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Chroniques CD


Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 11:24

Frehouse records 2010

Myra Melford (p), Cuong Vu (tp), Ben Goldberg (cl), Brandon Ross (g,sop.g), Stomu Takeishi (g), Matt Wilson (dm)

myramelford.jpg

Ce n’est pas pour jouer les suiveurs d’une critique internationale unanimement enthousiaste autour de l’album de Myra Melford, mais il n’empêche, ce début d’année sera certainement marqué par l’évènement «  Be bread » du nom du groupe de la pianiste New Yorkaise.  Nous pistions Myra Melford depuis quelques années. On connaissait ses albums en petite formation  en duo avec  ou en trio. Figure essentielle de la scène New Yorkaise, Myra Melford nous semblait la fille légitime et formidable de Cecil Taylor et Andrew Hill.  Mais comme la trajectoire de la pianiste est tout sauf linéaire c’est ici avec un tout autre visage qu’elle présente ce répertoire composé en 2005. On ne s’étonnera pas de trouver parmi les figures marquantes de ceux et celles qu’elle a approché, celle de Henri Threadgill son ancien professeur qui a visiblement marqué fort de son empreinte la jeune pianiste compositrice. Mais de quelle musique au juste s’agit-il ? D’une musique intelligente qui utilise la dimension orchestrale avec subtilité. Musique  passionnante en effet écrite ici pour un sextet inspiré.  Jamais prévisible, la pianiste fait éclater toutes les frontières du jazz très écrit au free, de la musique de chambre à la musique plus contemporaine, des petits combos qui se mêlent à l’ensemble en mouvement, de ma musique en constante progression aux moments où elle est en suspens, rien de préisible chez Myra Melford. Les musiciens (on notera la présence du batteur Matt Wilson) qu‘ils soient solistes ou qu’ils participent à l’ensemble en mouvement  savent jouer avec tact et donnet toute sa consistance au tramage instrumental.  Car il s’agit d’une musique évolutive qui, tout en suivant une vraie logique de progression, n’est pour autant jamais linéaire, jamais straight. Elle peut se concevoir dans un ensemble orchestral, bifurquer sur des impros free, se lisser dans les progressions harmoniques, se concevoir en grand ensemble pour vite laisser la place à une expression en solistes ou duettistes. Véritablement protéiforme cette musique passionne. Modèle d’équilibre entre écriture et improvisation, le jazz de Myra Melford brouille  les pistes allant chercher parfois du côté d’un jazz plus orchestral ( on pense parfois à Maria Schneider) et parfois du côté d’un free plus sauvage. Night est une des pièces maîtresse de l’album.  Composition pour le coup très écrite, basée sur une progression très saisissante où le corpus musical se densifie au cours du morceau, les crescendo donnant toute sa substance à l’ensemble qui parvient alors à s’envoler. Mais s’il est vrai que les crescendos  deviennent aujourd’hui dans le jazz un procédé d’écriture un peu stéréotypé et souvent facile, il y a en revanche chez Myra Melford une sorte de passion contenue, de froideur apparente derrière laquelle s’affiche une volonté farouche d’exploser tous les clichés d’écriture. Toujours une ambivalence fertile. Et l’on entre avec elle en plein cœur du jazz tel qu’il devrait être. Assez proche de ses racines pour en inventer d’autres formes. Jean-marc Gelin

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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 01:14
100_ans_de_Django_Reinhardt_Nuvens_de_Saudade_Djan-copie-1.jpg1 Cd Cristal / Harmonia mundi

Pour fêter le centenaire de la naissance de Django Reinhardt- il était né le 23 janvier 1910- une production pléthorique a vu le jour avec toutes sortes de compilations, rétrospectives, anthologies, intégrales. Bref, la Djangologie dans tous ses états.
Cristal records a choisi une voie légèrement différente pour célébrer Django, un album sobre et bien conçu pour montrer la filiation au sein des Reinhardt : 100 ans de Reinhardt avec Babik, le fils, et David, le petit fils, tous deux guitaristes-compositeurs qui interprètent des mélodies du maître ou livrent leur propres versions dans cet
émouvant « Nuvens de Saudade ». Un album empreint de nostalgie, mélancolique et respectueux.
 
