Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 07:38

Justin Time 2008

Yannick Rieu (ts), Nicolas Rageau (cb), Philippe Soirat (dm)




 

 On pourrait se croire descendant les marches étroites qui descendent à la cave du Smalls à New York et tomber sur ce petit trio qui joue acoustique et straight, du jazz comme on l’aime. C’est d’ailleurs peut être bien là que notre saxophoniste ténor y a rencontré ses compagnons de rythmique, Nicolas Rageau et Philippe Soirat, deux frenchies tous deux habitués des lieux. On s’y croirait d’autant plus que le saxophoniste canadien Yannick Rieu joue une musique qui ne détonnerait pas avec l’endroit, une musique qui vient tout droit de la tradition des trios pianoless. Cette tradition portée jadis haut par Sonny Rollins qui est ici une référence plus qu’évidente. Comment ne pas penser au fameux trio de Way out West ? Sauf que là c’est d’une autre cave qu’il s’agit puisque cet album a été enregistré à l’occasion d’un concert au «  7 lézards à Paris ».  Paris- Montréal- New York ici confondus dans le grand creuset du jazz. Car à l’exception de deux compositions personnelles, ce saxophoniste de Montréal qui fit jadis ses classes avec Jean-Louis Chautemps connaît par cœur son histoire du jazz et navigue avec grande classe entre différents standards butinant ici un Like someone in love, là un Freedom suite 1ère partie de Sonny Rollins (toujours là), I’ll Stop loving you ou encore I hear a rhapsody. Yannick Rieu tient de bout en bout son discours, celui du jazz brut, celui du son, celui de l’énergie, celui de l’inventivité du saxophone totalement libéré, dans la lignée des saxophonistes increvables comme l’étaient Rollins ou Gordon. Marathonien toujours lyrique, toujours maître de la pulse et du tempo, Yannick Rieu nous renvoie à ce jazz jamais mort, ce jazz brut, cette classe suprême du saxophone qui s’enflamme sans jamais brûler. Pas de couacs, pas de cris aigus ici, au contraire le saxophone ténor jusqu’au bout. Totalement assumé. Celui qui vient de l’après bop. Digression toujours cohérente autour d’un thème. Pas de tourneries autour des harmoniques mais ici la mélodie et la pulse qui seuls constituent l’ossature du discours toujours brillant sans donner l’impression de l’être, toujours intelligent et inventif sans jamais se perdre. Nous perdre. Un jazz qui nous fait revivre de belles heures que nous avions un peu oubliées. Que Rollins lui-même a un peu perdu en chemin. On se demande bien pourquoi. Jean-Marc Gelin

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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 07:36



Aphrodite records

 Lyonnais d'origine et installé à Nîmes, le claviériste leader Stéphane Morilla signe les compositions et les arrangements du répertoire de son premier cd et annonce d'emblée, sur les liner notes de ce cd, la couleur de la musique de son  quintet : "Ethno jazz, Jazz funk aux accents européens".

Depuis 2001, le quintet propose un répertoire taillé dans le groove, le jazz rock et le jazz funk des années 70 auxquels Morilla s'est attaché à donner une ligne mélodique qui marque les esprits. De la longévité du groupe, on entend une jouerie maîtrisée: la machine tourne terrible et sans soubresauts. La rythmique, composée de Greg Theveniau à la basse, du métronomique Hervé Humbert à la batterie et du percussionniste Jorge Costagliola est imposante et dispose d'une fluidité et une d’assise impeccables qui permettent aux chorusseurs de s'exprimer fiévreusement dans de bonnes conditions. Au travers de sonorités percussives nombreuses et excitantes, l'auditeur a le plaisir de découvrir ce combo rythmique féroce et solide.

Si " Façon Puzzle " justifie son nom, c'est par la diversité des styles et des influences dans la musique. Ainsi la pièce éponyme est une composition jazz-funk aux colorations sud-américaines, " Dithyrambique " est plus jazz-rock, " Oued " est plus bruitiste mais toujours groovy alors que " Daniel, Jean " est une ballade aux inspirations classiques.

