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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 07:11
OTHER SIDES OF AN ICON : WHY THEY WANT “BAD” DAVIS ?

“ Je vais essayer de dessiner quelques soleils étranges mais vrais et ils seront pour toi ».

 




En l’espace de quelques semaines, viennent de s’ouvrir deux expositions, dans des champs culturels et avec des moyens complètement différents : au Louvre, celle consacrée aux « Rivalités vénitiennes  (Titien, Tintoret, Véronèse) » ; à la Cité de la Musique, celle qui puise son titre dans une cascade de slogans : « We Want Miles / Le jazz face à sa légende ». Est-ce un hasard ? Peut-être…Est-il si incongru de les rapprocher ? Peut-être pas ! D’un côté les différenciations stylistiques, les jeux d’influence, les luttes de pouvoir, l’individuation du génie propre à chaque créateur ; de l’autre le monolithisme autour d’une icône assumé en toutes ses conséquences (de manière hyper-documentée, scandée, fluide, sensible, intelligente et pluridisciplinaire, là n’est nullement le problème). Car je l’avoue, je me ressasse le sous-titre de l’exposition (« le jazz face à sa légende » : la sienne propre ? Celle de Miles ?), je n’arrive pas à comprendre cette « accroche ». Que le jazz ait besoin de légendes sans doute, lui qui s’est bâti dans les marges (bordels et autres lieux nocturnes plus ou moins sordides, comprenez : sans la sublimation suscitée par ces situations, la sonorité des grands créateurs ne pourrait pas être la même) ; qu’il ne s’en satisfasse que d’une, au travers d’un musicien dont le parcours le phagocyterait tout entier, voilà qui laisse perplexe…Une expo Miles, pourquoi pas mais à ce compte et tout aussi voire plus légitime une expo Armstrong, une expo Ellington, une expo Tatum, une expo Django Reinhardt (tous deux nés en 2010) ? Non il faut croire que les 50 ans d’histoire précédant l’émergence de la personnalité davisienne n’ont plus beaucoup de signifiance. A force de m’interroger, je me retourne vers les collègues, les vrais sachants, pas les dilettantes comme moi…Tiens, Goaty que dit-il  (j’aime bien Goaty, il ne cesse de batifoler dans plein de périphéries du jazz pour toujours finir par cracher le morceau que les autre dissimulent) ? Miles années 80 / 90, pas terrible, rendez-vous phantasmés-manqués avec à peu près tout le monde (Prince, diverses stars du rap, etc.) Alors ?! « Miles a prolongé l’espérance de vie du jazz dans les années 80. L’étoile, le phare, la tête de gondole (c’est nous qui soulignons) c’était lui. Sans Miles, moins de public, moins de festivals, moins de ventes de disques. Miles on l’attend toujours» (1). Voilà c’est dit-craché-avoué : Miles l’incontournable caution marchande d’une musique morte.

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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /Nov /2009 06:14
 

Guillaume Belhomme

 

Ed. Le Mot et le reste

Collec. Formes

430p. ; 23 euros

 

Pour faire suite à l'article de notre rédacteur en chef au sujet du livre de Guillaume Belhomme, nous souhaitions faire part de nos impressions peut être plus sévères sur le contenu de « Giant Steps, jazz en 100 figures ». Belhomme consacre des recensions de cinq cds pour cent artistes de jazz qu'il a sélectionné suivant ses choix personnels. Guillaume Belhomme a donc écrit une anthologie du jazz. Partant de ce principe, il est naturel de trouver dans ce livre un point de vue : celui de l’auteur qui s’exprime avec subjectivité. Cette liberté se doit d'être « utile » : on s’attend à lire « autre chose » que ce qui est communément écrit, pour lever le voile sur des musiques habituellement occultées au grand public. De la part de Guillaume Belhomme, nous sommes confiant sur le sujet. Et en effet, il profite de sa liberté d'anthologiste pour évoquer des artistes qui sont rares dans les médias: par exemple, il ne consacre pas de pages à Keith Jarrett au profit de quatre au saxophoniste allemand Peter Brötzmann. C’est un point important qui donne son principal intérêt à ce livre.

