot et des piges comme correspondant pour le Chicago Defender. On le surnommait après guerre
« the street wolf of Paris », la ville où il traquait avec son appareil de photos les célèbres et les anonymes. Plus tard Wiggins devenu rabatteur, sera chargé à la sortie des grands
théâtres et cabarets de ramener de la clientèle chic dans les restaurants et bars des quartiers environnants. Belle matière à photographier. Fin de concerts où les artistes sont libérés et où les
spectateurs chantent et dansent encore. Et dans ces moments réellement joyeux de l’après guerre Paris prend, sous son regard l’air d’une ville de la Nouvelle Orléans. Une ville totalement
insouciante où le jazz se mêle à la variété. Où l’on passe allègrement de l’Olympia au tabou. Une ville qui chante et qui boit jusqu’au bout de la nuit.
Mais Wiggins, trouve surtout dans ce Paris là une matière vive qui brise tous les tabous qu’il connaît Outre Atlantique. Le
blanc et le noir se mélange devant son objectif. Les couples sont ici incroyablement mixtes, les anonymes côtoient les célébrités des années 50/60 (Armstrong, Count Basie, Gilbert Becaud,
Cocteau, Renoir, Joséphine Baker etc…..). Deux clichés se suivent, celui sublime de Louis Armstrong dans sa loge de l’Olympia (p.73), et page suivante celui de Joséphine Baker vieillie et belle
prenant dans sa main celle d’un membre des Platters dans un restaurant chic. Deux visions décalées. Mais au gré des pages les célébrités se mêlent aux amoureux inconnus qui s’embrassent ou
prennent la pose, aux ouvreuses et danseuses de Cabaret.
Les hommes et les femmes sont noirs ou blancs.
Noir et blanc, blanc ou noir, deux mots clefs de ce livre qui paradoxalement s’affranchit de cette contrainte dualiste ou
manichéenne. Sous la bichromie apparente, Wiggins utilise ce prisme pour nous livrer sa vision du monde. Elle était alors aussi joyeuse et insouciante que symboliquement multicolore.
Jean-Marc Gelin
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JJJ PING
MACHINE : « Club 189 »
www.ping-machine.com
Cela faisait quelques temps que l’on voyait le groupe du guitariste Fred Maurin à l‘affût des premières places dans les
divers festivals et tremplins de jazz. Et alors que d’autres s’alignent invariablement en quartet ou quintet, c’est avec un sacré culot que le jeune Fred prend les rênes d’un vrai big band comme
on les aime avec 12 bonhommes dont certains vieux briscards rompus à l’exercice comme le merveilleux Jean-Michel Couchet au ténor ou Tom Mc Clung, le pianiste de Archie venu ici prêter main forte
sur 3 titres. Et c’est avec la science toute nouvelle de celui qui voue une sorte de vénération aux grands formats de la trempe de ceux de Claude Tornhill, de Thad Jones aussi mais encore de
manière plus hexagonale, du jeune émule des Bernard Strubber ( autre compagnon artisan de la guitare pour bandes d’allumés du jazz), autres Barthlemy ou plus près de nous du Scare du Tympan, que
le jeune Fred Maurin se livre dans la bataille du big band avec une foi à déplacer les montagnes. Et la confiance en soi, mâtiné d’un sérieux talent d’écriture est un atout sérieux pour entraîner
dans l’affaire 12 musiciens totalement acquis à la cause avec le même engagement partagé que s’il s’agissait de gravir l’Everest en cordée. Alors sans complexe, Ping se transforme en remarquable
« machine », diablement efficace où tous les ingrédients sont réunis : sections de cuivres assez classique côtoyant les aspérités rock d’une guitare nerveuse, mise en valeur des
solistes tous de haut niveau s’appuyant sur une rythmique remarquable d’efficacité quand il s’agit d’assurer le versant groove de cette montagne là. Alternance des solis, des contre chants de
cuivres, jeux de couleurs et de lumières fonctionnant à l’énergie farouche voire féroce (Rage etc….), au mystère et à la profondeur des tramages sur des rythmiques apaisées (le superbe
Mutatis Mutandis où l’on entend ici la quintessence de ce que doit être un big band dans l’écriture dont la complexité se boit pourtant comme du petit lait) ou au contraire emballés
comme sur ce Club 189 toujours sous contrôle mais terriblement stimulant. Et ce gros travail d’écriture ne donne jamais l’impression que l’ascension est difficile. Elle semble au
contraire d’une déconcertante facilité tant il y a du collectif dans cette aventure là. Au final c‘est plus d’une heure que l’on passe avec une grande formation qui navigue entre le classicisme
d’une leçon bien comprise des big band mais avec une modernité jamais forcée mais toujours apparente. Ses géométries variables ingénieusement agencées l’empêchent de tomber dans les clichés du
format. Les solistes se succèdent avec un sacré talent derrière une rythmique assurance tous risques et un contrebassiste omniprésent dans son jeu de walkin bass très supportif. On exulte dans
des morceaux comme Mutatis ou Club 189 où tous les potentiels de la machine sont explorés mais on regrette parfois que la belle mécanique soit parfois sous exploitée. Mais à la
question : pourquoi faire sonner un big band comme un sextet lorsque l’on a la chance de bénéficier de ce magnifique instrument, la réponse est
certainement dans le souci de ne pas se laisser enfermer dans un format unique. Qui peut le plus peut le moins en quelque sorte.
