Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /2010 08:54

 

Le Cirque Electrique a élu résidence sur la grande Place du Maquis du Vercors à Paris. Et ce, jusqu'en septembre. Puis il repartira vers un autre horizon parisien pour poser son chapiteau, sa paillote de banlieue et ces circassiens.

Place du Maquis du Vercors? C'est où? C'est à la porte des Lilas juste au dessus du périphérique, dans le 20ième arrondissement. Et le trio de la flutiste Sylvaine Hélary ne l'a pas manqué: il y jouait le 17 juin dernier.

 

Sylvaine Hélary est, entre autres, la flutiste du Surnatural Orchestra et l'une des Arpenteurs de Denis Colin. C'est aussi une leadeuse à forte personnalité d'un trio aux références bien marquées avec un univers propre à lui:

"Je compose toute la musique de cet orchestre aux sonorités inattendues; des mots aussi, de la voix et de l'improvisation! Des influences jazz servies sur un tapis pop aux envolées rock, parfois punk et minimales… Alors donnez-lui le nom que vous voudrez, cette musique est pour vous!".


Voilà bien une vision réaliste de son propre travail!

Accompagnée de deux autres fortes personnalités que sont Antonin Rayon et Emmanuel Scarpa, duo habitué ét habité des scènes vivantes aux tendances extrêmes (Grimal, Gleizes), Sylvaine chante, souffle, scande et joue de la flûte dans une ambiance délurée et minimaliste. La prestation laisse une grande part à l'expression théatrale de Sylvaine Hélary, personnage doucetement excentrique et pétri d'humour. Emmanuel Scarpa et en particulier Antonin Rayon livrent une musique souvent testostéroneuse, qui rappellent le poids des claviers de Magma au niveau ambiance sonore. Plus légère, plus extravertie, Sylvaine Hélary exprime sa liberté intérieure à travers son humour tendre, sa douceur naturelle et des moments de musique débridés.

Un peu Nina Hagen, en distinguée souriante, un peu Iva Bittova, par sa présence scénique et son talent évident à l'instrument. Un peu des deux, parcimonieusement. Ou alors surnommons-la la "Nina Bittova" de la flûte traversière et la "Iva Bittova" de la scène décalée française. Allumée et inspirée.

 

Myspace

 

Jérôme Gransac

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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /2010 22:49

ma pomme

 

www.lindaohmusic.com

Ambrose Akinmusire (tp), Lindah Oh (cb), Obed Calvaire (dm)

LindaOhEntry.jpg Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler : attention nouveau talent à suivre impérativement ! Car lorsque l’on a entendu ce premier album de la contrebassiste originaire de Malaisie, Linda Oh, on acquiert immédiatement la certitude que la jeune femme a devant elle une carrière plus que prometteuse. Ce n’est donc pas un hasard si Linda Oh qui vit désormais à New York a obtenu en 2009 une mention au concours de basse Thelonious Monk et fut désignée par Downbeat comme l’une des 10 grandes révélations parmi les jeunes musiciens.

Pour son premier album, la contrebassiste s’est adjoint les services du jeune prodige de la trompette, Ambrose Akinmusire, lui aussi premier prix du concours Thelonious Monk en 2007 et que l’on annonce en signature chez Blue Note. À la batterie, pour former le trio, Obed Clavaire jadis entendu aux côtés de Wynton Marsalis, Danilo Perez ou Steve Turre. Jeune casting de premier choix effectivement.  Belle complicité entre les trois musiciens qui, font vivre cette musique de manière très fusionnelle . Et surtout révélation de cette jeune prodige de la contrebasse. On ne se lasse pas en effet d’être impressionné par sa puissance, par sa rondeur et par ce son profondément ancré au plus profond du tréfonds du sol. Linda Oh fait ainsi preuve d’une insolente maîtrise technique virtuose et gardienne intraitable du groove. Elle qui dit s’être inspiré pour composer cet album de groupes Rock de son enfance comme les Red Hot Chili Peppers (dont elle reprend avec une  incroyable maestria Soul to squeeze de l’album éponyme) est pourtant bien ancrée dans les fondamentaux de ce jazz aussi tonique qu’inspiré. Nous la voyons pour notre part venir plutôt d’un autre monde. Jouant exclusivement de la contrebasse, la jeune fille nous évoque parfois William Parker dans ce jazz très ancré dans la scène post free New Yorkaise ou plus près de nous Claude Tchamitchian dans la perfection de sa ligne mélodique. Linda Oh ne rechigne pas à la tâche et s’y atèle même avec une certaine gourmandise comme dans ce Fourth Limb où Akinmusire est littéralement porté par cette pulse et cet ostinato que vient juste ébranler un admirable solo de contrebasse. Linda Oh tout au long de l’album affiche son sens du jeu mêlant le contre-chant et l’improvisation harmonique. Pour nous maintenir en éveil sur la base de cette formation terriblement exigeante ( contrebasse-trompette-batterie), les trois acteurs semblent réinventer constamment leur instrument dans une remise en cause permanente Entre free et improvisation structurée, la belle Linda Oh tient la baraque et délimite le champ de jeu, pose le tempo avec une assurance qui force l’admiration. Rarement depuis Avishai Cohen et Esperanza Spaulding avions nous entendu un jeu si affirmé que celui de la jeune Linda OH. Ceux qui seront au Sunside Mercredi 30 juin pourront à coup sûr en témoigner. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /2010 23:18

