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Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 07:43

ECM 2008



 
Le contrebassiste Arild Andersen signe là un disque magnifique, gravure d’un instant de rêve enregistré « live » au Belleville, club de jazz  de la capitale Norvégienne. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans les studios de Mandfreid Eicher que cet album est enregistré mais en club ce qui n’empêche pourtant pas la prise de son d’y être absolument exceptionnelle pour une mise en valeur idéale d’un trio de très haute volée composé du batteur italien Paolo Vinaccia et du saxophoniste écossais Tommy Smith. Autour de thèmes composés par le contrebassiste (à l’exception de Prélude To a Kiss), le trio se livre là à un moment rare de maîtrise de l’espace et du temps. Un moment où la fusion des énergies les amène à contrôler celle-ci dans des moments de grande zénitude ou à la libérer au contraire dans des périodes de paroxysme brûlantes. Il y a assurément quelque chose de très coltranien dans le jeu de Tommy Smith, ici ébouriffant dans le son, dans la puissance de jeu et dans la nuance de son sens de l’improvisation. Chaque morceau est prétexte à un long développement où se rencontrent les trois voix dans un chassé croisé toujours homogène et cohérent à l’image de ce premier mouvement, suite en 4 parties (Independancy 1,2, 3 et 4). Jean-Marc Gelin

Arild Andersen, grand habitué du label, tout en choisissant de réaliser cet enregistrement en « live » n’en oublie pas pour autant le sens de la construction artistique. Pas question de partir dans des flots ininterrompus d’improvisations gigantesque. Au contraire, maîtrise du temps et de l’espace et conception de ce concert comme l’enregistrement d’un album en studio. Variation des thèmes et des couleurs toujours portées par le son incroyable du saxophoniste écossais qui à plus de 40 ans semble ici trouver le sésame d’un jeu totalement libéré de tout le superflus. Trois voix totalement investies dans l’instant présent au point qu’à l’instar d’autres chroniqueurs on peut effectivement affirmer que ce trio là est de ceux qui feront date tant il est fusionnel. Grand disque                                                      

 

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Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /Déc /2008 07:32


Dans la nuit de samedi 10 au dimanche 11 janvier 2009

De minuit à 7h


Par Franck Médioni

Nuit spéciale Charles Mingus sur France Musique à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort survenue le 5 janvier 1979. Contrebassiste, pianiste, compositeur et chef d’orchestre, Charles Mingus (1922-1979) est l’une des figures majeures de l’histoire du jazz moderne.

« Emotif et recensant en lui-même les émotions de son peuple, Mingus a entrepris de faire ouvertement parler, crier, la musique, comme on fait parler la poudre. Avec une énergie très physique qui concentrait ses qualités de compositeur, d’arrangeur ou d’agitateur. Avec une générosité et une intégrité qui ont contraint toutes les communautés (celle des musiciens lui était acquise), noires, blanches, officielles et marginales, à le reconnaître et à le saluer. In extremis, peut-être, mais tout de même… » 

Table ronde : Visages de Mingus, avec Yves Buin (écrivain), Didier Levallet (contrebassiste, co-auteur avec Denis Constant-Martin du livre « L’Amérique de Mingus », Editions POL), Francis Marmande (journaliste, écrivain), Claude Tchamitchian (contrebassiste)

Témoignages : Jean-Jacques Birgé (musicien), Benjamin Duboc (contrebassiste), Ricky Ford (saxophoniste ténor, ancien membre de l’orchestre de Charles Mingus), Sylvain Kassap (clarinettiste), Stéphane Kerecki (contrebassiste), Joëlle Léandre (contrebassiste), Didier Levallet (contrebassiste), Ramon Lopez (batteur), David Murray (saxophoniste), Michel Portal (clarinettiste, saxophoniste), Archie Shepp (saxophoniste), Claude Tchamitchian (contrebassiste), Jacques Vidal (contrebassiste).

