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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 21:55

 

 jamal-chatelet.jpg©Jacques Beneich

Et puis vint en rappel Poinciana ! Le public du Châtelet, jusqu’alors respectueux et (un brin) réservé laisse éclater sa joie. Ahmad Jamal lui dédie son tube planétaire, qui lui assura le succès en 1958, avec des innovations à surprendre le fan le plus aguerri. Avant de clore ces 100 minutes de concert par un message d’amour aux spectateurs parisiens, Like some one in love.

Souriant, détendu, concentré, Ahmad Jamal a offert un moment de grâce ce 9 février pour la sortie de son dernier album, Blue Moon, le premier sous son nouveau label Jazz Village (Harmonia Mundi). Pas de paroles, sauf pour annoncer ses trois comparses Reginald Veal (basse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussion) et remercier la salle, mais des notes. Ou plutôt ces phrases, ces envolées qui caractérisent à jamais son style, alternance de tonnerre et de ruissellement avec cette culture du silence qui plut tant à Miles.

En permanence, le sémillant octogénaire de Pittsburgh relance ses partenaires d’un index pointé avec détermination. C’est une nouvelle équipe qui se présentait sur la scène parisienne. Herlin Riley retrouvait Ahmad qu’il avait accompagné quelque temps dans les années 80. Il forme un tandem soudé avec Reginald Veal fruit d’une longue collaboration auprès de Wynton Marsalis et Dianne Reeves. Certains regretteront (l’auteur de ses lignes en est) la vigueur de Jammes Cammack, qui tint la basse 27 ans durant dans le trio, ou la créativité d’Idris Muhammad. Reste que le quartet version 2012 donne la part belle à la rythmique avec en vedette, apportant un grain de folie, le percussionniste Manolo Badrena, ancien de Weather Report.

Voilà rassurés –si besoin était-les amateurs de jazz ou selon la terminologie d’Ahmad Jamal, de « la musique classique américaine ». L’architecte des sons est toujours là. Il nous confiait l’été passé, citant Clint Eastwood : « vous devez connaître vos propres limites ». Le fait est qu’il les repousse sans discontinuer.

Jean-Louis Lemarchand

ahmad jamal blue-moon feb2012

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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 22:25

 

Ahmad Jamal (p), Reginald Veal (cb), Herlin Riley (dms), Manolo Badrena (percus) 

ahmad_jamal_blue-moon_feb2012.jpg

Le secret de jeunesse du pianiste de Pittsburgh de 81 ans n'est il pas dans cet art de prendre son temps. Cette façon de ne jamais précipiter le tempo tout en le chahutant avec facétie. Cest en tous cas la première remarque qui mest venue à lesprit en écoutant le nouvel album de ce monstre sacré sur ce nouveau label avec cette nouvelle rythmique. Cette permanence.

Dans la musique de Jamal il y a toujours cette façon de se donner le temps et l'espace avec une maitrise et une respiration jubilatoire. Il y a du Eroll Garner en lui.

Laurapar exemple. Ele lui appartient et il peut la faire attendre, tourner autour d'elle et décider de son sort avec cet art du suspens, cette façon de suspendre la note, de créer la surprise harmonique, bref d'enchanter. Et si tout cela avec un sens du groove incroyable. Jamal peut s'arrêter, jouer les silences et reprendre sur le temps, le groove lui reste chevillé. C'est un art absolument magistral. Il faut entendre son groove sur This is the life. C'est le ternaire presque binarisé, presque funk . Du funk chez Debussy.

Ou encore cette magistrale interprétation de Blue Moon où le pianiste parvient à donner vie et âme à son quartet. On l'imagine à désigner d'un doigt pointé, ses accompagnateurs portés alors à se transcender au gré de la réinvention, du réenchantement du thème.

Il y a aussi quelque chose de bouleversant dans I remember Italy, cette balade qui, sous les doigts de Jamal prend ses deux sens. Une déambulation dans des souvenirs que l' on sait au coeur de l'intime. Non seulement à 81 ans cest sûr, on ne triche ps mais de surcroit Jamal évite le piège de tous les vieux pianistes qui avec l’âge devinnent  minimalistes. Jamal est au contraire d'une jeunesse hallucinante. Toujours fidèle à son propre style Jamal bouillonne d'idées et d'inventions harmoniques. Voire un poil facétieux avec ces petites incises décalées comme sur Gipsy.

Porté aux nues par sa nouvelle rythmique ( on y retrouve nénamoins le formidable Manolo Badrena aux percussions) Jamal s'affranchit de tout et de toute contrainte quelle pourrait lui apporter. Au contraire, en homme libre il survole son clavier avec une légèreté qui est comme un defi aux lois les plus élémentaires de l'apesanteur. A la fois puissant dans ses attaques et dune délicatesse aérienne dans son lyrisime. On retrouve du parfois du Jamal comme au temps du Pershing. Jamal, la maitrise de soi, l'art du silence ou du suspens. Du grand Jamal. Immense !

