Les Dernières Nouvelles du Jazz
Les Dernières Nouvelles du Jazz
Sunnyside Records - 2010
Dave King (p, dr)t
Aricle publié le 28 juillet 2010
Dans les notes de livret, Dave King annonce d’emblée : « j’ai toujours voulu faire ça. Maintenant c’est fait, pour le meilleur et pour le pire ». Ça, c’est jouer du piano et de la batterie en solo. Si l’indication est délicate de la part du batteur, sa formulation semble appeler à l’indulgence.
Batteur des Bad Plus, de Happy Apple ou Buffalo Collision et anciennement d’Ursus Minor, nous connaissons bien Dave King le batteur. Au piano, en revanche, Dave King nous réserve quelques heureuses surprises bien qu’il soit loin d’être un virtuose. En effet, avec « Indelicate », Dave King parcours les touches du piano de manière plus rythmique et percussive que lyrique. Minimaliste, la musique sonne mécanique. Le batteur martèle le piano et adopte un style monkien plutôt original dans un jeu tonal/atonal. Ensuite, il agrémente ses atmosphères percussives par des éléments électro-saturés, comme une sonorité de boite à rythmes ou des sonneries, qui donnent curieusement un arrière-gout post moderne (new wave, punk ?) plutôt inattendu!
L’expérience est touchante et n’est pas dénuée de sens, au contraire. Surtout, Dave King porte au piano quelques unes de ses compositions. D’ailleurs, on y entend les stigmates du power trio au piano et on y retrouve les aspects rythmiques rock et les mélodies accrocheuses. Plus exactement, on ressent fortement l’influence du pianiste Ethan Iverson des Bad Plus. Ainsi « Indelicate » est « très Bad Plus », « I see you, you see me » tape dans le registre de la mélodie émouvante et « The Black Dial Tone of Night » est introspectif.
La belle surprise réside dans la place qu’occupe la batterie. Elle tient le rôle d’instrument principal qui apporte le décodage rythmique et la voie mélodique des compositions de King. Le piano devient un instrument de percussion, comme une extension harmonique de la batterie.
Avec « Indelicate » , Dave King nous surprend avec une musique originale, enthousiasmante quelques fois. Résolument moderne.
Jérôme Gransac
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Ambrose Akinmusire (tp), Lindah Oh (cb), Obed Calvaire (dm)
Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler : attention nouveau talent à suivre impérativement ! Car lorsque l’on a entendu ce premier album de
la contrebassiste originaire de Malaisie, Linda Oh, on acquiert immédiatement la certitude que la jeune femme a devant elle une carrière plus que prometteuse. Ce n’est donc pas un hasard si Linda
Oh qui vit désormais à New York a obtenu en 2009 une mention au concours de basse Thelonious Monk et fut désignée par Downbeat comme l’une des 10 grandes révélations parmi les jeunes
musiciens.
Pour son premier album, la contrebassiste s’est adjoint les services du jeune prodige de la trompette, Ambrose Akinmusire, lui aussi premier prix du concours Thelonious Monk en 2007 et que l’on annonce en signature chez Blue Note. À la batterie, pour former le trio, Obed Clavaire jadis entendu aux côtés de Wynton Marsalis, Danilo Perez ou Steve Turre. Jeune casting de premier choix effectivement. Belle complicité entre les trois musiciens qui, font vivre cette musique de manière très fusionnelle . Et surtout révélation de cette jeune prodige de la contrebasse. On ne se lasse pas en effet d’être impressionné par sa puissance, par sa rondeur et par ce son profondément ancré au plus profond du tréfonds du sol. Linda Oh fait ainsi preuve d’une insolente maîtrise technique virtuose et gardienne intraitable du groove. Elle qui dit s’être inspiré pour composer cet album de groupes Rock de son enfance comme les Red Hot Chili Peppers (dont elle reprend avec une incroyable maestria Soul to squeeze de l’album éponyme) est pourtant bien ancrée dans les fondamentaux de ce jazz aussi tonique qu’inspiré. Nous la voyons pour notre part venir plutôt d’un autre monde. Jouant exclusivement de la contrebasse, la jeune fille nous évoque parfois William Parker dans ce jazz très ancré dans la scène post free New Yorkaise ou plus près de nous Claude Tchamitchian dans la perfection de sa ligne mélodique. Linda Oh ne rechigne pas à la tâche et s’y atèle même avec une certaine gourmandise comme dans ce Fourth Limb où Akinmusire est littéralement porté par cette pulse et cet ostinato que vient juste ébranler un admirable solo de contrebasse. Linda Oh tout au long de l’album affiche son sens du jeu mêlant le contre-chant et l’improvisation harmonique. Pour nous maintenir en éveil sur la base de cette formation terriblement exigeante ( contrebasse-trompette-batterie), les trois acteurs semblent réinventer constamment leur instrument dans une remise en cause permanente Entre free et improvisation structurée, la belle Linda Oh tient la baraque et délimite le champ de jeu, pose le tempo avec une assurance qui force l’admiration. Rarement depuis Avishai Cohen et Esperanza Spaulding avions nous entendu un jeu si affirmé que celui de la jeune Linda OH. Ceux qui seront au Sunside Mercredi 30 juin pourront à coup sûr en témoigner. Jean-Marc Gelin
CamJazz 2010
Urs Bollhaler (p), Raffaele Bossard (cb), Christophe Müller (dm)
Le label Cam Jazz, un peu à l’instar du label Fresh Sound, a ouvert une division, « Cam Jazz présents » dont le focus porte sur la découverte de jeunes talents. Ils ont traversé le massif Alpin pour aller découvrir du côté de la Suisse ce jeune et splendide trio helvétique emmené par son pianiste et compositeur Urs Bollhaledr. Un vrai coup de cœur que nous n’hésitons pas à partager pour ce trio qui s’inscrit sans complexe dans la tradition des trios modernes dans la lignée des Meldhau ou des Svensson. Ils ont en effet parfaitement intégré les bases de ce jazz moderne dont on ne peut plus dire exactement s’il va chercher plutôt du côté du jazz ou du côté de la pop, plutôt Rosenwinkell ou plutôt Radiohead, tant leur syncrétisme les amène à développer un savant mélange de ces univers. Urs Bollhalder qui a déjà joué avec des musiciens comme Randy Brecker, Franco Ambrosetti ou Bob Berg est trompettiste de formation Ce qui explique peut être son goût pour les mélodies sublimées. A moins que ce ne soit ses premières armes avec Abdullah Ibrahim dont l’influence compositionnelle peut se concevoir à l’écoute de l’album.
