Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 21:43

Olivier Laisney (tp), Yacine Boulares (ts), Benjamin Rando (p), Simon Tailleu (cb), Cédric Be k (dm).

La Fabrique 2011

 dress-cde.jpg L’émergence constante de nouveaux groupes sur la scène du jazz donne parfois à Paris des airs de Big Apple. Là aussi foisonnent les talents et la passion de la musique bien faite . Et lorsque l’on écoute par exemple celui-là on prend conscience d’une certaine universalité  de cette musique dont les codes franchissent allègrment les frontières et les océans. Des codes qi viennent bien souvent de quelques prestigieux aînés et qui ne laissent de perpétuer l’héritage de Miles et de Wayne Shorter, au point que la forme du quintet trompette/ ténor/ Piano / Basse/ Batterie  ramène bien souvent de nos jours à cette période bénie des dieux du jazz.

Attentionnés à faire sonner des harmoniques très Shorteriennes (Far away), à créer une spatialité de la musique et au final à faire émerger l'homogénéité du groupe, ces jeunes-là affichent un réel savoir faire artistique qui épate. Au point aussi de reter un peu figé dans cette forme envoutante où le jazz s’évapore dans quelques volutes bleutées. On le voudrait parfois pmlus sauvage, un peu plus libre et moins concentré à faire sonner.

Mais n’empêche, les éléments organiques se mettent en place et d’auytres émergent. Comme par exemple Olivier Laisney dont chaque note est une boule d’énergie capable de porter le groupe très haut ( Dear Emma). Si Yacine Boulares semble parfois bien sage, très concentré sur son sujet, c’est pour y affirmer un son superbe, un son d'un grain aussi suave que voluptueux, entre l'héritage Lesterien et les promesse d'un Mark Turner.  L'ecole de Chris Cheek oubde David Biney (pour moderniser les références)  ne sont d’ailleurs  pas très loin.

Quand à Simon Tailleu, qui prend désormais sur la scène du jazz une importance considérable et justement reconnue il a compris, à la mnière d’un Charlie Haden l'alliance

parvient depuis quelques années Les compos portent la marque d'un réel savoir faire qui emprunte à leurs aînés et modèles mais tournent cependant un peu à vide.

Cependant dans ce jazz très intimiste, aucune fièvre mais juste la patience de l'artisan qui fignole et cisèle, qui travaille la pâte, harmonise les chants et les contre chants, dessine une aire de jeu. Everyting's under control.

Et au final  un vrai plaisir à l'écoute de ce groupe qui possède la belle fluidité d'un geste assuré. A la manière d'un calligraphe,ou d' un maître zen.

Jean-Marc Gelin

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 07:50

ECM 2011

Enrico Rava (tp), Giovanni Guidi (p), Fabrizio Sferra (dm), Gianluca Petrella (tb), Gabirele Evangelista (cb), GIacomo Ancilotto (g)

Rava-tribe.jpg

 

Enrico Rava a la sérénité des vieux sages. De ceux qui ont tout fait ou à peu près, et qui gardent de la révolte le goût d’une certaine mélancolie désenchantée et une grande tendresse pour les jeunes cadets bien plus fougueux. Sa relation avec le jeune tromboniste Gianluca Petrella est de cet acabit.

Avec l’âge, Enrico Rava sait que l’essentiel est dans l’épure. Il sait que l’on dit parfois plus en disant moins à l’image de cet « Incognito » où Rava donne du temps au temps, maîtrise l’expression de ses propres sentiments. Ce faisant, bien sûr il se fond dans l’esthétique (obligée) de son label. Il y a dans les allures du maître quelque chose de Miles. Cet art de retirer tout le superflus pour parvenir en quelques notes à la vérité intrinsèque de la musique. Quelques notes à peine pour faire s’envoler la mélodie. Comme sur Choctaw où il fait respirer la rythmique dans une sorte de danse tribale presque chamanique.

Ces mélodies sont un peu tristes parfois jusqu’à l’insondable ( Tears for neda, bouleversant). Mélodies porteuses d’un regret irréparable. La cause en est souvent la terre avec un «  T », la planète sur le sort de laquelle Rava semble s’être résigné malgré quelques salutaires bouillonnements ( Planet earth, Song tree, Garbage blues).


Ce quintet parle d’une même voix. Profonde. Inspirée. Presque mystique ( comme ce Song tree d’une beauté zen, sublime !). Et Giovanni Guidi y est aussi étincelant dans la clarté lunaire de l’album. Il faut entendre aussi les ponctuations qui viennent de Fabrizio Sferra à fleur de peaux, au drumming tout en frôlement sensuel ( Paris Baguette). Last but not least, Gianluca Petrella, apaisé fait sortir de son trombone des couleurs sombres nimbées de trames épaisses, ecrin de velours hyper sensuel. Un album simple et juste beau.

