Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 12:47

Portraet_eines_Anachronisten_vignette_1482.pngSortie septembre 2011
Petit label 030
www.petitlabel.com


Chic, voilà encore un groupe qui fait partie du label associatif Petit label, me suis-je dit, en ouvrant l’enveloppe de Das KAFF, sous titré « Porträt eines Anachronisten ». Enregistré en studio, dans une salle de spectacle de St Germain d’Ectot au cœur du Calvados ( « das Kaff » signifie le « bled »?) voilà un trio classiquement et (merveilleusement)  jazz (saxophones-contrebasse- batterie) qui revisite quelques fondamentaux de cette musique, avec la simple et lumineuse évidence d’une alternance réussie de thèmes et solos. Point d’expérimentations radicales, juste des poussées régulières de free qui ne provoquent aucune démangeaison, car le trio fait parler la mélodie, souvent entêtante, lancée par un saxophone songeur ou rageur, toujours convaincant, que soutient une rythmique attentive, dans une confiance partagée et instinctive. On s’abandonne vite à ce groupe étranger : mais qui sont-ils ? Il y a donc le saxophoniste Ralf Altrieth, originaire de Forêt Noire qui compose quatre des dix titres de l’album, le batteur Mike Surguy qui en écrit trois et le contrebassiste Nicolas Talbot. Deux invités Samuel Belhomme à la trompette et Emmanuel Piquery au Fender rhodes complètent l’ensemble sur quelques titres. Un équilibre collectif avec de l’énergie, bien sûr, mais aussi des nuances, une approche ouverte de la musique…du free au rock, des standards revisités tout différemment avec un art consommé des ruptures, sans oublier le fil de la mélodie.  Rien de révolutionnaire, mais pourquoi  faudrait-il absolument faire neuf ? La partition est suffisamment équilibrée pour faire entendre pleinement chacun des musiciens seul et en interaction. Vous voulez des ballades ? La reprise de « First Song [for Ruth] de Charlie Haden fait dresser l’oreille où que vous soyez dans votre appartement. Mais le duo trompette-saxophone dans « A Lullaby For Two » n’est pas mal non plus.  Il y a aussi des morceaux plus énervés, ébouriffés comme la reprise du blues déjanté de Led Zep, « Misty Mountain Hop », dans l’esprit de ce titre d’anthologie, la translation s‘opèrant à merveille. Le fluide passe, et le trio arrive à transposer l’alliage inouï de blues irisé de violentes et mystiques envolées. Voilà un disque étonnamment abouti pour un jeune groupe avec  un bel espace de jeu, un son enregistré au plus près, un travail des textures sonores autant que des motifs mélodiques. Das Kaff  résonne déjà  avec plénitude. Dix titres qui s’étirent comme s’ils n’en faisaient qu’un, des mélodies qui s’enchaînent et filent plus vite qu’on ne s’y attendrait. Le final est à l’image du disque, aussi envoûtant que sophistiqué, intense et pourtant sobre ! Plus que prometteur, cette musique du bled, passe sans message. Rien à craindre, même de là-bas, on vous entend, les gars ! Le jazz est là, plus que jamais magnifiquement présent, totalement actualisé.
Sophie Chambon

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 08:03

Ajmi series 2011

Sylvia VERSINI-CAMPINCHI (compos, adaptations, arrangements, direction, piano, claviers); Emil SPANYI (p, kyb), Joe QUITZKE (dm), Éric SURMENIAN (cb, b), David LEWIS (tp, fch), Daniel ZIMMERMANN (tb), Lionel SEGUI (tuba), Hugues MAYOT (saxophone ténor, clarinette), Ganesh GEYMEIER (saxophones soprano, ténor) - Invité : François JEANNEAU  (flûte, saxophone soprano)

  versini-mary-lou.jpg “With Mary Lou with my heart ». Le titre n'est pas une figure de style. Car c'est en effet  d'une vraie histoire d'amour qu'il s'agit. Sylvia Versini a depuis longtemps déclaré sa flamme pour la pianiste et compositrice d'Atlanta. Au point d'en avoir fait l'axe de sa candidature à l'ONJ il y a quelques années. Au point aussi que Jean-Paul Ricard en faisait celui de ses liners notes lorsque notre compositrice publia "Broken Heart" sur le même label en 2006. Au point aussi que Sylvia s'en alla traverser l'Atlantique il y a quelques temps pour mener un travail de recherche poussé sur les terres de la compositrice américaine, à la recherche de pépites, d’inédits et surtout du coeur de l'âme de Mary Lou Williams.