Séquence concert


Lectures d’extraits de « Moins qu’un chien » (Editions Parenthèses), autobiographie de Charles Mingus, et de « Pour l’amour de Mingus » de Sue Mingus (Editions du Layeur).
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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 07:50

Franchement, autant dire que ce débat sur la pub à la télé, les amoureux de la culture en général et du jazz en particulier, nous le suivons comme une poule devant une brosse à dent et pour tout dire nous nous en battons un peu le popotin avec une légèreté et une insouciance qui n’a d’égal que la verve de nos politiciens en goguette. Las, nous regardons amusés et narquois ce débat avec l’air de ceux qui ne se sentent pas vraiment concernés même si la très très haute importance politique du sujet ne nous a bien sûr pas échappé. Car les amoureux de la culture et ici du jazz on beau être des citoyens avisés, ils ont depuis belle lurette déserté les écrans et les ondes envahies de réclames à longueur de temps pour leur préférer d’autres espaces qui, disons le tout net ont le mérite quand même de rendre bien plus intelligents ceux qui ne vivent pas ou plus sous la coupe servile des marchands de tout et de rien du tout. A la limite, Patrick de Carolis devrait s’empresser de décréter la fin de la pub sur son antenne et attendre un peu de voir, à la longue, ses concurrents de la télé privée s’empiffrer de pub, de réclames, d’exploitation éhontée de minutes de cerveau disponible, mourir et crever pansus et gras à coup de recettes publicitaire dans une ultime débauche de grivoiserie vulgaire d’un Starac’ moribonde à l’haleine de Hollywood Chewim gum, fraîcheur de vivre devant un audimat où les vieilles dames décrépies et lobotomisées de demain auront remplacé une fois pour toute les ménagères de 50 ans d’aujourd’hui. Car c’est sûr, on peut s’attendre à voir rapidement les privées multiplier les spots et les passages de pub payés à prix d’or. Les chaînes publiques auront peut être perdu leur indépendance politique mais gagné certainement en s’affranchissant des lobbyings mercantiles des marchands de soupe.

Et pendant ce temps là les amoureux de la culture, et du jazz en particulier auront de toute façon abandonné leurs écrans plasma et peut être réinvesti les salles de concert, les clubs, les théâtres et les salles de cinéma.

Après tout c’est bientôt Noël, on peut rêver un peu. C’est en tous cas le cadeau que l’on voudrait vous faire.

 

Et puisque l’on parle de cadeau, je vais vous faire une petite confidence. Un petit cadeau au passage. Allez tendre l’oreille sur ce qui se passe sur les radios du service public. Tenez par exemple sur France Musique le mercredi après l’excellente émission de jazz de notre confrère Alex Dutilh (« open jazz »), il y a une émission formidable et passionnante de Françoise Degeorges, « Couleur du Monde » qui vous emmène à la découverte des musiques du monde deux heures trente durant. C’est là par exemple que j’ai découvert les secrets du fascinant « chant long » de femmes de Mongolie. Émission remarquable qui se donne le temps de voyager, de nous apprendre, de nous intriguer. De nous rendre l’intelligence de la découverte. Et entre ces deux belles émissions qui se succèdent sur les ondes de France Musique, ben vous savez quoi….. ya pas de pub !

 

    http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/couleurs/

 


http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/open-jazz/emission.php?e_id=65000050
 

 

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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 06:54


 Propos recueillis par Bruno Pfeiffer

 

A83 ans, le batteur de Parker, de Coltrane, de Miles et de Monk mord toujours dans le tempo de son temps. Il ne mâche pas ses mots. Entretien à l’occasion de la sortie de son CD « Whereas » chez Dreyfus Jazz, et quelques jours après une série de concerts à décorner un troupeau de bisons, fin octobre 2008, au Duc des Lombards.



DNJ Je vous ai vu jouer la semaine dernière au DUC des LOMBARDS. On croit rêver : quel âge avez-vous vraiment ?

RH Sur le papier, 83 ans, mais dans le cœur à peine vingt. Je n’ai pas précisément de recette pour expliquer mon tonus. J’ai un cœur comme tout le monde. Si, si, je vous assure : mon feeling vient de là. C’est la vérité. Sur scène, je donne le maximum, je déballe tout ce que j’ai dans les tripes. Je veux donner au monde ce que j’ai dans le ventre. C’est pour cela que j’ai choisi la batterie.

DNJ  Pour déployer une énergie pareille, il y a bien un truc : vous vous douchez au jus d’orange ?

