Les Dernières Nouvelles du Jazz
Les Dernières Nouvelles du Jazz
Sylvain Cathala (ts), Stéphane Payen (as), Jean-Philippe Morel (cb), Franck Vaillant (dm) + Laurent Blondiau (tp,fch), Michel Massot (tub, tb), Gilles Coronado (g), Jozef Dmoulin (fder)
Les habitués de l’Olympic Café, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, où le groupe de Sylvain Cathala se produisait régulièrement ne seront pas surpris de découvrir ici la musique de ce jeune saxophoniste qui, avec ses compères de Print (du nom de son groupe) signe ici un album particulièrement soigné. Riche en tous points. Pour l’occasion, des « friends » sont venus se joindre à l’équipe de base, amis de longue date habitués eux aussi de l’écurie Yolk au titre desquels Laurent Blondiau, Michel Massot, Gilles Coronado et Jozef Dumoulin qui s’intègrent si bien dans le quartet que l’on croirait que cette formaton a toujours existé ainsi.
C’est avec une certaine maestria virtuose que Sylvain Cathala, surdoué du saxophone que l’on a repéré depuis qu’il a fait ses classes chez Steve Coleman ou Sam Rivers, propose ici un album superbement bien écrit créant des climats cinématographiques ou théâtraux aussi sombres que parfois inquiétants. L’écriture y est savante et moderne dans l’art de manier la fusion des unissons et des contrepoints, confondant avec excellence les solistes et le son d’un groupe remarquablement homogène. Ecriture jouant sur les asymétries, les rythmiques impaires, les géométries harmoniques à multiples facettes, écriture très dense aussi qui s’inscrit autant dans une dynamique collective où les incises et les « pêches » viennent ponctuer un propos construit avec une science quasi mathématique. C’est d’ailleurs ce qui fait peut-être dire à notre confrère Frederic Goaty de Jazz Magazine que cet album devrait avoir l’heure de plaire au grand Steve Coleman. Une approche très cérébrale de la musique qui pour autant n’en oublie pas l’énergie sur son chemin. Une construction presque littéraire qui pourrait bien sûr évoquer l’enfermement et l’absurdité d’un univers kafkaïen. Produit d’une commande de l’état, ce « Around K » s’inscrit bien dans la logique du travail largement débuté en 2005 lorsque Sylvain Cathala enregistrait avec son groupe, Rolex.
Mais cette écriture « serrée » d’où émerge de magnifiques solistes tombe parfois dans le travers d’un exercice trop brillant où manquent aussi les respirations et les moments de suspensions. Ébahis par la virtuosité de l’exercice, on en perd parfois le groove et l’émotion. L’adage « qui trop embrasse mal étreint » ne saurait mieux dire. Jean-Marc Gelin
Commentaires