On retrouve avec plaisir une petite sélection très classique de Django himself, 4 titres sur 13 qui font réentendre les chefs d’œuvre historiques du Quintette du Hot Club de France « tout cordes » ou celui correspondant à un choix esthétique avec une ou deux clarinettes : les « belles mélodies » comme « Nuages » bien entendu, « Manoir de mes rêves »,  « Liebesstraum » mais aussi un solo « Improvisation N°3 ».

Le jazz manouche est à la mode et c’est même une des formes du jazz qui perdure avec un beau succès populaire. Mais il est vrai que souvent,  on s’ennuie un peu en écoutant certains assauts de virtuosité : aucune innovation rythmique, harmonique, ni même mélodique. On reconnaît tout de de suite le thème , ça swingue, ça joue très vite, et bien. On navigue en terrain connu : une grande fidélité à l’héritage du maître.
Là , avec cet album, on peut comparer : c’est « Nuages » qui commence et finit l’album . Le premier titre est de Django avec les interventions magistrales de Hubert Rostaing et Alix Combelle , le dernier est de Babik avec une instrumentation autre, un orgue , un violon et surtout le thème étiré  avec une véritable improvisation qui tente de renouveller sinon l’esprit, du moins la lettre. 
A noter aussi un travail plus qu’intéressant sur « Une histoire simple N°1 » du trio formé par Babik, Emmanuel Bex à l’orgue et Simon Goubert à la batterie, avec l’appoint précieux , voire indispensable de Stéphane Grapelli. Une ballade au lyrisme délicat en dépit de la formidable énergie de ces merveilleux musiciens. Ce qui donne furieusement envie d’écouter cet album de Babik Reinhardt, sorti chez Cristal NUANCES en 1992… 
Une réédition très intéressante au final. A écouter pour se faire vraiment une idée de ce que peut être la transmission au sein des Reinhardt.

Sophie Chambon
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 08:00

Le trompettiste-chanteur,  compositeur et arrangeur  Jean Loup Longnon est à la tête d’une très belle machine , formidable turbine à swing, truculent big band à l’image de son chef, personnage haut en couleurs. JLL  a réuni une très solide formation de 18 musiciens dont une chanteuse, quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones, un piano, une contrebasse et une batterie, sans compter des invités sur cet album intitulé Encore du Bop ? Les diverses photos de l’album plutôt rigolotes nous montre d’ailleurs la joyeuse troupe en action.

Le point d’interrogation est provocateur assurément , car le trompettiste se situe sans la moindre hésitation dans la tradition du jazz classique. Une musique de plaisir comme on dit un « vin de soif », en apparence facile à suivre, du moins si on ne s’attache pas de trop près à l’écriture soignée et fluide.

Ce qui nous a  séduit dans cet album festif, c’est d’entendre jouer avec précision des arrangements élégants qui servent au mieux timbres et couleurs orchestrales.

Un big band au travail, lyrique et tonique à la fois, qui n’est jamais aussi performant que sur les thèmes écrits par JLL comme ce premier titre  « Tels à vivre… » où sa trompette claire dans les aigus suit un phrasé éloquent.

« Encore du Bop » justement est  parfaitement en place avec les interventions de Rémi Dumoulin au ténor, Michael Joussein au trombone et Ludovic Alainmat au piano. Nous avons été  sensible à Pierre Guicquero au trombone sur  « Two notes blues », à Louis Mazetier  au piano stride sur le tube de Vian « On est pas là pour se faire engueuler ».

 Il faudrait d’ailleurs citer tous les solistes et aussi le travail soigné d’ensemble, les unissons impeccables et le rendu instrumental de « Lush Life » tout à fait original. Comme si Billy Strayhorn rencontrait enfin Debussy.

 Il est plus difficile ensuite de s’attaquer à certaines  reprises, de « changer » des thèmes  tellement inscrits dans l’inconscient collectif comme « Que reste-t-il de nos amours ? » indissociable (pour nous) de la voix de Trenet.

Mais on a aimé par ailleurs  «Tour de force»  sur la musique de Dizzy avec des paroles de Laïka Fatien chantées par Chloé Cailleton façon Mimi Perrin ou Double Six, ou encore la version du« Curé de Camaret »  très enlevée et « caliente » forcément. Assurément, plus d’hésitation ni d’interrogation : le Longnon Big band mérite d’être écouté en disque et bien entendu en live.
Sophie Chambon



 

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