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Chroniques CD


Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 15:17

ECM 2010


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Ce nouvel album de François Couturier est d’abord celui d’une prise de son absolument exceptionnelle,enregistré dans le studio de Lugano par Stefano Amerio qui réalise là comme souvent un travail remarquable de restitution du son dans l’espace dans lequel il se propage. Un peu comme si nous étions plongés là en plein cœur d’une salle de concert, entendant d’indicibles craquements du parquet, à l’affût des résonances des graves tournant dans une dimension spatio-temporelle saisissante. On oublie là tout effet de numérisation pour pénétrer dans la magie de la création avec une profonde zénitude. Car avec une telle prouesse technique, la musique de François Couturier peut s’exprimer avec profondeur et gravité dans cet album qui est peut-être le plus personnel qu’il ait réalisé depuis longtemps. On a encore en tête le précédent qui rendait un hommage au réalisateur russe Andreï Tarkovski (1932), « Nostalghia, Songs for Tarkosvsky » – ECM 2006, hommage qui se prolonge ici puisque le titre de cet album est une pièce justement dédiée au réalisateur russe. Mais il s’agit ici d’un piano solo, exercice de l’impudeur où il est question d’un face à face avec soi-même. C’est alors tout un patrimoine musical qui est convoqué ici. Un patrimoine qui rend vaines les distances entre classique et jazz, entre écriture et improvisation même si on admettra comme postulat de base que les références de Couturier sont plutôt classiques. De celles qui le conduit à inviter parfois Chopin et surtout Bach comme figure très prégnante de son identité musicale comme dans « L’intemporel » par exemple. Mais il y a des références plus modernes et l’on pourrait presque entendre parfois un clin d’œil à son camarade de jeu de chez ECM, Keith Jarrett. La musique de Couturier pourra bien être qualifiée d’introspective si l’on veut. Il faut l’accepter comme telle. On suit ce voyage intérieur avec l’intérêt d’un géographe passionné qui passerait en revue des paysages défilant et variés, de montagnes escarpées et de plaines désertes. Elle est là, la poésie de Couturier, celle d’un architecte en paysage. Architecture aussi subtile que fragile. On pense parfois à un fabricant de mobiles instables où l’un des éléments de l’improvisation peut faire bouger l’ensemble du système pour en redéfinir une nouvelle forme. La musique de François Couturier s’égrène alors et passe comme les gouttes de pluie le long d’une vitre observée dans l’intimité des intérieurs préservés des rudesses de l’automne. Sans tristesse et sans mélancolie. Dans le spectacle fascinant de la création musicale et de l’imagination fertile de son auteur. Jean-Marc Gelin
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