Jean-Marc Gelin

  Ahmad Jamal, le magicien, le compte rendu du concert au Chatelet

 


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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 22:06

 

Socadisc – 2011

 

Jean My Truong (dms), Sylvain Gontard (Tmp), Irving Acao (Sax), Leandro Aconcha (Pno, Key.), Pascal Sarton (Bass),Didier Lockwood (violon),Mike Stern (Guitar).

 

my-truong.jpg 

 

Il s’agit là d’un énième hommage au plus grand et au plus énigmatique des musiciens du siècle que nous venons de quitter, Miles Davis l’insaisissable. Cet honorable hommage intitulé « The Blue Light » est l’œuvre du batteur et compositeur français d’origine vietnamienne, Jean My Truong, devenu incontournable depuis les années 80 avec des groupes comme Zao, Indochine ou Surya, accompagnant entre autres des artistes aussi divers qu’Alain Bashung, Christian Escoudé ou bien encore Chuck Berry. Lorsque l’on choisit de rendre hommage à Miles, il faut malheureusement se limiter en choisissant une seule esthétique, une seule instrumentation. C’est principalement dans le Jazz-Rock que le batteur décide de frapper un grand coup, et cela entouré de remarquables talents en la personne du trompettiste Sylvain Gontard, du saxophoniste Irving Acao, du claviériste Leandro Aconcha et du bassiste Pascal Sarton. Il fallait aussi la présence d’incontournables du genre en tant qu’invité : le guitariste Mike Stern répond évidemment présent à l’invitation sur Decoy, tout comme le violoniste et ami de 30 ans, Didier Lockwood. Difficile de rendre hommage à l’œuvre d’un esthète aussi gourmand de nouveauté que fut Miles Davis. Comment interpréter Mademoiselle Mabry en négligeant All Blues. Pourquoi rendre hommage au Blue In Greensi cher à Bill Evans, en oubliant le Pee Wee de Tony Williams. Le célèbre Catembe de Marcus Miller fait partie aussi de la fête, sans faire offense au légendaire Joshua, interprété là aussi avec l’intelligence de l’arrangement. Il fallait bien le talent de Jean My Truong pour réunir tous ces chefs-d’œuvre avec autant d’audace. Chaque arrangement est d’ailleurs empli d’une sensibilité hors du commun, le plus souvent axés sur une fantaisie rythmique millimétrée, comme par exemple le thème de Milestone, s’il ne fallait en citer qu’un. La folie improvisatrice existe en chacun des interprètes et le quintet use d’une homogénéité sans pareil. Entendons-nous bien là : il s’agit dans ce disque de la continuation d’un mouvement de pensée, d’une philosophie. Jean My Truong et les siens y partagent leur immortelle passion pour cet idéal musical légendaire et... éternel. Tristan Loriaut

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 13:46

 

PLUS LOIN MUSIC/ JAZZ aux ECLUSES production

www.plusloin.net

Distribution Harmonia mundi

Sortie le 8 février 2012

jazzarium.jpg

 

 

Guillaume St James n’en est pas à son coup d’essai avec ce Polis, même s’il a quelque peu renouvellé le personnel de son sextet JAZZARIUM, créé en 2005  autour d’un trio de soufflants. D’une modernité métissée comme il se doit d’effets électroniques, de funk porté par une mini section de cuivres (Geoffrey Tamisier à la trompette et Jean Louis Pommier au trombone)  brillamment frottés, polis,  la musique du saxophoniste tisse une toile étonnamment mouvante et fluide : on se déplace sur l’échiquier de la cité, sans autre souci que d’observer la vie qui va... dans le sillage véloce de cette symphonie ou de ce concerto urbains. La musique qui résonne dans cette ville irréelle est joyeuse, effervescente, totalement imaginée par Guillaume St James : ça bouillonne et palpite un peu comme dans un film noir style « Asphalt jungle » ou dans la série « Les rues de San Francisco » : klaxons, alarmes new yorkaises, sirènes d’ambulances, tout le folklore bruitiste urbain y passe jusque dans les derniers morceaux !  Mais on  ne respire pas que des gaz d’échappement : sans doute, l’accordéon de Didier Ithurssary  y est pour quelque chose, adoucissant  la dure ambiance urbaine de nuances du musette ou de tonalités du folklore basque. On l’aura compris, le saxophoniste Guillaume St James est dans cet album du moins, un urbain convaincu, déterminé à affronter cette jungle, peu déterminé à s’enfermer dans le silence des bois, pour vivre en harmonie avec la nature. Ce qui l’intéresse (le titre en est la preuve) est la cité qui bruisse et bruit, la « polis » civique et politique : on est aspiré dans le tumulte urbain et sa folie créative, sans temps mort ni volonté contemplative, au cœur du spectacle actuel de la misère  dans Ceux qui restent et Social Climber. Et puis, on aime  la Polis Phonic Map qui séduira les amateurs de cartes et de plans de ville, qui a tout du jeu de l’oie. Il faut tout de suite déplier la cartographie de Clément Aubry composée ingénieusement sur des indications de Saint-James. A contre jour, les silhouettes des musiciens photographiées au verso apparaissent en filigrane sur le tracé de la carte. On démarre à la Balkanic station où personne ne s’entend, on se laisse porter sur un second titre romantique, bal(l)ade vive sans effet papillon, on entreprend une course en taxi, à la découverte des Basques bondissants et de leur folklore Iruten ari nazu, à moins que la poursuite en Mustang évoquant Bullit, et bien sûr Steve MacQueen , ne vous plonge dans la nostalgie. Une fausse  vraie rumba pour libérer les animaux du zoo entre le Père Noelet un vieux tube de Simon and Garfunkel et toujours un arrière-plan politique, Speed for Spike en hommage au metteur en scène Spike Lee auteur de l’emblématique Do the right thing. Le cinéma, le jazz, le polar, la ville ont partie liée, on le sait et on le ressent, la musique étant en tous les cas, propice à réveiller en images notre propre imaginaire urbain. Une fois encore, l’Amérique resurgit dans cette suite de tableaux musicaux,  car ne l’oublions jamais, cette musique aimée, le jazz, vient de là-bas... Même si  le festival  Jazz aux écluses à Hédé, en Ille et Vilaine, est l’antre, l’autre point d’ancrage, la terre de repli du saxophoniste.