RH Oh oui! (rires). Je prends des produits sains et pas d’alcool. Je me nourris sainement. Mais c’est à la portée de tout le monde. L’énergie vient du ciel au dessus de nous. Il suffit de savoir à quel moment l’utiliser. Avec une formation qui prend autant son pied que la mienne, je suis poussé à me dépenser. De partager ces cadeaux avec le public en découle naturellement

. Savez-vous que le dimanche soir, au concert de 22h du Duc, le public chantait dans la salle. Il y avait une fille au premier rang. Elle chantait à tue-tête. J’ai senti sa présence. Je ne la connaissait pas. Elle répondait à mes paroles quand je chantais. J’ai eu une relation extra avec elle pendant le concert. A la fin, elle m’a dit s’appeler Carol. En partant, elle m’a regardé dans les yeux et a dit « I like you ». Son adresse? Non, elle ne m’a pas laissé d’adresse : juste son prénom.

DNJ D‘où vous est tombé ce sens quasi-inné du swing?


RH Le swing est la biais par lequel j’ai appris le jazz. Je suis un produit des années quarante. Le swing dominait le monde. J’ai avancé avec lui dans le sang, cela dans les années cinquante, soixante et les autres. De swinguer ne m’a jamais empêché de rester moderne. J’ai essayé en permanence de suivre l’évolution du jazz, de ne pas stagner. Le swing, c’est mon truc. Ma manière de jouer. Je l’ai dans la peau. Je le garde. Tout est là.


DNJ Le vocabulaire de votre jeu est richissime, d’une variété ahurissante. Vous répétez la nuit ?

RH Y a intérêt que mon jeu soit riche (« It has better be rich! » )! Je m’entraîne peu. J’essaie d’être bon à chaque fois. Je ne suis pas un batteur normal. Un batteur comme les autres. Je suis un perfectionniste.

DNJ Quelle est votre influence majeure?

RH Aucune : je suis unique. Je ne peux mettre en avant aucune influence majeure.

DNJ Pas même Art Blakey?

RH Nooon. Mais non! Il ne m’a pas influencé. Je l’adore. C’est un ami. Son jeu est très puissant. Mais je joue différemment. Je sais qu’il m’appelait son fils, à Boston. Le surnom peut prêter à confusion. Mais ça s’arrête là. Je suis fier de faire partie, au même titre que lui, de la catégorie des grands batteurs.


DNJ La complicité avec Jaleel Shaw est incroyable : vous apprenez ses solos par cœur ?

RH Je ne joue qu’avec des altos exceptionnels. J’ai joué avec Charlie Parker, ne l’oubliez pas. Jaleel et moi, on passe le temps à s’écouter. Si vous lui demandez son but dans la vie, il répond : apprendre! Parker était trop individualiste. Il n’avait personne auprès de lui. Il ne pensait qu’à lui. Jaleel excelle également au soprano. Je préfère un saxo qu’à une trompette. Avec un saxophoniste, je peux m’orienter dans plusieurs directions. Mais je préfère un saxo et une trompette à deux saxos, ou alors il faut vraiment qu’ils s’entendent bien.


DNJ  Aviez-vous un faible pour accompagner des chanteuses ?

RH Ca dépend lesquelles. J’ai eu la chance de jouer derrière les plus grandes chanteuses de l’histoire. Sarah Vaughan était ma préférée. Tout baignait avec elle. Sarah avait seulement deux ans de plus que moi. Billie Holiday était plus âgée que moi. Elle a eu son heures de gloire à la fin des années trente. C'était la star. J’étais gamin. Mon grand frère, qui était accro au jazz, m’avait fait écouter tous les disques. Quand je l’ai accompagnée, la dernière année de sa vie, en 1959, au Storyville de Boston, j’avais l’impression de jouer avec l’idole de ma jeunesse : j’étais en extase. Étrange, ce sentiment d’amour pour la personne que j’accompagnais. Le pianiste Mal Waldron était avec elle depuis deux ans. Lady Day n’avait absolument pas préparé le spectacle. Elle ne préparait jamais. Elle savait cependant exactement les chansons qu'elle voulait interpréter. Elle lui remettait la liste : point final. Elle commençait à chanter. Champ Jones tenait la contrebasse. On suivait. 

 

DNJ Que retenez-vous de votre Victoire d’honneur du Jazz?


