Samedi 11 juillet 2009
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Petit souvenir du concert de Yaron Herman et de son trio. Pour l'occasion l'excellent et jeune contrebassiste Simon Tailleu tenait la grand mère à la place de Matt Brewer (pris ailleurs pour l'été
. En revanche dans une forme éblouisssante, G. Cleaver était bel et la. Yaron Herman avait fort à faire pour conquerir un vaste public qui etait surtout venu là pour entendre Keziah Jones en 2ème
partie. C'est pourtant sans démagogie, en jouant sa propre musique que Yaron Herman su ramener au silence ce public dissipé et tombant petit à petit sous le charme du pianiste. Un concert encore
une fois magnifique dont on retiendra une sublime version de "blâme it on m'y youth". Supplément d' âme .....
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Vendredi 10 juillet 2009
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Impulse 2009
Attention tout d’abord à ne pas se laisser prendre par l’annonce de cet album où il ne s’agit en aucun cas d’un « live » réunissant les deux saxophonistes. On sait en effet que les deux
hommes se sont retrouvés un an et demi plus tôt lors de l’enregistrement de Love Suprême dans lequel le jeune
Shepp intervenait. On aurait donc aimé les entendre tous les deux à l’occasion
de ce festival de Newport enregistré le 2 juillet 1965. Malheureusement il ne s’agit que d’extraits de ce festival commençant par un "One down one Up" enregistré à l’occasion du concert donné par
le quartet de
Coltrane le soir même. Suivent 5 titres enregistrés l’après-midi par Archie Shepp entouré pour l’occasion de Bobby
Hutcherson au vibraphone, Barre
Philipps à la
contrebasse et Joe
Chambers à la batterie. Sont reproduits ici "Rufus", "Le Matin des Noirs", un texte parlé-chanté de Shepp, "Scag" et enfin "Call Me by My Rightful Name". Il s’agit
donc de concerts totalement tronqués et dont on se demande quel est véritablement l’intérêt éditorial. Car si le quartet de Shepp semble un peu en deçà c’est que nous avons entendu avant celui de
Trane toujours au plus haut de sa forme. N’oublions pas que lorsque Trane,
Tyner,
Garrison et
Jones jouent ce soir-là à Newport, c’est durant cet été magique, 3 semaines avant
même qu’ils n’enregistrent à Antibes ce "Love Supreme" de légende. Avoir choisi de présenter en face à face les extraits de concerts de Coltrane et de Shepp visait certainement à montrer l’énorme
influence du premier sur le second. La filiation directe et en même temps l’affirmation de la personnalité émergente de Shepp, plus engagé sur le terrain politique mais affirmant au travers de ses
phrases totalement libérées de toutes entraves, son dû et sa révérence à Coltrane. Mais parler de
New Thing à propos de ces deux concerts, s’agissant de deux saxophonistes qui s’affirment,
chacun à sa manière, comme descendant du blues, est un sérieux contresens. On a plutôt tendance à associer, la même année cette fameuse New Thing à l’émergence d’
Ornette Coleman et de
Don
Cherry qui avec le free jazz (cette nouvelle forme du jazz à venir) ouvraient à leur tour une autre voie bien éloignée de celles qui nous sont données à entendre là. Il n’en reste pas moins que
c’est avec autant d’émotion (*) que l’on retrouve ces extraits de concerts ( en partie largement publiés pour ce qui concerne Coltrane) comme le témoignage d’une rare intensité musicale. Témoins
étrangers et lointains de cette histoire du jazz en marche.
Jean-marc Gelin
Ps : émotion d'autant plus grande si l’on garde en tête que Newport, ce festival de légende semble vivre ses dernières heures, l’édition 2009 n’étant pas sûre de pouvoir se tenir faute
pour son animateur de pouvoir le financer. Cela en est jusqu’aux locations de terrains qui ne pourraient même pas être assurées….
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Mercredi 8 juillet 2009
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Quark 2009
Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g), Edward Perraud (dm)
ll fallait un trio bien engagé, dans tous les sens du terme, pour se livrer ainsi et sans filets dans l’exploration de la musique du compositeur allemand
Hanns Eisler (1898-1962).
Compositeur iconoclaste s’il en est, exilé du nazisme, réfugié aux Etats-Unis puis rebelle du Maccartisme qui l‘a fait s’enfuir à nouveau pour trouver refuge de l’autre côté du mur de Berlin où, à
part des travaux avec Schönberg et Kurt Weil il composa un grand nombre d’airs populaires pour la RDA. Et c’est en partant de cette musique parfois un peu kitsch mariant la musique
populaire et les marches révolutionnaires que le trio s’engage avec force en invoquant parfois l’esprit d’
Albert Ayler. Ce qui est somme toute plutôt un comble puisque l’esprit y est ici
plus révolutionnaire que religieux. Mais comment après tout ne pas songer à Holly Ghost lorsque l’on entend par exemple cette marche funèbre (
Die Moorsoldaten) que le son de
Daniel Erdmann propulse loin avec force déchirement. Car le saxophoniste au cœur des (d)ébats porte ce projet à bout de bras avec un son époustouflant, contribuant à donner à la moindre des
bluettes une intensité dramatique. Une petite bossa aux couleurs de sable fin comme celle qui ouvre l’album (
An den Deutschen Mond) prend ainsi immédiatement un autre relief. Se teinte
d’une légère pointe de sarcasme, du genre de celui avec lequel parfois on s’adresse aux nantis et aux petits bourgeois satisfaits. Car il y a toujours un second degré dans ces interprétations qui
ne manquent pas de théâtralité. Un peu dans l’esprit Brechtien en fait.