 

Nous avions envie, aux DNJ de revenir sur l’un des albums les plus passionnants de l’année, celui que Mederic Collignon a consacré à la période électrique de Miles Davis.  (voir la chronique de Lionel Eskenazi  )


Rencontre avec un personnage foisonnant du jazz français qui n’a pas sa langue dans sa poche. Loin de toute langue de bois, Méderic Collignon parle cash et se livre sans fard.

 

 

Mederic Collignon 2009

 

 

 

DNJ : Avant de parler de l’album proprement dit, parle nous un peu de cette pochette incroyable qui évoque si bien l’univers de cette période électrique de Miles

  collignon

Méderic Collignon : En fait j’ai tout conçu de cette pochette même si je ne l’ai pas réalisée moi-même. C’est Etienne Chaize qui me l’a fait exactement comme dans mon rêve. Le Chaos, l’apocalypse, 2001, les tours qui se font réduire par un fou, échec et mat ! La Chrysler Tower pour le côté moderne et la tour de Babel. Et puis le phallus qui viole un ovule. C’est une agression certes mais finalement peut être que c’est cela la nature. Il y  a aussi un côté Caravage, une face obscure.

 


DNJ : Comment as-tu abordé ce projet ? Tu venais de sortir de Porgy & Bess et l’on t’attendait sur un  terrain différent  (comme Don Cherry par exemple). Finalement tu reviens à nouveau à Miles et tu récidives alors que tu t’en étais pris plein la gueule par certains critiques


MC : Oui mais par une seule personne, par Michel Contat.


DNJ : Mais quand tu as fait Porgy, tu avais déjà en tête cet album ?

MC : Je sais toujours ce que je vais faire demain et après-demain. N’oublions pas que Jus de BocSe c’est Juke Box, c’est un groupe de reprise. C’est quelque chose qui ne crée pas. Ou alors c’est toi en regardant l’objet qui tout à coup imagine quelque chose qui va ailleurs. C’est un groupe de reprise, c’est du jazz dans le geste. Le jazzman reprend les choses, il créée rarement à la base. Il est toujours dans la reprise de papa, maman, machin. Miles a fait ça. Charlie Parker a fait ça tout le temps. Certes il a écrit mais cela n’est venu qu’après. Et moi je compose déjà bien avant Jus de Bocse, je compose à côté pour des petits orchestres ou pour le Megaoctet d’Andy Emler. D’ailleurs ils ont eu tellement de mal à la bouffer ma compo que je sais finalement pourquoi je ne compose pas plus. Je sais pourquoi j’arrange et pourquoi ça dérange. Et c’est ça le concept de Jus de Bocse et je ne peux pas composer avec ce groupe sinon j’irai à l’encontre de son concept.


DNJ : Comment aborde t-on de tels monuments ? Avec peur ? Après tout c’est toi qui disais à propos de Kind of blue : « j’y touche pas, c’est un classique ». Exactement ce que te reprochait Contat pour Porgy.


MC : Ben oui, il faut bien affronter ses peurs finalement. Du coup je crée ou je chie. Il m’arrive de chier comme par exemple sur Summertime. A l’époque je ne pouvais absolument pas l’arranger. Page blanche attitude ! J’avais beau écouter j’entendais rien. J’avais les larmes aux yeux parce que j’avais Gil Evans dans la poche. Pas Miles. J’en ai rien à faire de Miles là-dessus. Je suis juste en train de pleurer et d’écouter la création de Gershwin. Mais surtout pour moi il y a Gil Evans. La permanence de cette pâte  qui est unique, taillée dans le diamant et que je n’ai jamais vue autre part.

