Les Dernières Nouvelles du Jazz
Les Dernières Nouvelles du Jazz
photo Jean-Pierre Foubert
Benny Golson donnait l’autre jour deux concerts au Duc des Lombards. Il a sympathiquement accepté de venir remettre son prix à un jeune saxophoniste (Adrien Sanchez) à l’occasion du Tremplin du Festival de Saint Germain.
L’occasion pour nous de revenir sur la carrière de ce saxophoniste légendaire auteur des plus grands standards du hard bop et figure de proue de cette période foisonnante du jazz.
Along came Benny …..
DNJ : Quand vous avez remis ce prix à ce jeune musicien, comme j’imagine vous le faites souvent, cela vous rappelle,t-il vos jeunes années lorsque vous jouiez à Philadelphie avec John Coltrane
BENNY GOLSON : Oh oui ! Cela me rappelle Coltrane mais aussi Jimmy Heath, Philly Joe Jones. On était des amateurs
à l’époque. Il y avait aussi Ray Bryant et Red Rodney.
Mais nous étions si jeune. Il avait 17 ans à l’époque et Coltrane à peine 18. Jimmy quand à lui devait en avoir 19. Je me souviens que John Coltrane venait alors à la maison et
se mettait au piano et moi au saxophone. Et puis on changeait et je passais au piano. Mais il était vraiment un très mauvais pianiste. Nous répétions tous les jours mais les voisins en avaient
assez et je crois qu’ils auraient bien voulu nous tuer ! C’était terrible….
DNJ : Quelles ont été vos influences les plus marquantes ? Coleman Hawkins ? Don Byas ?
BG : Non, non, vous voulez que je vous dise…. Arnette Cobb dans la formation de Lionel Hampton. Arnette Cobb sur Flying home. Mais surtout, avant d’être influencé par les saxophones, je suis passé par les études de piano, durant 6 ans. Je répétais tous les jours . J’aurais voulu faire du classique, m’inspirer de Chopin, Brahms. Et puis c’est alors que j’ai entendu Arnette Cobb avec l’orchestre de Lionel Hampton : ouhhhh !
DNJ : Il a eu une grande influence sur votre jeu ?
BG : Non, c’est juste qu’il m’a donné envie de jouer du sax. Ensuite sont venus Coleman Hawkins et Don Byas. Mais le premier ce fut Arnette Cobb. Mais ensuite j’ai écouté Coleman et notamment le célèbre Body and soul !! Un choc incroyable. Bien longtemps après j’ai eu la chance d’avoir un jour un job avec lui.
DNJ : Ce ne devait pas être très facile de jouer avec lui ?
BG : A ça non. Un killer !
DNJ : Vous aviez peur ?
27-Mai-2010
Festival Jazz à St-Germain-des-Prés.
Concert en solo à l’Eglise de St-Germain-des-Prés.
Les DNJ : Le concert de ce soir dure approximativement une heure et demi, et la tension reste à son comble du début à la fin. Comment un musicien, seul sur scène, prépare-t-il physiquement et mentalement une telle prestation ?
Bojan Z : Quand tu sais qu’il va y avoir un concert comme ça, il y a évidemment en amont une préparation mentale. Tu essaye un petit peu d’envisager comment te surprendre toi même, comment organiser les choses sans qu’elles soient trop organisées. Et ensuite, le reste est assez simple, il faut surtout se détendre l’esprit, et c’est plutôt là que cela se situe. Les idées et la Musique qui sont en permanence autour de ma tête ont besoin d’une pensée détendue, afin d’être apte à jouer, à les transmettre comme il faut. Donc, au final, je me suis juste « réchauffé » les doigts ce matin au réveil pour être en état de disponibilité totale pour la Musique qui sera là quelques heures après. Evidemment, il faut que quotidiennement soit effectué un travail rigoureux de la technique, cela va de soi pour un soliste. Il y a des moments où on est en bonne communication avec l’instrument et d’autres où on l’est moins. Peu importe, de toute façon je ne suis pas quelqu’un qui est dépendant de la technique pour pouvoir exprimer la Musique que je veux.
© Lionel Eskenazi
La saxophoniste ténor Sophie Alour viendra présenter son très bel « Opus 3 » sur scène au Sunside à Paris les 21 et 22 mai. Nous l’avons rencontré afin de faire le point sur un virage musical recentré sur le jazz, dans la formule sans concession d’un trio saxophone-contrebasse-batterie à la fois explosif et langoureux.