RH Je sens qu’un événement est important quand beaucoup de photographes sont alignés devant moi. J’ai été heureux que ce que le travail tout au long de ma carrière soit salué ici, à Paris, en septembre dernier. La soirée était super. Je vais poser la récompense à côté des Grammies que j’ai déjà à la maison. Dreyfus a sorti trois disques : tous nominés aux Grammies, vous vous rendez compte? « Whereas », le dernier, représente la première fois qu’un solo de batterie est nominé. Ce n’est pas rien. J’y croyais. Simplement, j’ai concouru dans la même catégorie que Mike Brecker. Il a gagné. Normal : Mike est un géant. Je l’apprécie. J’ai déjà joué dans un de ses groupes.


DNJ Dans quelles circonstances avez-vous enregistré « Whereas » ?


RH Un copain batteur possède un club à St Paul (Minnesotta). Il m‘a invité en janvier 2006. Le contrat pas prévu au programme. Cela s‘est conclu rapidement. Mon agent n‘était même pas au courant. Quant il l’a su, le maire de Saint-Paul a carrément décrété que le week-end me serait dédié : le « Roy Haynes Week-end ». Vous le croyez? J’ai sollicité un pianiste de Miami, Robert Rodriguez, car le mien était engagé à New-York. La musique est quasiment improvisée. Les soirées ont été enregistrées. Les conditions étaient idéales. Et voilà le résultat...

Bruno Pfeiffer.

 

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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 06:23



www.vijay-iyer.com

 Ceux qui, comme moi je le confesse, avaient de Vijay Iyer l’image d’un musicien virtuose des claviers électriques devront réviser leur jugement après l’écoute de cet album. Car réduire ce musicien américain d’origine indienne à ce rôle de side man cantonné dans une fonction plus ou moins expérimentale découvriront avec cet album que Vijay Iyer est avant tout, et surtout un pianiste exceptionnel et un superbe compositeur.

Ce qu’il dit ici dans un album où il joue entièrement acoustique est une sorte de musique de l’urgence d’où découle un flot à la fois cérébral et terriblement primal. Lorsqu’il intervient, son coreligionnaire, le saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa (que pour ma part j’avais découvert cet été dans un jam session où sa prestation m’avait laissé dans un  état dont je ne me suis toujours pas remis) entre dans cette musique avec une force vitale totalement sidérante. C’est de la vie qui sort du pavillon de son instrument, une vie torrentielle qui mène au bord du gouffre, au bord du désastre avec une énergie aussi désespérée qu’un peu folle. Ceux qui ne connaissent pas ce prodige doivent absolument se ruer sur ses productions et découvriront ainsi une sorte de nouveau langage du saxophone qui, à coup sûr les bousculera et les emmènera ailleurs. Dans une sorte de langage où le jazz Colemanien se mêle très subtilement au phrasé des instruments indiens tiré du raga.

Mais la musique de Vijay Iyer ne se limite pas (si limite il y avait) à cette vision de la musique. Ses compositions réalisent avec audace une syntaxe entre la musique de Steve Coleman (par les métriques impaires et les structures atonales) tout en se dépouillant parfois de tous les superflus d’une part (Machine days) et d’autres musiques qui traversent l’histoire du jazz. Il est ainsi capable d’enchaîner avec un morceau très latin jazz ( Age of everything) avec un morceau plus modal dans le plus grand classicisme ( I’m all smile de Michael Leonhardt). Abordant le piano avec le même lyrisme que s’il s’agissait d’un clavier électronique ; Vijay Iyer est stupéfiant de technique montrant une indépendance rythmique et mélodique des deux mains assez incroyable, renversant les rôles de la gauche et de la droite avec une agilité un peu surnaturelle. Mais foin d’exhibition car là n’est pas le propos. Lorsqu’il se livre à un exercice en solo acoustique, il livre avec une sensibilité musicale rare un morceau bien loin des errances introspectives propre au genre mais au contraire ouvre sa musique à une forme de jazz rénové. Et lorsqu’il joue en trio, alors ses camarades de jeu  jouent les trouble fêtes à l’image de Marcus Gilmore en batteur totalement décalé capable de jouer hors tempo ou d’essayer des phrases totalement incongrues mais vivifiantes. La musique de Vijay Iyer par certain égard prolonge les derniers travaux de Coltrane mais loin, bien loin des clichés du genre. Il faut absolument aller voir Iyer et tenter l’expérience. Totalement innovante. Jean-Marc Gelin

 

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