Les Dernières Nouvelles du Jazz
Les Dernières Nouvelles du Jazz
« Praxis », terme issu de la langue grecque signifiant « action », désignant l'ensemble
des activités humaines susceptibles de transformer le milieu naturel ou de modifier les rapports sociaux. C’est sous ce nom que Laurent Stoutzer intitule son troisième album, tout comme le
quartet qu’il constitue, il y a maintenant une poignée d’années. Après le remarqué « El Ojo De Tempestad » en 2003 aux cotés d’un certain pianiste Yaron Herman, incroyable prodige
israélien, il revient accompagné par un autre grand talent des touches noires et blanches, le non moins célèbre Benjamin Moussay. À noter aussi, la présence à la contrebasse d’Arnaud Cuisinier et
à la batterie de Luc Isenmann. Ce disque commence par un thème modal aux résonnances diverses (« Phantomatic »), au fil des solos du guitariste et du pianiste. Dans cette comptine se
décline une sensibilité commune au sein d’un quartet dédié aux étirements harmoniques. C’est dans le second morceau, « Ishima Iwa », que la fusion explosive prend sa place, avec pour
objet principal une incroyable envolée accomplie par l’archet de la contrebasse, doublée d’un effet de distorsion. Il en va sans dire qu’un certain esprit Pop-music se dégage d’une telle
instrumentation. C’est ensuite par un troisième morceau, « Mayana », que la mélancolie fait son apparition, dans toute sa splendeur, Blues compris. On peut d’ailleurs subtilement y
remarquer certains stop-chorus en duo batterie-soliste, offrant un régal rythmique. Remarquable dans chacune de ses exécutions, Benjamin Moussay égraine les mesures tel un habile mélodiste,
éblouissant par son talent chaque prise de risque. Il n’en est pas moins des autres instrumentistes lorsqu’on écoute le reste du disque, d’une oreille nostalgique des célèbres opus du guitariste
John Abercrombie chez ECM. Une ambiance proprement feutrée, un style épuré de la composition, un talent et un travail énorme de la spontanéité. Au cours de la cinquième composition,
« Stygmates », se révèle enfin un récitatif coltranien diaboliquement conçu dans un désordre contrôlé. De romanesques effluves nappés de digressions sonores nous invitent à méditer sur
la révolte qui sommeille en chacun de nous-mêmes. Un pur moment de folie, toujours dans un souci permanent de l’idéal. On y ressent d’ailleurs cette éternelle frustration que le clavier ressasse
à travers sa caractéristique tempérée que cet instrument est obligé de proposer. Comme pour se rattraper, c’est un cri qui nous vient de ce même clavier, aux limites de l’inaudible,
magistralement construit au fil de la montée du volume, tel un réveil de volcan. Désormais chamboulé par ce voyage de neuf minutes au pays du délire intense, il faut retrouver ensuite le coté
serein et poétique de la Musique de ce quartet. La générosité de ces protagonistes est sans fin, sans failles. La question se pose lorsqu’il faut imaginer combien de jours de studio il a fallu
pour réaliser un tel travail de prise de son, de mixage et de mastering. Malheureusement, impossible de connaître la date d’enregistrement ainsi que le nom des compositeurs, la pochette du disque
ne stipule aucunes indications dans cette voie. Un oubli grossier dont on ne tiendra pas rigueur aux acteurs de ce road-movie sonore aux couleurs aussi étranges qu’épurées. Un dernier
morceau referme l’album sous le nom de « Duo », cassant une nouvelle fois les esthétiques en proposant une autre approche sonore, en hommage aux riffs fracassants des guitaristes de
Pop-Rock. Un album aux facettes aussi multiples que somptueuses. À quand les concerts ? Tristan Loriaut
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