Dans cette alternance de ballades et de morceaux vifs et pêchus, le jazz-funk-rock de Morilla est de qualité sans les stigmates du genre. En cela, nous voulons dire que la musique du claviériste n’est pas passéiste. Le Morilla quintet maîtrise le style, évite les écueils de la musique solennelle et démonstrative, inhérente au genre, et offre un côté joyeux, goguenard et insolent  à ses compositions. A ses côtés, plein de confiance, le saxophoniste Antoine Bost se lance dans des chorus solides et inspirés qui nous ravissent.

Probablement pour terminer son puzzle, Morilla a fait appel au guitariste James Mc Gaw et Emmanuel Bex, ici à l'orgue Hammond. Plutôt surprenant ou inévitable, Morilla laisse la part belle à Bex sur "Façon Puzzle" où l'organiste s'intègre parfaitement dans la musique du groupe. C'est moins le cas sur "Des moments simples", en trio, où Bex joue ... du Bex. Quant à James Mc Gaw, ce formidable guitariste s'intègre totalement et parfaitement dans le quintet de Morilla (il faut le recruter, Stéphane !!) et apporte une touche électrique et vive de choix.

Une critique négative : la pochette est particulièrement laide et ne reflète pas du tout le contenu du cd. Pas vendeur. Jérôme Gransac

 

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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 07:30

 

 La chronique de Sophie ChambonJJJJ

Intrigant Inama,  jeune groupe de six musiciens, lauréats 2007 du Tremplin Jeunes Talents (St Germain des Prés) qui, avec ce premier album, en ouvrant la boîte (noire) de Pandore laissent échapper une musique originale : treize compositions  collectives, engagées et percussives, où résonnent l’orage des soufflants dans un vacarme prémédité et malicieux : « Pan dort », « Pan rêve »… « Pan Cake » sont de délicieux intermèdes concoctés (évidemment) par la flûtiste  Amina Mezaache, entre de longues compositions  où résonne un désir commun de musique. Animés d’une irrépressible envie de faire danser l’imaginaire, le flux constant d’énergie est contagieux : avec l'écriture comme boussole et l'improvisation pour mener la barque, portés par des vents calmes ou déchaînés, l’équipage laisse une place de choix aux saxophones alto, ténor, et à la flûte traversière (si rare en jazz ) dont le souffle accompagne en effet de mystérieuses images, traversant espaces et  temps.  Avec la fluidité d'un discours qui se veut aussi percutant, la rythmique sans faillir, soutient admirablement l’échange avec le marimbiste-vibraphoniste Stephan Caracci que l’on retrouve avec plaisir depuis son envol réussi de Marseille. Une contrebasse souple et une batterie rebondissante gardent  le cap de la pulsation.  Un chant profond pour un groupe qui explore avec soin les formes les plus ouvertes : textures affranchies, échappées libres, foisonnement de timbres,  lignes claires des échanges, mélodies sensibles, fougueuses souvent mais parfois résolument mélancoliques. Une aventure musicale passionnante à suivre et un groupe dont on retiendra le nom assurément. Sophie Chambon

La Chronique de Tristan Loriaut JJJJ(J)