Vous l'avez compris, faire un tour d'horizon, en quatre pages, au sujet de Ken Vandermark ou Thelonious Monk est un défi de taille. Comment s'y prend Belhomme? Pour chaque artiste évoqué, e point de départ est une petite biographie de l'artiste de jazz qui tient en une trentaine de lignes. Présenter en si peu de lignes et avec justesse des musiciens de jazz, dont la plupart ont beaucoup enregistré avec une carrière musicale longue et étendue, est une tâche difficile. S'il y parvient correctement vec Monk, l'auteur bâcle le travail pour Ornette Coleman. D'ailleurs, ces courtes biographies sont moins journalistiques qu’impressionnistes, ornées de quelques jugements de valeur, on regrette leur manque de précision historique. Ce défaut se propage dans les recensions des albums, pour certains parus il y des décennies, où l’auteur omet parfois de préciser l’époque de parution et de parler du contexte dans laquelle l’œuvre s’insère. Or, une recension en dix lignes se doit d'être percutante et évocatrice si elle veut donner un avis au lecteur. Ce n'est pas mission impossible puisque Jean-Louis Ginibre y parvenait avec talent dans Jazz Hot et guidait le lecteur avec acuité par les mots. Ce n'est pas vraiment le cas avec les quelques lignes écrites par Guillaume Belhomme. Par exemple, les dix lignes de « Painted Lady » d'Abbey Lincoln paraphrasent le livret en indiquant les musiciens qui y jouent et citent trois titres qui y sont interprétés sans que cela n’ait de valeur ajoutée. On y apprend que la chanteuse y est « régénérée ». De quoi? On ne sait pas. L'indulgence est de rigueur, donc, à la lecture de ce livre. Dans d'autres cas, le traitement accordé à la chronique posent encore problème: des formules à l’emporte-pièce, des paraphrases du livret, des imprécisions, des hors-sujets, des propos abscons, des exercices de style avec phrase à rallonge ne permettent pas clairement de savoir si l’auteur s’est enthousiasmé ou pas à l’écoute de la musique.

Plus ennuyeux encore, l’auteur occulte complètement des aspects importants de l’œuvre des artistes. Au chapitre «David Murray », l’auteur évoque plus sa période musicale Free Jazz, en omettant les incontournables « Deep River » et « Children » ou ces nombreux cds en hommage au jazz américain, que ses périodes africaine et caraibéenne qui occupent une large place, près de 20 ans, dans la carrière du saxophoniste. Il en résulte que l'image rendue de Murray est inexacte. Concernant David S. Ware, il est dit que le saxophoniste a côtoyé, sous entendant qu'il aurait joué avec eux, des musiciens comme Peter Brötzmann et David Murray. Il s'avère, dans ce cas précis, que Ware n'a jamais vraiment joué avec ces deux musciens, mis à part en jam probablement. Le principe d'anthologie n'autorise pas les imprécisions et les assertions non vérifiées.

En revanche, des grands noms historiques du jazz sont mieux décrits et mis en valeur comme Art Tatum ou Lionel Hampton.

C'est en cela que «  Giant Steps, jazz en 100 figures » revêt une certaine toxicité à sa lecture. Si le novice s'en empare croyant y trouver le guide nécessaire à sa culture jazz, l'amateur le referme aussitôt.


 

Jérôme Gransac

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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 13:51

ECM

Keith Jarrett (solo)


On a presque tout dit sur l’art de l’improvisation de Keith Jarrett. Sur le moment de l’inexplicable. Ce moment qui s’invite en musique. Où tout devent possible au bout des doigts du pianiste. Ce moment d’angoisse et de liberté suprême. Où tout part de rien et y retourne parce que l’artiste l’a décidé, parce que c’était comme ça qu’il fallait qu’il commence et que c’est comme cela qu’il fallait finir. On a déjà tout dit lorsque Keith Jarrett, à l’occasion de l’album Radiance, enregistré au Japon revenait au piano solo, à l’improvisation totale.

Ici c’est une série de 2 concerts donnés le 26 novembre et le 1er décembre à paris et à Londres qui donne matière à ces trois CD’s. Jarrett dans des liners notes absolument bouleversantes y explique les conditions dans lesquelles il abordait ces concerts qui intervenaient quelques temps après sa séparation avec Rose-Anne sa compagne depuis 30 ans. C’est dans un état de grande vulnérabilité émotionnelle que la pianiste revenait à Paris et surtout à Londres où il n’avait pas joué depuis 28 ans. Il y raconte aussi son angoisse des lumières de la ville à l‘approche de Noël ou encore ses larmes d’après concert. Mais il ne dit rien sur ce processus magique d’improvisation qui lui est familier depuis l’âge de 6 ans lorsqu’il changeait déjà les thèmes qu’on lui enseignait.

Face au piano, Jarrett n’est plus tout à fait de ce monde-là. Nous entrons dans cet univers sans effraction, son univers intime, celui dans lequel il brasse autant de Bach que de Mozart ou de Bill Evans dans un flot, aussi construit que libre de suivre son propre cours. Le testament de Jarrett n’a rien de mortuaire. Jarrett nous livre au contraire cette musique qui ne cesse d’alimenter sa vie. Le piano comme l’intime prolongement de lui-même, comme ce regard en lui-même d’où surgit l’indicible du pianiste, sa vérité fondamentale. Ontologique. A l’heure où sa vie s’inscrivait dans une rupture très forte, Keith Jarrett que nous avions vu le soir de Pleyel parler au public et lui sourire, semblait aborder ces concerts sous un jour totalement nouveau. En se livrant à son public, en lui dédiant au travers de ses improvisations ce qui alimente sa vie de pianiste, son génie créateur, en rendant hommage à ses maîtres autant qu’à la musique même, Jarrett livre là bien plus qu’un testament. Une offrande.