On aurait pu alors craindre que Sylvia Versini qui a tant donné pour ce projet, n'en perde un peu de distance. Et c'est tout justement tout le contraire qu'elle nous propose. La démonstration apportée par Sylvia Versini sur la formidable modernité de la pianiste, est ici éclatante. Il y a bien sûr la modernité d’hier, lorsque celle-ci apportait ses compositions à Duke Ellington. Mais ce que démontre par la lecture très personnelle de Sylvia, ses arrangements, sa compréhension du texte et du contexte c’est aussi la modernité d’aujourd’hui.

Il faut reprendre l'original de Walkin ans Swingin, fameux thème Ellingtonien composé par Mary Lou Williams pour voir comment Sylvia Versini se l'approprie, laissant la place aux soufflants ( seul comme dans cette introduction) ou portés par la dynamique de ce formidable tentet. Un autre chemin du swing. Jamais de paraphrase chez Sylvia Versini ( ou alors juste un clin d'œil comme sur New Musical Express), mais toujours une relecture à l'aune de sa propre modernité.

Mais c'est surtout lorsqu'elle s'aventure sur les terres de « The Zodiac Suite », album génial de Mary Lou Williams (1945) qu'il faut écouter et dont il faut reconnaître qu'il avait alors 10 longueurs d'avance à l’époque, que Sylvia Versini y trouve la matière d'un contexte harmonique aussi complexe qu'évolutif ( Taurusou Capricorne)

Sylvia Versini, évitant comme on l'a dit, toute paraphrase intègre aussi, comme de belles incises des morceaux de sa propre composition qu'elle dédie à MLW.

La musique de Sylvia Versini est vivante. Elle embrase tout le jazz dans un même mouvement où certains reconnaîtrons ses dévotions au Duke, à Mingus ou même , ce que j’ai cru déceler, à Weather report pour donner dans le plus contemporain. Les thèmes évoluent, jamais linéaires, créent des mouvements, des césures, partent sur une intention pour revenir ensuite à l’idée première. Le sens du swing, cette essence du jazz, n’est jamais étranger à la compositrice comme dans ce Clifford, thème de Versini au groove presque funky.  Musique vivante !

Un peu comme si elle avait pu conquérir tous ses musiciens dans cet ambitieux projet, ceux-ci font littéralement corps avec lui. Ça joue terrible. On ne se lasse pas des trouvailles du jeu d'Emil Spanyi qui trouve en Sylvia Versini aux claviers, une compagne de jeu et de jeux. On y découvre quelques jeunes talents comme cette belle clarinette de Hugues Mayot ou encore la trompette de David Lewis ou encore le ténor de Ganesh Geymeier.


Sylvia Versini, on le notait déjà sur Broken Heart, a cette façon de faire sonner son tentet comme un véritable big band. Le souffle qu’elle donne à cette musique est ample. C'est à la fois beau et émouvant, ça swing beaucoup et ça nous ramène finalement à une sorte de vérité du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 22:58

PASCAL  ANQUETIL

Tana Editions, 224 pages, 45 euros
En librairie le 29 septembre 2011

Jazz_anquetil-290x290.jpg

Ce livre est un objet de plaisir, de ravissement au sens premier du terme. Et on est bien content que ce soit Pascal Anquetil, le Monsieur Irma du Jazz en France qui se soit attelé à ce chantier titanesque. A dire vrai, ils ne sont pas nombreux dans l’hexagone à pouvoir rédiger leur « favorite things » in jazz, à se prêter à ces « exercices d’admiration ».  La nostalgie joue à fond en feuilletant la galerie de portraits de musiciens de jazz. C’est une musique de joie et de danse, de résistance et de révolte, un art majeur qui avec le cinéma a bouleversé et incendié tout le XXème siècle, écrit Pascal Anquetil dans une brillante préface-manifeste qui resitue « les horizons du jazz et ses arpenteurs ».