Inama est avant tout un sextet réunissant des énergies aux influences diverses et variées. La flûtiste Amina Mezaache, le saxophoniste alto Julien Soro, au ténor Fabien Debellefontaine ainsi que Stéphan Caracci au vibraphone et marimba, Ronan Courty à la contrebasse et pour finir Laurent Gueirard à la batterie. Pour l’anecdote, Inama est l’anagramme du prénom de la flûtiste d’origine algérienne (et non l’anagramme de Naima, comme pourrait l’imaginer certaines personnes). Sous l’égide de ces jeunes musiciens aux talents plus que confirmés, et pour un premier album, c’est guidé par les oreilles que commence ce voyage onirique au pays de l’expérimentation. Ce disque s’ouvre diaboliquement par une rythmique redoutable aux mesures asymétriques. Cette danse pseudo drum’n’bass orientale est menée par les précieux arrangements des trois instruments à vent. Après ce début sur les chapeaux de roues, l’album trouve ensuite son identité dans une série de comptines en plusieurs actes. La folie furieuse habitant ces énergumènes improvisateurs serait impossible sans une maîtrise parfaite allant de la technique instrumentale à la texture sonore. Il faut surtout signaler que dans ce sextet, chaque musicien compose, soulignant alors la « bravitude » de l’aspect participatif d’un tel projet. En ressort une originale fraîcheur dans la conception des thèmes de chaque composition, étant presque tenté de comparer leurs enchaînements à un étonnant road movie, comme par exemple dans « La vie du fleuve ». Parfois apaisants, tantôt digressifs, les dialogues instrumentaux n’ont aucune limite, évoluant au travers de plusieurs combinaisons. De lents crescendos pleins de finesses (« Fièvre à quatre notes ») se conjuguent avec des espaces totalement libre (« La boite noire » ou encore « Pan dort »). Cet ouvrage est empli de contrastes sans contraintes ni limites, au-delà des apparences Jazz, Free, Rock, Contemporaines. Avec une sage et apaisante parcimonie, certains codes du Jazz demeurent dans l’harmonisation de toutes ces compositions, sous la mailloche d’un remarquable vibraphoniste. Par ailleurs, « Le chorus du marabout » aurait pu s’appeler « le solo de l’africaine » tellement la subtilité du langage musical improvisé y est sublimée par cette flûtiste aux talents indéniables. Au milieu, deux saxophonistes aussi survoltés qu’attentifs, avec une pointe d’inventivité orientée avec ferveur vers un Ornette Coleman désacralisé. Il y a aussi ce touché aquatique d’une contrebasse tapie dans l’ombre, prête à bondir sur nos oreilles à chaque instant. Et tout cela sans oublier bien sur la malice d’un batteur touche-à-tout, non dépourvu de précision au service d’une technique de percussionniste caméléon. Énorme travail en général, et en particulier sur les harmoniques du son, en témoigne la fin du disque par cette ironique évocation morbide d’une série télévisée méridionale, « Plus belle la mort ». Dans le détail, il faut écouter avec attention cet astucieux dédoublement de la résonance d’une note aigue du vibraphone par la flûte traversière. Sorte de point d’orgue final résumant assez bien ce recueil d’ingéniosités allant de la voix murmurante jusqu’au glockenspiel, en passant par des jouets (!). Par ailleurs, cet équipage de petits garnements de l’impro fut récompensé en 2007 au fameux tremplin du festival Esprit Jazz. Cela confirme ce qui est une certitude en écoutant le son vivant de ce groupe soudé, il ne faut pas manquer de goûter aux frasques musicales d’Inama en concert.                                  Tristan Loriaut

 

 

 

 

Cristal 2008

 


 

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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 07:28

