ECM 2009
Mark Turner (ts), Jeff Ballard (cb), Marry Grenadier (dm)
Cela fait à peu près deux ans que cet album était attendu. Le groupe qui s‘était formé spontanément avait eu l’occasion de faire beaucoup parler de lui et de donner quelques concerts sans qu’il n’y ait néanmoins aucun projet discographique en vue. Voilà finalement chose faite sous les auspices du label de Manfreid Eicher. Car cette association pianoless de trois des plus grands musiciens de jazz actuels ne pouvait manquer de susciter un réel intérêt de la part des grands labels. Mark Turner dont non ne cesse de suivre le travail qu’il fait notamment aux côtés de Kurt Rosenwinkel mais plus récemment aux côtés de Enrico Rava ou de Batiste Trotignon est en effet un saxophoniste délicat s’il en est, saxophoniste de l’économie tout en ciselures fines, en phrases non dites, en suggestion. Mark Turner qui semble en recherche permanente joue formidablement avec et entre les notes. Musicien d’une incroyable musicalité qui possède un sens harmonique de l’improvisation hors du commun, le saxophoniste ténor reste néanmoins très cérébral au point qu’il pourrait à certains égards faire penser à un altiste comme Lee Konitz par exemple. On peut trouver ce jeu parfois froid ou glacial, il n’en reste pas moins impressionnant dans son discours d’une rare finesse. Il est ici accompagné par Larry Grenadier et Jeff Ballard, les deux compagnons de route de Brad Meldhau qui constituent certainement la section rythmique la plus talentueuse de ces 15 dernières années. Le contrebassiste et le batteur inséparables composent ici l’ensemble du matériau proposé.
Il y a alors quelque chose de fusionnel dans leur musique. Fusionnel en ce sens que chaque pièce composée par eux s’inscrit dans une logique esthétique cohérente au point de pouvoir s’appréhender comme une suite raffinée et d’une formidable élégance. Il y a quelque chose de très classique dans cette écriture un peu concertante où les morceaux s’enchaînent sans réel relief. Sans véritable point d’accroche. Musique polie (dans les deux sens du terme) que l’on écoute une tasse de thé à la main et où l’esthétique si fine soit elle se révèle finalement un peu glaciale. Un peu lorsque nous écoutions Lennie Tristano et Lee Konitz, convaincus par l’excellence de cette musique qui parvient à se montrer à la fois terriblement sensuelle mais aussi un peu trop distante. Jean-Marc Gelin















































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