JVC vient d'annoncer sa décision d'abandonner son mécenat avec les festival de jazz eponyme de new York, Paris, Nice et La Haye.
Mais pas de danger pour autant pour la suite de ces évènements puisque c'est CareFusion, du groupe d'équipement médical Care Health qui va prendre le relais
Care Fusion JazzFestival Paris se déroulera du 16 au 24 octobre 2009 dans 11 lieux parisiens, du
New Morning à la Maroquinerie en passant par le Grand Rex.
Au détour d’un concert, il y a parfois de belles surprises. Le Jazz est une Musique de l’instant, on ne le dira jamais assez.
L’enregistrement d’un de ces moments magiques fait l’objet d’un disque avec Dave Liebman aux saxophones, Enrico Intra au piano, Marco Vaggi à la contrebasse, Tony Arco à la batterie. Cet album,
ou plutôt ce concert, commence par un morceau intitulé « Mazurca », introduis par le pianiste d’origine italienne Enrico Intra. Cette entrée en la matière se fait dans une esthétique propre à la
Musique classique, surtout si cette introduction est belle et bien improvisée. C’est ensuite que les choses se corsent. Dave Liebman, fait une entrée fracassante, rejoins quelques secondes plus
tard par un groupe déchainé. Le dialogue est d’une liberté sans pareille. Une conversation entre quatre drôles d’oiseaux, où règne une intéraction presque télépathique. Appelée
« Bluestop », c’est dans cette composition que tout s’éveil. Viennent ensuite les langoureuses incantations d’un hommage à Joe Zawinul avec la composition du même nom. Il faut aussi
souligner l’importance du batteur au sein de ce quartet inédit. Tony Arco est un percussionniste incroyable, sans arrêt sur la brèche, avec l’effet de surprise au bout des idées. L’énergie qu’il
insuffle dans la Musique propulse le son du groupe au rang de « coltranien », ce qui n’est certainement pas peu dire. C’est d’ailleurs dans une ballade du nom de « Il Mi di Corso
Venezia », que le débat se maintient haut en qualité. Magie du contraste, le swing reprend le dessus la piste suivante avec ce remarquable « Intramood ». Le thème de cette
composition est d’une efficacité audacieuse et le développement improvisé d’une rare folie. A noter que tous les morceaux de ce disque sont composés par Enrico Intra. Le reste du disque est fait
de la même teneur en énergie, il faudrait des heures pour en parler. Une chose est certaine. Il n’y a vraiment rien à redire, le Jazz se crée et s’écoute en Live.
Eric Legnini (p, fender rhodes), Mathias Allamane (cb), Franck Agulhon (dr) – BFlat Records – novembre 2007.
On parle de plus en plus
d’Eric Legnini (comme musicien, comme producteur, comme directeur artistique). Il ne fallait au demeurant pas être grand clerc (mais sans doute amoureux des clubs) pour discerner l’amplitude du
savoir-faire de ce pianiste mal dissimulé derrière Stefano di Battista et Flavio Boltro lorsqu’ils déboulèrent en France, accompagnés de Rosario Bonaccorso et du génial Benjamin Hénocq. Cet
album, combien le liraient comme une carte de visite, un « non-choix » de brillant touche-à-tout, relativisant d’emblée sa portée. Prévenons cette approche en disant qu’il décline la
gourmandise du piano-jazz fait groove, en toutes ses formes et ses couleurs. Vous voulez des références à tout prix ? Pourquoi pas le « Mister Hands » de Hancock, avec son insolent
brassage de fender rhodes, de boucles, de piano acoustique. En somme Eric Legnini, superlativement accompagné par Franck Agulhon et Mathias Allamane (tous les trois, ils forment « la
bille » comme aurait dit Charles Bellonzi), ne fait ici rien d’autre que de conquérir facétieusement sa liberté dans l’alternance des sonorités, des rythmes, des époques, des références.
« Bleak Beauty » sonne mctoytynerien, « Rock the Days » a une couleur post-Beatles et « Doo Goo » n’aurait sans doute pas été renié par Horace Silver ? Rien de
plus…malaisé au pays d’un jazz déboussolé, déclinant ses chapelles péniblement. Eric Legnini lui jubile tant et plus de « jumper » d’un idiome à l’autre, les possédant tous de
l’intérieur (voyez les passages soulfull de « Them That Got ») tout en affichant, à chaque fois, ce qui est crucial, une totale maîtrise du traitement rythmique et des extensions
harmoniques, comme un Oscar Peterson batifolant chez Waller, Tatum, Bill Evans ou Gillespie, pour sonner toujours lui-même. Et puis comme avec Peterson à qui on a joué jadis les mêmes sacrés
tours, si vous voulez savoir ce qui se passe au-delà du syncrétisme, écoutez la version acoustique, en solo, de « The Secret Life Of The Plants ». Quoi, Stevie Wonder ?! Oui du jazz,
qui louche ailleurs, au-delà des répertoires imposés. En moins de trois minutes.
