Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 07:47

Le Chant du Monde 2011

Gilad Hekselman (g), Mark Turner (ts), Joe Martin (cb), Marcus Gilmore (dm)

 giladhekselman.jpg Le 3ème album du guitariste israélien basé à New York est, à la différence des 2 précédents, entièrement basé sur ses propres compositions. Pour l’occasion, le jeune guitariste est allé chercher ses camarades de jeu avec lesquels il se produit régulièrement sur les scènes de New York, un quartet de haute volée avec Mark Turner au ténor, Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie.

Ceux qui ne connaissaient pas Gilad Hekselman vont alors découvrir la fraîcheur de ce guitariste qui affiche ici ses dévotions obligatoires (pour tout jeune gratteur qui se respecte) pour les volutes Métheniennes et Rosenwinkeliennes. On pourra certes faire une moue médusée sur les compostions un peu stéréotypées et un peu fumeuses, qui laissent place au jeu de l’ impros sans toutefois proposer de réels développements.  On pourra regretter ainsi la longueur d’un morceau comme One more song qui tourne un peu en rond si ce n’était le swing d’une valse jazz inspirée. Mais comment être insensible à la grâce et à la fraîcheur qui se dégage de cet album. Car avec ce quartet-là c’est véritablement, la rencontre des subtils. Il faut entendre le jeu de Gilad, jeu fait d’aisance stylistique, de phrasé souple et surtout d’un vrai feeeling sur des motifs harmoniques pourtant complexes. On pense ( ou plutôt JE pense à Tal Farlow). Gilad varie les genres et les effets. Sur Flower il se montre d’inspiration plus proche de Frisell dans des nuances bleutés alors qu’il évoque plus loin l’agilité d’Octopuss. Toujours effleure au fil de ses compositions, la sensibilité du guitariste. Juste belle.

Feeling. C’est bien de cela dont il s’agit dans le jeu de Mark Turner qui éclate littéralement . Du très très grand Mark Turner. A chacune de ses interventions, le ténor survole son sujet. Totalement aérien. Ses envolées sur Understanding font montre d’une grâce infinie. L’élégance de Mark Turner dans toutes ses formes. Qu’il s’agisse d’un blues un peu sale ou d’une valse, la classe de Mark Turner est immense et il faut entendre sur One More song  ce contrôle du son tout en nuances ou sur Understanding qui est juste un modèle de chorus, modèle de sensibilité, de grâce (Géantissime), Mark Turner enfin comme libéré de quelque chose, Mark Turner qui ne tergiverse plus, Mark Turner réellement Mark Turner.

Si l’on rajoute derrière ces superbes solistes une rythmique qui tient la boutique avec un Joe Martin infaillible à la pulse néanmoins un peu lourde avec un Marcus Gilmore ( Steve Coleman, Vijay Iyer) au jeu de baguettes au contraire très léger, et vous avez un quartet qui tourne vraiment bien.

Pas un album grandiose certes (passera vite à la trappe d’un oubli peut être immérité), mais en revanche une trace très sympa de ce guitariste bourré de talent qui devrait faire la gloire des clubs de Big Apple et qui pour l’occasion s’est associé à du très grand Mark Turner. Rien que pour ces deux raisons, cela vaut assurement le détour

Jean-Marc Gelin

 

SORTIE LE 29 SEPTEMBRE 2011

En concert au Duc des Lombards le 21 novembre 2011

 

 

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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 10:35

Laborie Jazz 2011

Perrine Mansuy (p), Marion Rampal (vc), Jean-Luc Difraya (perc), Remy Decrouy (g)

perrinemansuy.jpg

 

C’est une invitation au voyage poétique fait de moments d’émotions fortes, de drôleries, de danses et de ritournelles. C’est parfois une féerie crépusculaire. C’est du jazz et de la pop tout à la fois qui rappellent Jarrett souvent par le piano ( wandering dream), qui fait parois penser à Joni Mitchell par la voix et qui sonnent même comme Ralph Towner dont il est ici repris un thème ( Beneath an evening sky). C’est même parfois du cabaret-tango sulfureux (Tango juice). C’est, figurez vous, drôle aussi avec ce clin d’œil décalé à Monk ( Listen to Monk en fait Ryhtm a Ning)

C’est aussi la rencontre de quatre musiciens

C’est le piano de Perrine Mansuy qui signe là de superbes compositions axées sur la mélodie, le chant, la narration, l’histoire presque cinématographique. C’est cette façon de se balader sur le clavier, de le chalouper délicatement, de donner cette impression de danse, de faire danser les doigts sur le clavier apprivoisé, de danser autour des mélodies, de danser-voleter sur des tourneries qui emportent tout.

C’est la voix  pour ma part totalement découverte ( révélation !) de Marion Rampal, qui à la manière d’une Jeanne Added ouvre de ces nouveaux horizons dont on rêve dans le jazz vocal. C’est cette voix si personnelle qui, sur tous les registres fait vivre toutes les émotions avec un naturel désarmant. C’est la pureté et la douceur du timbre. C’est cette intimité de la voix et de l’accompagnement de Perrine Mansuy.