Avec son sens du swing bien modernisé, Fred Maurin fait un pied de nez aux trublions ou aux chefs d’orchestre plutôt conceptuels
et, gravissant les dernières étapes, remet les choses à leur place , le jazz s’écoute comme il se joue, avec jubilation. C’est peut être ce que l’on appelle l’ivresse des
sommets. Jean-Marc Gelin
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Jeudi 29 mai 2008
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Refined Records 2008
Ah le manouche ! La Musique manouche est à l’honneur au sein de ce trio méconnu de jeunes musiciens. Autour du guitariste leader et soliste originaire de Mallorca Biel Ballester, ce groupe
de fidèles amoureux de la bohème rassemble des musiciens d’origines espagnoles avec Graci Pedro à la guitare « pompe » ainsi que Leandro Hipaucha à la contrebasse. Nous avons aussi le
plaisir d’y entendre sur quelques morceaux le percussionniste Carlos Romo au cajon. Ce malicieux voyage au pays tzigane nous est offert sous forme de menu de bistro populaire, avec dans l’ordre
« Aperitivos », « Platos Principales » et « Postres ». Alléché par ce mélange de saveurs gitanes ibériques, la dégustation commence par surprise avec l’évocation
d’un certain exotisme brésilien désireux de rendre hommage à la féminité, en témoigne son titre « Ah les femmes ». De quoi entamer un repas prometteur en rebondissements ! Compositions
après compositions du soliste, la route de l’auditeur croise ces incontournables standards que sont « Love For Sale », « Conception » ou bien « All Blues », avec des
arrangements aussi saugrenus qu’originaux. A noter aussi une composition intitulée « Fiso Place » écrite par Bireli Lagrène, ainsi que la transcription de trois improvisations solos du
non moins célèbre Django Reinhardt. C’est à travers tous ces vestiges du Jazz du siècle passé que le jeu incisif de Biel Ballester séduit les oreilles par ses envolées virevoltantes. Ne manquant
jamais de toupet, ce trio de joyeux farceurs nous entraine jusqu’à leur céder notre sympathie pour le régal de les entendre. Avec cette habitude d’enregistrer des versions relativement courtes de
chaque morceau, comme pour rappeler que cette tradition vient du format radiophonique que Django et ses contemporains eut si bien maitrisé. Justement, c’est dans cette urgence que le lyrisme de
ce style musical est à trois cent pour cent. Dans le temps qui lui est imparti, l’authenticité de la Musique manouche prend sa valeur dans la démesure, dans l’amour invincible, indémodable et
inoxydable des campagnes, des guinguettes, de la liberté qu’offrait l’ancien temps et qui demeure naturellement dans un coin du cœur. Avec un tel disque resurgissent les nostalgiques et infinis
besoins de tendresse. Tristan Loriaut
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Samedi 24 mai 2008
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Comme tous les ans c’est à un grand pianiste que revient l’honneur de clôturer lors d’un concert en
solo à L’Église de Saint Germain des Près, le Festival Esprit jazz. Après Jacky Terrasson, Brad Meldhau ou encore Martial Solal, c’était cette année au jeune prodige, Yaron Herman de mettre un
terme à cette superbe édition lors d’une soirée qui restera imprimée au plus profond des mémoires. Tel un cavalier chevauchant son piano et faisant corps littéralement avec lui, Yaron Herman
fit hier soir un concert bouleversant. Sa version de Sumertime, du Hallelhuya de Cohen/Buckley du Libera me de Fauré
ou encore du Yerushalaim qui prenait dans ce lieu une résonance profonde, resteront gravé au cœur des pierres de cette église comme des
moments bouleversant d’intensité et d’émotion. Entraîné par les digressions de Yaron, perdu par ses introductions captivantes et par l’imaginaire de son jeu, le public s‘est laissé embarqué dans
le monde de cet immense pianiste lors de ce concert en tous points exceptionnel.
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