Jean-marc Gelin

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 07:42

Sunnyside 2011

Adam Kolker (ts,clb, fl, cl), John Hébert (cb) , Billy Mintz (dms), John Abercrombie (g), Russ Lossing (p), Judi Silvano (vc), Kay Matsukawa (vc)

kokler.jpg

 On le sait bien, en jazz tout est question de feeling et de son. Il suffirait, pour ceux qui en ont une vague idée d'entendre le duo de ce saxophoniste américain avec le guitariste John Abercrombie pour s'en rendre compte. Adam Kokler fait partie de ces inconnus de ce côté-ci de l’Atlantique qui risque de n’intéresser qu’une petite poignée d’aficionados qui viendront s’échouer un soir au bar d’un club parisien et qui repartiront content d’avoir pu entendre le prodige. Pourtant le garçon a ses titres de noblesse : Gunther Schuller, John Abercrombie, Maria Schneider, Kenny Wheeler, Rick Margitza, Billy Hart. 

Dans l'arbre généalogique, Adam Kokler vient de Stan Getz qui vient lui même de Lester Young. Ce qu'il faut entendre par là : le souffle, la colonne d'air qui fait que chaque note est comme une caresse. Il y a des saxophonistes ténors pour qui l'instrument est une fine lame tranchante, il y en a d'autres pour qui le sax ténor est une sorte de velours soyeux.

Pas énervé pour deux sous, Adam Kokler donne l'impression de tout maîtriser et de s'affranchir de toutes les difficultés avec une aisance qui frôle l'élégante insolence.

Il peut jouer un bop (Boscarbob) et doubler à l'instrument le scat chantè, tout cela semble d'une légèreté déconcertante. Idem lorsqu'il joue de la flûte avec une inspiration magnifique sur Nature Boy, inspiration hélas pas très partagée par la chanteuse qui l'accompagne.

Le format n’est pas très original par les temps qui courent où tous les saxs ténors de la planète semblent avoir oublié l’existence du piano. Heureusement Russ Lossing vient prêter son clavier sur quelques titres. Mais sans révolutionner le genre , il y a là l’art et la manière.

Pas radical mais totalement convaincant.

A découvrir.

Jean-Marc Gelin

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 07:27

Microcidi 003

Produit par ZOONE LIBRE et CIRCUM DISC

Distribution Anticraft /MVS Distribution, les Allumés du Jazz

 vazytouille.jpg

 

www.circum-disc.com

www.zoonelibre.com

www.zoonelibre.com/les-groupes/vazytouille

 

Voilà un premier album épatant, excellent aperçu de ces musiques actuelles qui savent intelligemment fédérer amateurs de rock, jazzeux, amoureux de groupes vocaux ou inconditionnels de musique de chambre : le Vazytouille au nom sans ambiguïté, nous plonge dans une cuisine roborative, un délicieux mesclun de sons et d’ambiances. Ce jeune orchestre regroupe 14 musiciens (formidables) du collectif lillois Zoone Libre, lié au label nordiste Circum, que l’on suit de près aux DNJ. Ils n’ont pas peur de remuer diverses combinaisons, parfois au sein d’un même titre : on entend un trio rock progressif, des cordes (Nahisa Abdou au violon et Sureya Abdou au violoncelle), des vents (Audrey George et Marylin Pruvost à la flûte), mais aussi des parties a cappella. Cette fine équipe marie à l’envie cette variété de thèmes et de climats en alternant, superposant et redistribuant les timbres au sein de compositions comme « Orgiak Suite » ou « Masay Christo » proprement réjouissantes. Ces alliages, sans être inouïs, sont assez insolites pour nous surprendre. Si on ne sait où ces musiciens nous conduisent, on leur fait volontiers confiance, portés au large de cette musique  sérieuse et ludique, énergique et ambiante. Cet album combine des tentatives d’improvisation collectives et/ou dirigées tout à fait  réussies  qui côtoient les règles de l’écriture la plus précise. On ressent la plénitude et l’intensité des sonorités, le sens de la construction dans ces pièces longues, difficiles à tenir. L’enchaînement des titres, cohérent, alterne des climats différents, tel ce « Dégel » peu apaisant,où la flûte apparaît inquiétante, après le crescendo intensément enjoué du morceau précédent. Voilà des musiciens qui ont tiré parti des collages de Zappa, dans la joyeuse cacophonie très orchestrée de « Si…Si », dans le drive d’une section rythmique attentive et efficace. La deuxième partie de « Masay Christo », proprement «emballante», dominée par la guitare électrique de Jean Louis Morais, (ré)sonne avec le plus bel effet. Comment ne pas être saisi par les sons qui sortent du pavillon du baryton (Vincent Debaets), des saxhorns (Michael Potier et Luze Grazilly), de la trompette (Christian Pruvost) dans « La chute », qui s’achève en berceuse, « nursery rhyme » pour boîte à musique ?