 

Lire la suite de l'interview

 

 

 

 

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Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /2010 08:11

LOUIS JOOS : « Un piano »

Futuropolis 2010

 

louisjoos


Louis Joos n’est pas un inconnu des jazz-fans. Il a déjà signé plusieurs BD consacrées aux grandes figures comme Mingus, Monk, Powell, Coltrane ou d’autres albums au titre qui flirtent avec la note bleue comme Mood Indigo, Blues ou Jazz Concert. Le jazz toujours présent dans son l’œuvre du dessinateur Bruxellois comme une seconde peau.

Son coup de crayon comme un comme un coup de fusain joue entre un esthétique black and White si chère au jazz et une atmosphère presque sépia qui porte une poétique du souvenir d’un temps un peu révolu.

Dans « un piano », Louis Joos traverse une vie d’homme sur deux générations. Un piano, celui d’un père grand concertiste classique que l’on sent tenté par le dévoiement de l’aventure du jazz et qui cherche à transmettre à son fils son goût du piano. Le jazz présent en filigrane avec l’employé noir sur ce paquebot

de croisière. Un fils, artiste lui aussi ( Louis Joos ?) qui choisit les arts graphiques plutôt que la musique. Le piano transmis en héritage. Une rencontre douce-amère avec un Bud Powell fantomatique.

Tout cela comme des souvenirs réels ou rêvés qui reviennent à l’homme qui, dans la fin de sa vie semble courir après ses souvenirs dans les rues de New York baignées des neons des clubs de jazz de la 52ème rue encore illuminées du souvenir de Miles et de Parker comme des clichés d’un jazz hors temps .

Et la présence enfin d’un homme mystérieux à la tête de loup qui revient plusieurs fois au fil de l’album et qui contribue à renforcer la poésie de cette belle BD que l’on traverse sans passion mais avec l’émotion d’une pointe de mélancolie.

Jean-Marc Gelin

 

 

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /2010 18:18

 

CamJazz 2010

Urs Bollhaler (p), Raffaele Bossard (cb), Christophe Müller (dm)

 

Urs-Bollhaler.jpg


Le label Cam Jazz, un peu à l’instar du label Fresh Sound, a ouvert une division, « Cam Jazz présents »  dont le focus porte sur la découverte de jeunes talents. Ils ont traversé le massif Alpin pour aller découvrir du côté de la Suisse ce jeune et splendide trio helvétique emmené par son pianiste et compositeur Urs Bollhaledr. Un vrai coup de cœur que nous n’hésitons pas à partager pour ce trio qui s’inscrit sans complexe dans la tradition des trios modernes dans la lignée des Meldhau ou des Svensson. Ils ont en effet parfaitement intégré les bases de ce jazz moderne dont on ne peut plus dire exactement s’il va chercher plutôt du côté du jazz ou du côté de la pop, plutôt Rosenwinkell ou plutôt Radiohead, tant leur syncrétisme les amène à développer un savant mélange de ces univers. Urs Bollhalder qui a déjà joué avec des musiciens comme Randy Brecker, Franco Ambrosetti ou Bob Berg est trompettiste de formation Ce qui explique peut être son goût pour les mélodies sublimées. A moins que ce ne soit ses premières armes avec Abdullah Ibrahim dont l’influence compositionnelle peut se concevoir à l’écoute de l’album.

Un vrai trio disions nous. Car ces trois-là développent effectivement un  vrai son de trio ( je sais c’est un peu con de dire ça mais je vous jure c’est vrai !) et des compositions qui savent manier le groove avec finesse et naviguent sans caricature entre l’atonalité et la modalité. Sans jamais forcer le trait ils font preuve à la fois d’une grande élégance dans leur façon de développer leur jeu, se donnant le temps de construire une improvisation retenue, et d’installer la pulse sous jacente. Ces trois-là se connaissent bien et tournent ensemble depuis 4 ans. De quoi maîtriser avec une rare précision le répertoire où le piano mis remarquablement en évidence, s’affiche dans un écrin de luxe digne d’une joaillerie suisse. Et c’est avec beaucoup de retenue que ces trois jeunes garçons s’expriment et surtout avec beaucoup de maturité qu’ils donnent à leur musique une profondeur rare. Une belle découverte

Jean-marc Gelin

 

site de Urs Bollahlder

 

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