C’est Jean-Luc Di Fraya qui ici ne chante pas mais fait vibrer la musique avec une incroyable finesse aux percussions. C’est la pulse délicate et soyeuse qui éclaire la musique.

C’est Remy Decrouy dont la guitare donne à l’inverse cette couleur parfois un peu sombre du rock ténébreux ( Beneath an evening sky) et dont les samples sont maniés dans une recherche sonore qui flirte avec le sens du délicieux détail.

 

C’est cela, exactement, cette rencontre des quatre qui se sont chacun trouvé sur le terrain de cette musique au charme irrésistible.

 

C’est un moment de rires et de larmes, de passions fortes et douces.

 

C’est un pur moment de grâce et cela m’a ému.

Jean-Marc Gelin

 

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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 19:29

Sunnyside Records 2011

Adam cruz (dm), Steve Cardenas (g), Edward Simon (p) ; Chris Potter (ts), Miguel Zenon (as), Steve Wilson (ss), Ben Street (cb)

adam-cruz-milestone1.jpg

 

Étonnant microcosme New-Yorkais qui n’en finit pas de voir émerger en son sein des jeunes talents du jazz  que nous découvrons de ce côté-ci de l’Atlantique avec un certain retard.

Adam Cruz n’est pourtant pas un nouveau venu. Après 20 ans de carrière, le batteur a tourné avec les plus grands qu’il s’agisse de Chick Corea, de Patricia Barber,de Tom Harrell ou de Danilo Perez ou Daniel Sanchez. C’est sous le label Sunnyside que le batteur signe aujourd’hui son premier album en leader, autour de ses propres compositions et avec un casting de luxe.

Dans une mouvance post-Shorterienne en un poil plus funky, « Milestone » offre une image assez fidèle de ce jazz raffiné qui se joue aujourd’hui dans les clubs de big apple. Et le moins que l’on puisse dire c’est que « ça joue » ! Et à très haute altitude. Une rythmique ultra efficace et raffinée donne une sorte d’écrin plutôt classe à des solistes, tous remarquables. Au premier rang desquels, fidèles parmi les fidèles Steve Cardenas (à la guitare) et Edward Simon (au piano), peut être moins en lumière que les soufflants contribent à ancrer ce sextet dans un vraie cohérence de groupe.

Un groove sous-jacent et délicat, jamais lourd mais omniprésent comme une véritable rampe de lancement qu’Adam Cruz, avec Ben Street à la contrebasse offrent à leurs camarades.

Chis Potter toujours au sommet y apporte ici un son plus inhabituel, plus sauvage. Une sorte de « wild tone » dès l’ouverture de l’album où il déchaîne une foudre coltranienne  presque trash ( Secret life). Miguel Zenon, autre soufflant à l’alto fait lui aussi parler sa verve et le fow irrépressiblement Parkerien aux accents latins (Emjé). Plus rare à entendre dans notre pays, Steve Wilson quant à lui culmine et y apparaît selon moi comme l’un des héros de cette session (Outer reaches). Et derrière ce fameux groove surgissent parfois des moments très épurés qui surgissent parfois dans l’album ( Resonnance ou Crepuscular), moments de flottement des harmonies dans une sorte d’entre-deux captivant.

Si l’on peut regretter que parfois, certaines des compositions d’Adam Cruz tournent un peu en rond et doivent leur salut à la grande musicalité de ses interprètes ( comme si elles ne se suffisaient pas toujours à elle mêmes, ex Ce Bird of Paradise un peu mollasson),  il n’en reste pas mois qu’Adam Cruz nous offre le témoignage de ce qui se fait de vraiment bien dans le jazz aujourd’hui lorsqu’un groupe cohérent et solide s’attache à une esthétique assumée et offre un beau terrain de jeux à des solistes inspirés.

Jean-Marc Gelin

 

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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 21:32

 

C'etait ce samedi après-midi.

Le plaisir de recevoir sur le plateau de jazzbox, Reggie Washington, l'immense bassiste de Cassandra Wilson, de Brandford Marsalis que l'on retrouve notamment dans le dernier album de Malcom Braff à paraître.

A retrouver sur le site de jazzbox sur Aligre Fm 93.1

 

Reggie Washington sera au New Morning le 20 septembre avec son trio : Jeff Lee Johnson à la guitar et Gene Lake à la batterie.

A ne pas louper

 

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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 21:31

Body And Soul Documentaire franco-italo-allemand

Sortie Août 2011 (1h42)

Michel-Petrucciani-Film-de-Michael-Radford.03.jpg

 

 

Il est difficile de ne pas céder à l’émotion devant le documentaire de Michael Radford

consacré à Michel Petrucciani, qui mourut en 1999, le 6 janvier, à l’âge de 36 ans, après un parcours hors norme. On comprend que le film ait été présenté en avant-première à Cannes cette année, car la vie de Michel Petrucciani vaut bien un roman. Et méritait d’être filmée en tous les cas.