Pour un coup d’essai, l’album est un coup de maître, révélant une complicité originale et exigeante de tous les instants. Chaque nouvel échange complète et éclaire différemment le tableau de ces variations en série. Le final, « Bill » qui se développe entre voix, trompette et piano, est tout simplement superbe. Avec Vazytouille, formation qui s’active en région, voilà des Nordistes qui exaltent saveurs et savoirs dans des histoires impossibles que l’on se délecte pourtant à suivre, entre conte et rêve éveillé. Réjouissant !

 

NB : Encore un mot sur la pochette joliment colorée, au graphisme enfantin et délicat, entre « Donjon et Dragon » et Dubuffet !

 

Sophie CHAMBON 

·     

 

 

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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 18:21

J.D ALLEN : “ Victory”

Sunnyside 2011

JD-ALLEN.jpg

JD Allen (ts), Gregg August (cb), Rudy Roston (dm)

 

David Weiss & Point of departure:” Snuck out”

Sunnyside  2011

David-Weiss---Point-of-Departure-Snuck-Out.jpg

David Weiss (tp), JD Allen (ts), Nir Felder (g), Matt Clohesy (cb), Jamire Williams (dm)

 

 

 

Deux disques sortis récemment chez Sunnyside nous donnent l'occasion de faire connaissance avec un magnifique ténor totalement méconnu en France, JD Allen.

Les meilleurs observateurs du jazz n'auront pourtant pas manqué les apparitions de ce ténor de Detroit (Michigan) qui à près de 39 ans a fait déjà des apparitions remarquées aux côtés des plus grands que ce soit dans le big band de Franck Foster, de Dave Douglas, Lester Bowie, George Cables, Betty Carter, Ron Carter, Jack DeJohnette, Me'shell Ndegeocello etc... Excusez du peu. On le voit, ce gars-là qui roule sa bosse depuis pas mal de temps a de quoi se faire la réputation d’être un sérieux client.

 

Dans la tradition des grands ténors de l'après-bop entre Sonny Rollins, John Coltrane ou encore Joe Henderson, Jd Allen c'est d'abord une formidable densité du son et un placement rythmique exceptionnel alliés à une parfaite maîtrise du langage harmonique des maîtres de l’après bop. Et JD Allen a suffisamment de métier en tout cas pour tenir la baraque en trio à la façon du colosse du sax en formation pianoless ( dans l'album "Victory") ou alors pour s’imposer dans un quintet de pure facture hard bop aux côtés d'un autre fameux, le trompettiste David Weiss qui, quant à lui n'est pas sans évoquer Lee Morgan.

Deux occasions d'assister non pas à la réinvention du jazz mais juste l'occasion d'y entendre la marque d'un jazz aussi vif hier qu'aujourd'hui. C'est un peu la maqie de ce qui ne s'apprend pas mais se forge nuit après nuit dans les meilleurs clubs de l'autre coté de l'Atlantique.

Dans « Victory » on est tout d'abord saisi par la force du discours et par la cohérence de ce trio dans cette formule pianoless magnifiée jadis par Sonny Rollins. Trois éléments en marche qui se propulsent l'un l'autre. Et s'élevant au-dessus, la voix du sax de JD Allen dont le grain est d'une densité bien palpable, fort et massif, viril et lyrique à la fois. Aussi sensuel que viril d’ailleurs.

Dans « Snuck Out » de David Weiss où JD Allen partage l’essentiel des soli avec le trompettiste, on croit voir renaître de leurs cendres, les messagers du jazz dans la période Wayne Shorter. C’esy grisant et admirablement bien fait. On s’y croirait.

 

 

Alors, si vous passez à New-York, jetez un oeil sur la programmation. Il y a de fortes chances que vous ayez l’opportunité de découvrir ces musiciens qui inlassablement perpétuent un certain geste du jazz. Avec un peu de chance JD Allen sera de la partie et vous donnera de quoi, définitivement tomber amoureux de cette musique si toutefois vous ne l’étiez pas encore.

Jean-Marc Gelin

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