Jean-Marc Gelin

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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 06:08

                  Cristal Records - Abeille - 2009

                  Laurent Larcher (cb), Mario Canonge (p), Tony Rabeson (dr)

Pour son deuxième album, le contrebassiste Laurent Larcher a réunit deux musiciens originaires des îles, comme lui, (Laurent Larcher et Mario Canonge de la Martinique et Tony Rabeson de Madagascar) que l'on connait pour avoir joué avec Ultramarine ou Texier.

Ce cd est le cd de Laurent Larcher, le contrebassiste: il se met en avant, plus qu'un contrebassiste accompagnateur, mais sans excès s'entend. On peut même croire qu'il revendique cette position car il est le compositeur de tous les morceaux du cd et on l'entend souvent: en intro de pièces, aux chorus, au pizzicati, à l'archet, en solide accompagnateur. Ce n'est pas un mal, au contraire, Larcher est un styliste de l'instrument de haut niveau. Avec Canonge et Rabeson, il s'est entouré de compagnons solides et de confiance, avec qui il a probablement lié de très bonnes relations par le passé.

A vrai dire, l'album est de bonne facture et bien joué. Le trio nous épargne les stigmates folkloriques de leur origines caribéennes, chaloupées à l'excès et bien trop souvent ressassées par le passé dans le jazz. Il faut dire que la présence de Canonge, superbe sur « Book et misères » et Rabeson, deux musiciens très appréciés dans le monde jazz, y est pour beaucoup. Les compositions sont de bonne qualité et variées. On passe du lourd coltranien « Rising » (par ce titre, faut il y voir un clin d'œil ou hommage à « Giant Steps »?), à un « Eternal » straight et enlevé, à des ballades agréables - comme « Night Hope » au tempo up et la classieuse « Mirror of my soul », au boogaloo-blues de « Book et Misères » et du très réussi « So Far So Good », au tango de « Teresa » , qui, joué à l'archet, rappelle « La Rua Madureira » du regretté Nino Ferrer, et d'autres pièces mélodieuses, aux entournures classiques parfois enveloppées d'un halo biguine provenant du jeu de Canonge. Malgré cela, une bonne densité instrumentale et une production musicale tout à fait correcte, l'engouement et la qualité des musiciens, il reste un arrière-gout de « trop classique », ponctué d'un manque de contraste et de points culminants dans le jeu du groupe.

 

Jérôme Gransac

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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 22:17

Emmanuel Bex (org), Franco Bearzatti (ts, cl), Simon Goubert (dr). Plus Loin Music 2009

 

Emmanuel Bex dit ne plus vouloir jouer de thèmes de jazz (comprenons des thèmes-prétextes) avant de se trouver dans le (partage du) jazz (1).  Il a donc trouvé les moyens de contourner cette contrainte qui n’est pas vraiment nouvelle : renouveler sa propre approche compositionnelle (quitte à opter, en tempo rapide, pour des segments plus fulgurants que la norme habituelle des 32 mesures) et surtout puiser dans la concentration et l’énergie du rêve (qui, comme chacun sait, n’est jamais vraiment pourvu d’un début ou d’une fin). A l’écoute répétée, c’est l’impression prégnante que je retire de cet album. Mais il ne faut pas s’y méprendre, la musique qui se joue ici n’a rien de planant ou d’elliptique, bien au contraire ! En revanche elle possède cette force imprévue d’arrachement, d’embarquement, propre au rêve et dont l’étoffe résulte d’une mise en sons très souvent inouïe. Outre cette qualité singulière, qui impose le leader comme un créateur d’univers sonores extrêmement convaincant, ce disque surprend par sa diversité : de l’ouverture qui nous plonge immédiatement dans le « groove » (un superbe shuffle néo-orléanais, il s’en trouve un dans quasiment chaque album désormais) à « Take It Easy » joué sur un tempo d’enfer en passant par la splendide vocalisation de « Que Ne Suis-je » jusqu’à la ballade chantante et dépouillée « Vacuum’s Dancer’s » et à cet étrange et captivant « Song for A Lift Man ». Ce qui s’impose chaque fois c’est bien le transport, recueilli ou hyper-speedé et moins la précision abstraite de la trajectoire, cette manière d’être immergés dans la musique, de construire en attendant l’imprévu, et d’alimenter une dynamique collective. Il faut ici souligner qu’à ce jeu, diabolique et étonnamment sensuel, outre la remarquable contribution de Simon Goubert, déjà présent aux côtés du leader et de Glenn Ferris au sein du précédent trio, Franco Bearzatti fait merveille : pureté du son à la clarinette dans les pièces les plus posées et, pour le reste, expressivité hyper-évocatrice au service d’un univers qui n’exclut rien (« Pericoloso Porgersi »), virtuosité cinglante, rageuse et acrobatique, en complète osmose avec le leader, sens aigu de l’improvisation conçue comme un déséquilibre auto-entretenu, l’architecture mouvante et ludique d’écarts affirmés et maîtrisés avec une furia jubilatoire (« Inverse »). Grand beau disque à prolonger sans conteste en live.

Stéphane Carini

 

 

 

 

(1) Lire à ce propos l’interview de l’organiste dans Jazz Magazine – novembre 2009, p. 25.

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