Cette biographie est illustrée d’archives rares, d’extraits de concerts tournés au plus près, d’interviews de la « caravane » de fidèles, le premier cercle des intimes, ses compagnes, les producteurs Jean-Jacques Pussiau, Francis Dreyfus, le cinéaste Frank Cassenti (dont on se souvient du  beau portrait sur Arte, Lettre à Michel Petrucciani, en 1983), le journaliste  Pierre Henri Ardonceau…(1) Beaucoup de musiciens témoignent comme Aldo Romano, qui avait le privilège de le porter sur la scène, comme un enfant. Car Petrucciani se déplaçait difficilement avec des béquilles et confiait ce soin à ses proches, y compris ses femmes.

Atteint d’une maladie très rare des os qui l’empêchait de grandir, Petrucciani eut très vite conscience que ses jours étaient comptés. Il n’eut alors de cesse d’accomplir ses rêves, de vivre furieusement, sans compter, et de se consacrer à la musique ! Il ne se souciait pas vraiment de l’avenir, mais il n’aimait pas perdre son temps ni rester immobile. Seule la musique pouvait le faire tenir tranquille, au piano.

Né dans une famille de musiciens, dès la petite enfance, il est encouragé, poussé par un père plutôt sévère qui tenait un magasin de musique, à Montélimar. « Petru » écoute inlassablement les disques pour apprendre les mélodies et efface systématiquement toutes les cassettes de cours par correspondance pour enregistrer de la musique. Immensément doué pour tout ce qui l’intéressait, il apprit parfaitement l’anglais en six mois, slang compris.

Il décide de partir très vite à l’ouest pour vivre le rêve américain, et c’est à Big Sur en Californie qu’il rencontre sa première femme Linda, descendante d’un chef Peau rouge (selon ses dires) et surtout le saxophoniste Charles Lloyd avec lequel il jouera longtemps. Il mène grande vie : limousines, avions, hôtels cinq étoiles, circuit des grandes salles et festivals, heureux de cette flamboyance qui durera une dizaine d’années, entre Californie et Côte Est. Car il choisit de s’installer à New York, ville mythique aux innombrables clubs de jazz comme le Village Vanguard : il y fait des rencontres décisives, respire le même air que ses idoles, Freddie Hubbard, Chick Corea, Herbie Hancock, Wayne Shorter…   A 22 ans, en 1983, il entre dans la légende, car il est le premier Français à signer sur le prestigieux label Blue Note.  Quelle est sa place exacte dans l’histoire du jazz ? Le film ne le dit pas. Mais Francis Dreyfus lui donna ce précieux conseil : « Trouve ta propre histoire et tiens là…ne fais pas du Bill Evans. Car si Petrucciani possédait toute la tradition du jazz, il était sous l’emprise de Bill Evans.

Assez tardivement, le film révèle quelques traits forts de sa musique : une main droite étonnamment forte, la capacité de créer des lignes mélodiques fascinantes et de les tenir, une technique forcément inimitable de par la nature même de son handicap. Il apparaît surtout qu’il jouait follement, exagérément, en puissance, se fracturant en permanence bras, coude, clavicule, doigt, mais il continuait, semblant ignorer la douleur…  

La dernière partie de sa vie coïncide avec son retour en Europe, il est alors une  super star, mais il a vieilli de façon accélérée, usé par trop d’excès, et les attaques de sa maladie sont impitoyablement rapprochées. Epuisé par le rythme effréné de concerts -plus de 220 par an- il laisse venir la mort, qu’il appelle de par sa vitalité même.

Il dévorait la vie et tout ce qui s’offrait à lui, sans chercher à savoir si c’était bien ou mal. Amant généreux, il attirait les femmes et il collectionna les aventures, mais se maria plusieurs fois ; iI adorait le changement, capable de quitter  immédiatement la compagne du moment. Il  y en eut une cependant avec qui il voulut faire un enfant qui malheureusement est atteint de l’ostéogénèse imparfaite. Alexandre intervient d’ailleurs dans le film -nul besoin de le présenter- il est la copie conforme de son père. L’instinct de vie, la pulsion irrésistible qui poussait Michel Petrucciani à se déclarer heureux malgré tout, pas moins « normal » que les autres, l’ont-il incité à parier ainsi sur la vie ? C’est un douloureux héritage qu’il aura laissé à son fils, conscient qu’il n’a pas beaucoup le choix, sur la crête étroite entre bizarrerie et exception.

Au fur et à mesure que le film déroule sa progression impeccable, on ressent toute l’ambiguïté, la fascination de l’artiste envers la mort : il a vécu dans la recherche effrénée de la jouissance, s’autorisant tous les excès, précipitant ainsi sa fin. Car Michel Petrucciani, ange difforme, ne pouvait être qu’une figure tragique. Et à ce titre, il aura alimenté le mythe, la liste tragique des figures musicales hallucinées qui se brûlèrent les ailes. Il a travaillé aussi consciencieusement, passionnément son instrument qu’il a contribué méthodiquement à sa propre fin : « Toute vie est bien entendu un processus de démolition » écrivait en 1936 Francis Scott Fitzgerald, qui connaissait le sujet, dans son recueil de nouvelles « La fêlure ».

Sophie Chambon

 

( 1) Il est dommage que ne soient pas cités un seul nom des témoins filmés ou interviewés.

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