circum disc 2009
Circum, association lilloise à la Malterie qui a créé son propre label, dispose d’une formation plus étoffée, un de ces grands formats, créé
dans le contexte pourtant difficile du big band jazz . Le ravissement est donc le deuxième album sous le nom de Circum grand
orchestra, après un premier qui avait déjà fait forte impression. Créé officiellement en mars 2000, l’ensemble qui défend et met en pratique une expression et esthétique
communes, accueille toujours des invités de la scène jazz et improvisée, et réunit la même troupe, exemple d’une belle fidélité en la matière : Sébastien Beaumont
(guitare), Julien Favreuille (sax ténor) , Jean Baptiste Perez (saxo alto), Christophe Hache (basse), Christophe Motury et Christian Pruvost (trompette), le batteur Jean Luc Landsweerdt, Nicolas
Mahieux (contrebasse), tous trois membres de l’ ONJ Barthélémy.. Plus présents que jamais, on retrouve les frères Orins, Peter, l’un des deux batteurs de ce
disque et Stephan le pianiste de la formation, le guitariste compositeur de la plupart des titres Olivier Benoît ( à l’origine de la conduction hallucinante d’orchestre avec
gestuelle consignée et improvisation collective de la troupe nordiste « La pieuvre » découvert pour notre part à LA MAROQUINERIE en 2004, lors d’un
festival Grands formats XL ) .
On continue à apprécier ce collectif engagé, à l’ancrage nordiste, aimant cet attachement à la terre natale et à la région lilloise, alors qu’il est si difficile de vivre au pays. L’album peut s’entendre d’une traite : une suite rythmée illustrant le court livre de Marguerite Duras, « Le ravissement de Lol V. Stein ». On entend alors en écho une sorte d’opéra rock contemporain avec un big band fiévreux, très cuivré et musclé ( 5 souffleurs bien allumés, une section rythmique doublée et deux guitares très électrisées, divinement saturées). Le type de formation que l’on aime évidemment, avec un son ample, magnifique, généreux et personnel, des ruptures de rythme fréquentes, des accélérations précises et brutales, une urgence de la musique qui s’impose dans ce théâtre de mots baroques. Les douze instrumentistes sont tous formidables et ne se privent pas pour poser à tour de rôle quelques beaux chorus : il faudrait tous les citer, et aussi pour leur jeu d’ensemble dévoilant de splendides unissons. Les amateurs de fines textures, et de recherches sonores, épris de jazz contemporain et de rock progressif seront vite conquis par l’enthousiasme, l’énergie, la libre circulation d’une écriture très construite qui laisse place à des improvisations de haut vol. Les arrangements soutenus et tirés au cordeau, la « mise en scène » impeccable concourent à une dynamique d’ensemble cohérente et lisible. Plongez vite dans un spectacle total, et allez donc découvrir rapidement cette machine à swinguer troisième millénaire…
Sophie Chambon
Telarc 2009

Avec un peu de malchance, nous serions passés totalement à côté de ce « nouvel » album de Mike Stern paru il y a déjà 6 mois sous le label Telarc. Car cet album qu’il nous propose avec une jouvencelle fraîcheur nous ramène un peu à l’âge de nos 15 ans, celui où nos oreilles avides de musique faisaient peu de distinction et gobaient dans un même mouvement du rock le plus dur au jazz le plus cool. Véritable caméléon, Mike Stern s’attaque ici à un album à géométrie variable qui, sur ses propres compositions invite quelques amis de (très) haute volée. L’ex-star des « Blood Sweet and Tears », celui qui tâtait de la gratte à l’âge de 28 ans aux côtés de Miles Davis (« Man with the horn ») puis au côtés des frères Brecker dans Steps Ahead, montre qu’après toutes ces années il n’a pas perdu un once de son envie de jouer. Et d’en découdre. Qu’il s’associe à l’incroyable et ultra véloce Steve Vai venu pour sa part du hard rock américain pour des joutes inouïes ou encore à Eric Johnson pour des échappées plus country, Stern montre qu’il fait toujours partie de ces guitars héros qui depuis 40 ans traversent la musique depuis le jazz et ses descendances rock jusqu’au metal le plus rude. On y retrouve tout : les accents de Hendrix pour les uns, Clapton pour les autres, Jeff Beck mais aussi Metheny, Mc Laughin ou encore et surtout de Jimmy page. Et ce sont alors un alignement de duels échevelés dont les compositions importent peu et dont les improvisations batailleuses s’achèvent sans vainqueur, par des fade out, preuve à la fois de la spontanéité mais aussi la faiblesse des structures d’écriture. D’autres invités dans cet album décidément très éclectique : on notera ainsi la présence de Richard Bona dans un titre qui fait la jonction entre le Makossa le plus africain et le rock réverbéré ou celle encore de Medeski, Martin and Wood qui avec Bob Malach entreprennent le thème le plus groove de l’album. Mais on s’arrêtera avant tout sur les deux morceaux interprétés en quartet avec Esperanza Spaulding, révélation montante de la contrebasse et chanteuse délicate accompagnée de T. Lyne Carrington au drive de dentelle. Modèles de finesse et parenthèse enchantée dans la virilité des échanges guitaristiques de l’album.
Véritable caméléon, Mike Stern signe là un album certes un peu décousu, mais d’une grande générosité. Virtuose sans l’être vraiment Mike Stern se fait ici, avec ses invités, passeur d’un rêve d’adolescent.
Jean-Marc Gelin
Stéphan Oliva (p), Claude Tchamitchian (b), Jean-Pierre Jullian (dm).
La Buissonne/Harmonia Mundi – 2009
Quel bonheur de retrouver en studio le pianiste Stephan Oliva dans un projet en trio (neuf ans après « Fantasm » avec Bruno Chevillon et Paul Motian). Un trio qui lui tient particulièrement à cœur puisqu’il s’agit de la formation avec qui il enregistra son premier album (« Novembre » en 1990 pour le label Owl) avec déjà l’ingénieur du son Gérard de Haro, qui participera d’ailleurs à l’élaboration de la plupart de ses disques. Des retrouvailles autour d’une forte amitié, doublée d’une évidente connivence musicale, participent à ce projet où la musique évolue librement et très naturellement, propulsée par une interaction quasi télépathique entre les trois musiciens. « Stéréoscope », un titre d’album qui évoque la photographie en relief : un espace en 3 D où chaque musicien, à part égale, apporte une profondeur de champ poétique aux compositions belles, fines et subtiles de Stephan Oliva. Une ambiance mélancolique et délicate au son feutré pour une musique de chambre intimiste, envoûtante et magique (« Stéréoscope », « An Happy Child » ou « Cortège »). Quelquefois, le tempo est plus enlevé, comme dans le tourmenté « Labyrinthe » où l’on se perd, à bout de souffle, au rythme haletant de l’inventive batterie de Jean-Pierre Jullian ou « Cercles » avec un Claude Tchamitchian très véloce pendant l’exécution d’un frénétique chorus endiablé. Douze morceaux assez courts, comme autant de pépites oniriques, sombres ou rayonnantes, mais qui vous vont toujours droit au cœur, au plus profond de votre sensibilité.
Lionel Eskenazi
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