Hasse Poulssen à la guitare semble parfois arrondir les angles et parfois au contraire contribue à les distordre, à
effacer les lignes claires pour dérouter l’auditoire. Comme si les routes qu’il traçait ne pouvaient jamais êtres complètement linéaires. Mais au-delà du pied de nez qui pourrait, sans vigilance se
transformer en farce, fait montre d’un grand respect pour l’art populaire et d’un grand mépris pour l’art « bourgeois ». Le jazz n’est que prétexte au discours. Car il y a du concept dans cet
album-là. Et peut être une distanciation un brin nostalgique. Le trio a trouvé en tout cas ici une belle matière à l’exposé d’un discours âpre et différent. Une vraie découverte d’un compositeur et
de ses interprètes aussi respectueux qu’audacieux.
Jean-Marc Gelin
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Lundi 6 juillet 2009
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Ed. Allia 2009 ( rééd. 2001)
126 p, 9 euros
« C’était l’époque où un noir disait mon cul à un public blanc et le montrait. »
Pour beaucoup ce petit ouvrage de David Margolick ne sera pas une surprise puisqu’il s’agit de la réédition d’un livre publié en 2001 en France aux éditions 10/18. La réédition aujourd’hui est liée
à une nouvelle traduction en français ( les différences n’échapperont certainement pas aux fins linguistes).
L’occasion de se replonger dans ce petit ouvrage passionnant d’à peine 126 pages qui entreprend la démarche assez originale en jazz de faire la monographie d’une chanson cultissime, le Strange
Fruit de Billie Holiday qu’elle enregistra pour la première fois en 1939. Cette chanson dont la chanteuse s’était à tort attribué la paternité et qui dénonce la pratique du lynchage des noirs dans
le Sud des Etats-Unis est en réalité l’oeuvre d’un professeur de lettre juif, blanc et de gauche, Abel Meeropol ( alias Lewis Allen).
Cette chanson deviendra très rapidement un symbole à la fois du combat des noirs et de la prise de conscience d’une partie de la société américaine mais aussi l’étendard de Billie Holiday. Bien que
reprises un nombre incalculable de fois la version que Billie Holiday incarnait et avec laquellle elle semblait faire corps et âme semble aujourd’hui encore insurpassable.
David Margolick ancien journaliste juridique au New York Times, collaborateur à Vanity fair et 4 fois nominé pour le prix Sulitzer entreprend de faire l’histoire de cette chanson à la manière d’un
reporter. Et c’est absolument captivant de bout en bout. Elle permet d’entrer dans le processus de la création d’un mythe avec ses admirateurs ( les cercles progressistes de la gauche
new-yorkaise), ses détracteurs pour qui la chanson était censée éveiller la haine raciale, ou ses mythes et ses vraies fausses-histoires (certains disent qu’au premier abord Billie Holiday n’avait
absolument pas compris le texte de la chanson). Et c’est bien une mise en perspective et en histoire de l’un des plus grands thèmes du jazz auquel se livre avec une grande fluidité David Margolick.
Par ce biais là il donne un éclairage passionnant sur la chanteuse et sur le tournant de sa carrière mais aussi sur l’évolution lente de la société américaine,sur le processus d’éveil des
consciences.
A lire absolument.
Jean-Marc Gelin
Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.
Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
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Samedi 4 juillet 2009
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Alefa 2006
Comme c’est le cas bien souvent, c’est par le bouche à oreille et notamment sur les conseils de notre excellent confrère Jacques Chesnel (
l'excellent site Culture jazz http://culturejazz2.free.fr) que nous avons découvert cette jeune saxophoniste pour le moment relativement inconnue au bataillon mais qui, gageons
le, ne tardera pas à faire parler d’elle. Elle n’a d’ailleurs pas manqué paraît-il d’enflammer récemment le public lors de sa prestation en juin de cette année au festival Jazz à Vienne. Son
premier et, pour autant qu’on le sache, seul album date de 2006 soit un an avant qu’elle ne décroche le 3ème prix du Tremplin de la Défense. Passé au travers des radars cet album donne pourtant à
découvrir une jeune saxophoniste bourrée de talent, d’énergie et surtout d’une immense envie de jouer. Généreuse assurément, Céline Bonacina ne se ménage pas et passe sans complexe d’un
extrême à l’autre, du baryton au soprano dans le même élan. Portée par une furieuse envie de jouer et de s’amuser sur le swing et le groove, elle emporte une fois n’est pas coutume, toute la
rythmique derrière elle avec une belle assurance. Si la musique semble parfois assez formatée « post-fusion », elle y démontre néanmoins un phrasé totalement libéré et aérien à la fois.
Toute en grâce Celine Bonacina survole toutes les difficultés harmoniques et rythmiques avec une façon de jouer qui la porte à l’exaltation heureuse. Ca fonctionne remarquablement. Danseuse de
l’instrument, légère,fuyante et assurément un brin espiègle. Une belle bouffée d’air frais. Jean-Marc Gelin
Myspace de Céline Bonacina
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