Yolk 2008



Une nouvelle fois Alban Darche et sa troupe de déjantés du jazz que l’on avait récemment entendu avec Katerine reviennent avec un album particulièrement réussi. On a rarement atteint ce niveau d’écriture avec un big band mariant avec autant de modernité et d’exigence ce sentiment de liberté entièrement contrôlée. Il y est question toujours d’un espace tourneboulé où les voix et les pupitres s’emmêlent et s’enchevêtrent. Avec un sens assez solide du contrepoint, chacun qu’il soit soliste ou en section participe avec le même grain de folie à la bacchanale. Il ne s’agit pas d’un modèle statique où lorsque le soliste se place sur le devant, seuls ne restent en place que la rythmique. Non, ici tout autre chose. Les solistes et les sections de cuivres jouent ensemble, chacun avec une énergie et une puissance débordante et créent ainsi des tramages « forts » auxquels la guitare de Gilles Coronado apporte parfois une nuance légèrement rock. Polar Mood, pièce phare de l’album est un moment absolument génial d’écriture et d’arrangement mis en valeur par ailleurs par un chorus saisissant de Geoffroy Tamisier que l’on attendait pas dans un registre aussi mordant, nerveux et acéré. Au risque de perdre en cohérence et à renforcer cette impression de patchwork, Alban Darche, jamais enfermé dans un schéma caricatural et prédéterminé passe allègrement du rock à  la musique Klezmer, allie la musique de cirque ou de fanfare au jazz le plus dynamique à la façon parfois d’une Carla Bley. Alban Darche joue sans cesse à l’équilibriste, fait intervenir les cuivres, les fait disparaître, joue les chassés croisés, les sur et sous expositions. Avec cette science de l’arrangement, Darche s’offre même deux réécritures somptueuses de musique Klezmer (dont on se demande en revanche quelle est leur place ici) au travers un double hommage au grand clarinettiste Naftule Brandwein par deux compositions qui sont autant d’occasion de mettre en valeur Sylvain Rifflet à la clarinette puis Mathieu Donarier, tous les deux impressionnants. Ce qui ne laisse de surprendre c’est le travail admirable sur l’énergie. Alors que la complexité de ces enchevêtrements pourrait plonger plus d’une formation de ce type dans la tentation du « sous jouer », le Gros Cube au contraire ne perd jamais  en intensité. Totalement déchaîné et brillant. Il y a derrière la patte de Alban Darche, l’engagement de tout un groupe de musiciens collectivement acquis à la cause. Avec autant de rigueur musicale que de liberté ils soufflent un vent bien frais sur le jazz extra large.
Jean-Marc Gelin

 

 

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /Juil /2008 22:38



tZADIK 2008

 

Marc ribot (g), Jamie Saft (kyb), Kenny Wollesen (vb), Trevor Dunn (cb), Joey Barron (dm), Cyro Baptista (perc), John Zorn (as, direction)

 

  Dans quel monde idyllique vit désormais John Zorn ? Avec The Dreamers ce n’est certainement pas celui de Massada ou de Painkillers. Car il y a dans ce monde là, la légèreté d’un monde insouciant, flottant dans une sorte d’euphorie béate. Quasi cotonneuse.

Ici Zorn dirige de main de maître comme il le fait avec Bar Kohkba. Avec un sens inouï du détail et de la finesse, il organise le jeu de Marc Ribot, le vibraphone de Kenny Wollesen et le clavier de Jamie Saft dans une sorte de rondeur moelleuse à laquelle Joey Baron dessine avec un art subtils quelques points de dentelles. Tout est réglé au millimètre à tel point que cet univers entièrement sous contrôle en est presque angoissant. Attendant Zorn dans un monde furieux, celui qu’il nous décrit ici n’en est que plus irréel de béatitude (Uluwati) presque déshumanisé dans ce monde onirique. Heureusement Zorn y met du relief et beaucoup de nuances. On passe d’un rêve cotonneux (A ride on a cotton fair) à la traversée d’une ville fantomatique dans une sorte de western angoissant (atmosphère que Zorn affectionne par ailleurs) dans Awkiwatsay. Rapidement Zorn peut sortir de ce monde là et revenir à quelque chose de pus enfantin comme ce Toy qu’illustre si bien la pochette de cet album.

Mais dernière cette apparence du lisse et du rond, Zorn introduit des nuances. Sa direction est, comme avec Bar Kohkba celle d’un nuancier à petites touches subtiles derrière l’apparente uniformité du propos. Même musique de chambre (ici du rock de chambre) où les rondeurs de la guitare, du clavier et les notes moelleuses du vibraphone ont remplacé les cordes de Bar Kohkba. Et dans cette cosmogonie Zornienne il y a quelques réminiscences que l’on trouvait hier chez Pink Floyd, revisités avec une autre profondeur. Entrer dans le monde irréel de Zorn c’est entrer dans un univers que Lewis Carrol redécouvrirait au XXI° siècle. Il est finalement presque aussi psychédélique qu’halluciné.

Jean-Marc Gelin

 

 

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