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Chroniques CD


Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 07:18

Naïve 2010

 

Baptiste Trotignon (p), Mark Turner (ts), Jerelmy Pelt (tp), Matt Penman (cb), Eric Harland (dm)

Trotignoncover  On avait laissé Baptiste Trotignon avec un superbe album « Share » enregistré en juin 2008. Il revient ici avec une formation presque identique proposer une suite enregistrée en « live » au Charlie’s Wright, un club de Londres avec une formation presque inchangée. On y retrouve ainsi Matt Peman à la contrebasse, l’incroyable Eric Harland et un Mark Turner particulièrement inspiré. Dans cette version c’est le nouveau génie de la trompette, Jeremy Pelt dont la flamboyance boppienne remplace le ton feutré de Tom Harrell. C’est donc avec cette rythmique d’exception, celle-là même qui accompagne le nouveau quartet de Joshua Redman ou le San francisco Jazz Collective, que Trotignon livre une véritable « Suite » ambitieuse qui traverse quelques époques contemporaines d’un jazz très New-Yorkais qui navigue entre les chaudes effluves du hard bop et les evanescences plus Shorteriennes. Trotignon au milieu de son petit monde y est bien plus qu’un chef d’orchestre, un chef de meute qui organise l’espace, distille les intentions. Trotignon appuyé par cette belle rythmique les emmène exactement où il veut avec une belle autorité qui laisse cependant libre les deux autres solistes. Jeremy Pelt on l’a dit, à l’énergie décuplée et la flamboyance baroque du hard bop rivalisant de trilles et de triple croches pêchues dans le suraigu. On serait là en terrain a peu près connu, celui des volutes des clubs de jazz à l’heure du troisième set. Chacun prend sa partie, son propre chorus avec force et passion. Eric Harland souffle du feu sur les braises. Baptiste Trotignon, comme s’il était soucieux de ne pas s’enfermer  dans un schéma stéréotypé tente les décalages, les ruptures rythmiques, les phrases variées, les dévalements de clavier auxquels succèdent les block chords à la Wynton Kelly ou les accents latin-jazz que ne renierait pas Rubalcaba lui-même.Mais Trotignon fait désormais partie de ces pianistes de jazz dans le trio auquel on l’associe souvent ( avec Meldhau et Terrasson) qui a su au gré de ses influences multiples se forger une réelle personnalité pianistique.

Et puis, et puis il y a Mark Turner dont on dit souvent qu’il est un saxophoniste en perpétuelle recherche. Mark Turner parfois décevant comme dans association avec Fly aux côtés de Balard et Grenadier qui peine à emporter le mouvement dans ses prestations en public mais dont on s’accorde à y voir le futur génie de l’instrument. Et il y a donc Mark Turner qui, ce soir-là semblait avoir trouvé la formule, le graal. Un Mark Turner transcendé. UN Mark Turner imprimant une marque très forte. UN Mark Turner incandescent, brûlant, se consumant avec élégance à la manière d’un héros romantique, presque solitaire dans ce quartet.

La critique s’est montrée assez tiède avec cet album. Injustement tiède. Il est pour nous une vraie réussite.  Un très grand moment de concert « live » autour d’une œuvre aussi exigeante que prenante. La musique et le groove de Trotignon s’installe, s’immisce, s’insère. Impossible d’y être insensible. Surtout lorsqu’elle est jouée par un quintet d’aussi haute volée.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

Pas une vidéo mais un aperçu de la musique de l'album.....

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