Un vrai trio disions nous. Car ces trois-là développent effectivement un vrai son de trio ( je sais c’est un peu con de dire ça mais je vous jure c’est vrai !) et des compositions qui savent manier le groove avec finesse et naviguent sans caricature entre l’atonalité et la modalité. Sans jamais forcer le trait ils font preuve à la fois d’une grande élégance dans leur façon de développer leur jeu, se donnant le temps de construire une improvisation retenue, et d’installer la pulse sous jacente. Ces trois-là se connaissent bien et tournent ensemble depuis 4 ans. De quoi maîtriser avec une rare précision le répertoire où le piano mis remarquablement en évidence, s’affiche dans un écrin de luxe digne d’une joaillerie suisse. Et c’est avec beaucoup de retenue que ces trois jeunes garçons s’expriment et surtout avec beaucoup de maturité qu’ils donnent à leur musique une profondeur rare. Une belle découverte
Jean-marc Gelin
SONY MUSIC 2010
All stars et name dropping sous l’égide de Larry Klein, THE producteur ( Melodie gardot…)
C'est typiquement le cas où " tout ce que vous dites pourra être retenu contre vous". S'agissant d'un album ultra-hyper-marketé la moindre critique pourrait en effet être interprétée comme un excès d'intellectualisme ou comme un anti-populisme que certain accusent d’être à l’origine de l’éloignement du jazz du grand public. Car il s'agit bien de cela en l'occurrence. D'un album plutôt joli, très très bien fait , super bien arrangé et dont l'easy listening est tellement bien cultivé qu'il s'adresse à coup sûr un public fort large. Sur des ballades tirées du répertoire de la pop music, Herbie Hancock propose à ses chanteurs de beaux arrangements, aussi zen que cool sur des thèmes de Lennon, de Dylan et d'autres, révélant ce que nous savions déjà , que ces mélodies très populaires sont de vraies petites merveilles, à la dimension de standards universels. Après tout, de Broadway à Cental Park il n'y a qu'un pas et cet universalisme de la culture musicale ( il faudrait revenir, avec le livre de Frederic Martel (*) sur cette « culture qui plaît à tout le monde » pseudo notion d'universalisme) rend la musique accessible over world wide au point que les frontières musicales s'abolissent comme par magie . Le magicien étant ici incarné par ce gourou de Herbie Hancock qui s'y connaît en mélange des genres et en métissages musicaux entre jazz, pop, musique africaine, gospel, musique indienne, reggae et on en passe dans unes sorte de melting pot parce que on est tous frères Jah love et Ari Krishna. Et le moins que l'on puisse dire c'est d'admettre que l'on prend un sacré plaisir à entendre ces chansons bien connues tirées, toutes du répertoire de la pop occidentale. Elles sont, on l’a dit superbement bien réarrangées sous la patte de ce diable de Herbie Hancok qui convie pour l'occasion un véritable all-stars. Les versions par exemple de Don't give up ( de Peter Gabriel) ou de Time are changing (de Dylan) sont superbes, sans compter une version absolument merveilleuse de A change is gonna come ( de Sam Cooke). Les chanteurs se succèdent avec leurs voix si typiquement ancrées dans leur propre culture. Les tourneries donnent (un tout petit peu) d’épaisseur au groove (Tamatant Tilay couplé à Exodus). Mais on est vite exaspéré par ce côté racoleur et politiquement correct qui viserait à effacer toutes les différences pourvu qu'il s'agisse de nous unir pour l'amour de la musique, amen, jah love et ari krishna encore. On se croirait parfois dans une kermesse caritative à New York. OU plus encore dans une pub pour le nouvel Ipad. Preuve de la « dominance » de la culture américaine et de son illusion du métissage qui n’est autre ici qu’un collage plutôt racoleur. Jean-Marc Gelin
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