Le nouvel album du trompettiste Norvégien NPM est, un peu à l’imagede ses précédents et de ce « Nu jazz » dont le trompettiste ne cesse de porter l’étendard, un album du
dépouillement et du minimalisme. Une continuation du « Silent way » de Miles qui décidément hante une certaine communauté des trompettistes ( surtout au Nord de l’Europe).
Evoquant le désert, la minéralité ou l’absence, NPM déroule ses plans comme de long travelling cinématographiques qui s’étendent sur un background musical, un fond sonore aérien. Une conception
de la musique qui privilégie avant tout l’espace et mêmeles grands espaces. « Hamada » est tiré d’un mot arabe évoquant à la fois la mort et, dans un sens géologique la
pierre du désert. Mais cela pourrait tout aussi bien se passer sur la lune ou en plein antarctique que l’on y verrait que du feu.
On est en revanche plus gêné par cette forme d désincarnation de la musique,
cette « ambient music» telle que la concevait Brian Eno fondée sur la prédominance de nappes sonores et électroniques dans laquelle le rôle du musicien joue finalement peu
par rapport à la création de séquences étirées. Les morceaux se suivent et se ressemblent beaucoup.
A tel point que lorsque la musique prend du relief ( Comme sur Cruel
Attitude, morceau de toute évidence conçu pour être joué sur scène) on en vient à sortir de
cette morne torpeur qui prédominait mais que l’on retrouve l’instant d’après.
La surprise qu’avait constituée « Khmer » en 1997 s’émousse peu à peu.
Si l’on avait accueilli avec un certain enthousiasme en 2005 « Er », album qui recelait de petites merveilles cachées, on regarde « Hamada » passer comme les vaches regarde les
trains, sans le voir vraiment. A 49 ans, pour son arrivée chez Universal ( après sa brouille avec ECM), le trompettiste livre l’album que l’on attendait de lui, fidèle en tout point à l’esthétique
qu’il défend mais qui ne nous surprend plus. Jean-marc Gelin
Baby, baby… « This one’s for Dinah » se révèle dès les premières secondes à son écoute un album emprunt de Blues, comme
si le Swing nous offrait ce qu’il a de meilleur. Un album qui rappelle les somptueuses années du Mainstream, Big Band à l’appui, s’il vous plait ! S’offre à nous une China Moses tout en
subtilité, décidée à nous faire passer une bonne journée avec la bonne humeur qui va de pair. Non, je ne vois pas comment exprimer autrement ma satisfaction qu’en invoquant les esprits profonds
du delta du Mississipi, de la Nouvelle Orléans et pourquoi pas des faubourgs de Chicago. Et quelle voix, mes amis ! À la fois robuste et puissante, sensuelle et charnelle, claire et limpide.
Une véritable ode à la joie, en hommage à Dinah Washington, la diablesse à la voix colorée et un tantinet voilée. Ce merveilleux disque, co-réalisé par Raphaël Lemonnier l’arrangeur-pianiste, est
aussi un hommage à cette formidable époque où les postes de radio émettaient cette si bonne Musique sur toutes les ondes. Il faut aussi noter l’omniprésence de Fabien Marcoz à la contrebasse et
Jean-Pierre Derouard à la batterie, constituant une rythmique de choc. Quant aux arrangements des cuivres, soulignons le formidable travail du trompettiste François Biensan, avec ces imparables
évocations des grandes années du Big Band de Count Basie. Les morceaux repris ici ont été bien sur pour la plupart des grands tubes de la chanteuse Dinah Washington. Sa digne héritière, la
chanteuse afro-américaine China Moses n’est autre que la fille de Dee-Dee Bridgewater. Et là, tout devient clair. Il est évident que la filiation est difficile à ignorer lorsqu’on laisse une
pareille voix nous enchanter. Il y a aussi l’audace de reprendre des titres comme « Mad About The Boy », « Cry Me a River » ou bien encore « Blue Gardenia », qui ont
fait et qui font encore aujourd’hui le succès de Dinah. Il est aussi difficile de passer à côté de ce merveilleux scat d’Henry Le Ny, invité pour le plus grand bien de nos oreilles sur le titre
« Lover Come Back To Me ». Un Swing à couper le souffle. Un formidable appel à la danse et à la romance, et en même temps, il y a toute cette sensualité dont seules les grandes
chanteuses de Jazz ont le secret. China Moses nous transporte sans difficulté au delà des époques, en toute simplicité. Une vraie, une grande, une incroyable chanteuse au grand cœur. A ne manquer
sous aucun prétexte en concert.
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