Sophie Chambon

 

NB : Pour peu que l’on connaisse les musiciens, on peut aussi s‘amuser, en suivant la légende, à rechercher en quoi les animaux qui les représentent, leur correspondent.

 

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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 21:42

 

Dave Brubeck (p), Paul Desmond (as), Eugène Wright (cb), Joe Morello (dm))

Sony Music 2012

dave-brubeck-their-last-time-out.jpg

 

Le 26 décembre 1967 est assurément un jour qui fait date dans l'histoire de ce quartet mythique. Et savez vous pourquoi cette date devait être gravée dans le marbre ? Figurez vous que ce jour-là, il s'agissait ni plus ni moins du jour de leur tout dernier concert. L'ultime, the very last one, le "encore un petit dernier pour la route", le " encore un et après j'y vais". Car le quartet sous l'impulsion du pianiste avait décidé qu'il s'agirait de leur toute dernière fois après quoi ils iraient chacun vivre leur vie ailleurs. Apres 10 ans à avoir sillonné le monde ensemble ils s'en iraient une fois le public rentré chez lui et les instruments rangés dans leur housse, suivre tous les quatre une route différente.

Il y avait donc ce soir là tout pour faire un événement inoubliable. Les 4 compères font tourner le répertoire, le best of, les tubes : " Three t get ready, Take five etc…" ainsi qu’un certain nombre de standards ( These Follish THings, you go to my head, St Louis Blues etc….).

On fera silence sur la qualité de l’enregistrement qui n’est pas forcément optimale. Il faut dire que ces bandes dormaient quelque part sur une étagère du pianiste  ( il a aujourd’hui 90 ans) qui les a en quelque sorte exhumé pour le plus grand plaisir des collectionneurs.

Il y a dans ces prises en live enregistrées le 26 décembre 1967 à Pittsburg un vrai plaisir, une joie de jouer ensemble pour cette dernière fois. Dave Brubeck au piano est une mine d’invention et Joe Morello, l’incroyable batteur qui nous a quitté l’an dernier est véritablement à son apogée dans cette science de la polyrythmie dont on ne dira jamais assez combien elle a contribué à révolutionner l’histoire de la batterie en jazz. Une fois n’est pas coutume, Paul Desmond semble légèrement un retrait, un poil moins inspiré que d’habitude, un poil moins puissant dans la pureté de son son. Peut-être les prémisses de sa maladie qui rendront à partir de cette année 67 ses apparitions plus épisodiques ( Paul Desmond était en effet atteint d’un cancer au poumon). N'empêche, une seule note de l'altiste et tout le monde succombe. Alain Gerber le disait bien : Paul Desmond et le côté féminin du monde ! Quand à Eugène Wright il est malheureusement victime d’une prise de son qui le relègue bien loin derrière.

Le public ( on ne sait pas s'il est avisé de cette ultime réunion) est aux anges. Le quartet peut bien lancer La Paloma, le public jubile parce que ce quartet-là n'en fait qu'à sa tête, réinvente tout toujours.

 

Aucune pointe de nostalgie, aucune tristesse, pas la moindre effusion lors de ce dernier set qui ressemble à beaucoup d'autres.Juste l'ultime trace d'un groupe exceptionnel.

Jean-Marc GELIN


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