Le pari de ce livre est de donner à voir et à lire, en un découpage judicieux de huit catégories, soixante-dix figures emblématiques de cette musique : suivant le cahier des charges, Pascal Anquetil s’est livré à une sélection rigoureusement personnelle déclinée en « génies décisifs», « maîtres chanteurs», «bâtisseurs de mondes», «virtuoses du bonheur», «anges déçus du lyrisme», «maîtres célibataires», «chefs de file», «musiciens intimes». Il  évite ainsi l’écueil chronologique souvent fastidieux, bouscule genres et époques, styles et instrumentistes. Ce qui permet des voisinages savoureux, des dérapages spatio-temporels. Exactement comme dans ces nouveaux temples des musiques actuelles où rôdent des jeunes gens affamés non plus seulement de savoir mais de plaisir. Curieusement, cette musique, éclatée en petites chapelles, en retrouverait presque une unité, redevenant le JAZZ. Et au diable les étiquettes  …qui ne demandent d’ailleurs qu’à être enlevées.

 On peut faire confiance à Pascal Anquetil, professionnel éclairé et authentique amateur, dont la vie suit le roman du jazz, pour nous conduire dans les arcanes de cette musique. Il est né suffisamment tôt pour entendre les grandes légendes du jazz, appréhender les tournants décisifs de l’histoire de cette musique sans rester à la remorque, l’oeil fixé sur le rétroviseur. C’est qu’il connaît la musique et aime les musiciens. Le journaliste Philippe Méziat, l’un de ses correspondants en région, souligne avec justesse que «Pascal Anquetil est un des rares professionnels à servir cette musique et les musiciens qui la font, plutôt que de s’en servir ».

Donc ce  livre tombe  bien : ce n’est pas un cours magistral sur le  jazz et encore moins  un abrégé « Le jazz pour les nuls » mais a « labour of love », une  série de portraits croqués avec talent, racontant une histoire personnelle du jazz, dans une écriture plus littéraire que journalistique où l’émotion le dispute à l’érudition. Il a le chic de choisir l’angle d’approche pertinent pour que cette évocation lumineuse et précise aille au delà de la musique. Pascal Anquetil arrive à restituer le parcours de chaque musicien, en introduisant souvenirs personnels et truculentes anecdotes avec son talent impayable de conteur. Et ses confidences sur les entours de cette musique éclairent singulièrement le travail des musiciens. Il a l’envie de faire partager non seulement ce qui a traversé son horizon musical du moment mais ce qui est demeuré gravé dans sa mémoire. Ses textes sont le lieu d’ouvertures, de passages, d’admirations, d’euphories. Quant à la composition de ce livre d’éclats, il tient à un rien qui est tout, le temps. Temps de la musique, de l’écriture, temps suspendu, temps ana-chronique. Il faut considérer cette architecture textuelle et visuelle comme le lieu de la cristallisation, du « mémorable ». Rien de rigide, de docte, de figé mais plutôt le reflet d’une sensibilité bienveillante, qui n’empêche pas une fréquentation assidue et studieuse des musiciens. Les figures de papier glacé (les photos noir et blanc, en pleine page sont somptueuses) s’animent sous nos yeux, redeviennent des personnages de chair et de sang, avec une réelle épaisseur. Faire vivre et respirer le jazz, créer de petits infinis, qui donnent envie-c’est le plus important-d’entendre cette musique, de replonger dans sa propre discographie, d’aller chercher et de compléter certains manques.  Comme dans une série, un feuilleton qui vous tient en haleine, on se prend alors à penser que l’auteur pourrait continuer sa liste, l’actualiser et écrire une suite. C’est du moins tout le plaisir que l’on nous souhaite…

Sophie Chambon

 

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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 08:21

Columbia Sony

Miles Davis (tp), Herbie Hancock (p), Wayne Shorter (ts), Ron Carter (cb), Tony Williams (dm)

 miles67.jpg

 Toutes les occasions sont bonnes pour faire marcher la machine à jackpot « Miles » à l’approche des fêtes de fin d’année. L’anniversaire de Kind of blue, l’anniversaire de Bitches brew, l’anniversaire de la mort et de la naissance de Miles et bientôt l’anniversaire de sa première trompette aussi tant qu’on y est. Cette Milesmania donne un peu le tournis, il faut bien le dire. Mais qu’à cela ne tienne si cela fournit l’occasion d’éditer ces éditions-compilations, ces raretés déjà entendues, ces trucs nouveaux re-re-remasterisés qui sont à chaque fois de vraies mines d’or, témoignage d’une des plus belles pages de l’histoire du jazz.

 

Ici le coffret de 3 Cd + 1 DVD propose le concert enregistré le 28 octobre 1967 en Belgique, à Tivoli à Copenhague en novembre  de la même année (il s’agit d’un inédit), le fameux concert de Pleyel ( 90 mn dont 17mn jamais éditées auparavant). Le DVD quant à lui propose de découvrir le groupe lors de deux concerts filmés à Stockholm et à Karlsruhe le 31 octobre et le 7 novembre.

 

De quoi faire mentir quelques idées reçues comme celle, véhiculée l’autre jour par un journaliste sur une radio nationale qui parlait de la « trompette mélancolique et solitaire de Miles ». Pas du tout d’accord. Miles ici flamboie de milles feux, attrape la lumière et la diffuse tout autour de ce fabuleux quintet, l’un des plus magnifiques de l’histoire du jazz. Autour de lui tout s’organise ou plutôt se réinvente à chaque instant. Il n’est que d’entendre les différentes versions de leur répertoire. Comme le souligne Franck Bergerot dans Jazzmagazine, chaque version est différente. Pas un seul chorus identique au gré des concerts. Aucun formatage.  Espace de liberté autogérée par ces cinq-là qui savent exactement où ils vont et s’accordent la liberté d’en choisir le chemin.

L’espace se crée ainsi autour de Miles dans une sorte de réinvention permanente du thème mais aussi, osons le mot, du jazz lui même. Sous l’influence de Tony Williams, toutes les frontières explosent. Tony Williams, véritable inventeur d’un autre rythme, d’une défragmentation du tempo, de l’explosion de celui-ci est, à lui seul, le feu d’artifice du quintet ( l’écouter sur No Blues). Mais surtout ce quintet-là ouvre une nouvelle voie. Celles de l’après hard bop, lorsque le jazz trouvait avec l’écriture de Wayne Shorter une sorte de 3ème voie libératrice, alternative sublime à l’impasse du free.

Masqualero venait d’être enegistré la même année ( The Sorcerer) tout comme Riot entegistré sur Nefertiti. Mais c’est aussi beaucoup dans le repertoire des standards que le quintet  recrééé tout ( Round Midnight, I fall in love too easily, On green Dolphin street).

Ces versions « live » ne sont pas, contrairement à ce qui a été dit, remarquablement nettoyées et le son n’est pas toujours excellent. Et c’est peut-être tant mieux. Elles restent ainsi au plus près de ce matériau brut.  A cœur de la fusion.

Jean-Marc Gelin

 

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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 07:49

aligre.jpg

  

 


Monsieur Olivier Huart, Président-Directeur Général de TDF, vient de faire interrompre la diffusion des programmes d’ Aligre FM 93.1.

  

Cette radio historique de la bande FM francilienne développe  depuis bientôt trente ans une activité essentiellement centrée sur l’aide à la cohésion sociale et l’accès à la culture pour le plus grand  nombre. Cette coupure intervient alors qu’Aligre s’est engagée à verser à TDF 400 euros supplémentaires, en ajout des 1 940 euros mensuels qui sont versés chaque mois pour les frais de diffusion. De plus un versement supplémentaire de 8 000 euros vient d’être effectué, grâce à l’aide de la Mairie de Paris.

 

Cet effort n’est pas jugé suffisant par la direction de TDF. Il faut savoir que cette dette d’un total de 40 000 euros est la résultante d’une politique d’étranglement financier que pratique TDF à l’encontre des radios associatives, en ayant notamment augmenté fortement ses tarifs ces cinq dernières années.

  

En refusant une proposition d’apurement de la dette, la décision de la direction s’avère incohérente et contre-productive, car en privant Aligre  de son antenne on la coupe de ses ressources, donc de tout moyen de règlement possible pour TDF !

  

Forte du soutien de ses milliers d’auditeurs, de centaines d’institutions et d’associations partenaires dans les domaines humanitaires, sociaux et culturels qui chaque année participent à ses programmes, de personnalités  des arts et des spectacles de grand renom, Aligre se battra pour continuer sa mission à l’aube de son trentième anniversaire.

  

Nous ne nous laisserons pas sacrifier pour le profit des actionnaires de TDF !!!

  

En attendant le rétablissement de l ‘antenne  vous pouvez continuer à écouter nos programmes en direct  sur www.aligrefm.org

  

Paris, le 1er octobre 2011

 

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