DNJ : Comment t’es venue l’idée de passer au trio pour ce troisième album ?
S.A : C’est à cause des pianistes… (rires…), non plus sérieusement je crois que c’est tout simplement un moment dans ma carrière qui correspond à une certaine maturité. Plus on avance dans le temps, plus on a tendance à aller vers des choses plus simples, plus économes, plus austères aussi. L’austérité, ce n’est pas un mot qui me fait peur, je trouve même que c’est assez beau, d’un point de vue artistique bien-sûr car je ne parle pas de l’austérité économique que nous subissons en Europe en ce moment !
DNJ : Plutôt qu’ « austérité », je préfère le mot de « maturité ». Je pense qu’avec ce disque, tu es à un virage important où tu te recentres vers le jazz et où quelque part tu fais un bilan de ta carrière en reprenant presque tout à zéro, d’où ce titre « Opus 3 ».
S.A : Effectivement, il y a tout ça à la fois et cet « Opus 3 » correspond pour moi à la fin de quelque chose et au début de quelque chose d’autre. Je ne sais pas encore exactement quoi, mais il est clair que je suis à un virage. En ce qui concerne le retour vers le jazz, c’est une musique que j’aime profondément depuis que j’ai 14 ans et qui a longtemps habité mes rêves, mais j’ai eu une crise d’adolescence assez tardive, une crise d’identité, où j’ai voulu m’éloigner du jazz et chercher autre chose. Ça paraît un peu étrange de le dire, mais aujourd’hui j’ai presque l’impression de redécouvrir le jazz.
DNJ : Au moment de « Uncaged », ton deuxième album, tu écoutais beaucoup de groupes de rock comme Radiohead par exemple.
S.A : J’en écoute toujours, mais beaucoup moins qu’à l’époque, je voulais me libérer de certains carcans liés aux codes du jazz. J’avais envie de me bousculer, je me sentais enfermé, je voulais sortir de la cage (« Uncaged ») en changeant mes repères artistiques et j’ai cherché du côté de la forme, des sonorités. Il y en a qui ont été beaucoup plus loin que moi dans ce domaine, par exemple j’ai toujours refusé de jouer avec une basse électrique. Je voulais sortir des conventions alors qu’aujourd’hui j’y suis revenu en me réconciliant avec la forme du jazz, avec l’épure.
DNJ : Oui et en même temps on sent une tension extraordinaire dans ce disque, une énergie catalysée qui vient du cœur et des tripes.
S.A : Je suis quelqu’un de tendu (rires…). Ce qui est curieux c’est que plusieurs personnes qui m’avaient suivi sur « Uncaged » ont eu du mal à rentrer dans ce nouveau projet, alors que pour moi cette musique, même si elle n’est pas forcément accessible, me paraît évidente car elle est assez naturelle, elle vient du cœur et du plus profond de moi-même. Je trouve que le son de l’album (sans l’apport d’instruments harmoniques) oblige à rentrer dedans avec une écoute exigeante car il ne s’agit pas d’un simulacre de quartette.
DNJ : D’autant que dans « Uncaged » il y avait sur un tiers de l’album, la présence de la guitare de Sébastien Martel qui amenait un deuxième instrument harmonique à ton groupe, comme par exemple dans le morceau assez rock « Haunted » que tu as voulu reprendre ici en trio, pourquoi ?
S.A : C’était un peu ironique, je voulais utiliser cette matière pour en faire quelque chose de différent, comme un peintre qui reprendrait un tableau. Cette relecture m’a semblé intéressante car la forme du trio permet d’aborder plusieurs styles de musique de la même manière, avec le même son d’ensemble.
DNJ : Cette formule du trio te permet aussi de mieux t’affirmer comme leader, car sur l’album précédent, la présence de Laurent Coq était assez importante (il avait même signé trois compositions).
S.A : Oui c’est vrai, mais je suis fière de l’avoir utilisé à contre-emploi en le poussant à jouer du Fender Rhodes, avec plein de pédales d’effets aux sonorités rock. Ce n’est pas son instrument de prédilection, mais il a bien joué le jeu et y a pris du plaisir.
DNJ : Parlons des musiciens de ce trio et de la formidable interaction qu’il y a entre vous.
S.A : Oui il y a une très bonne entente et une formidable complicité entre nous. On m’a proposé d’enregistrer avec des musiciens américains, j’ai refusé et j’ai tenu bon car je voulais de partenaires de jeu que je connaissais bien et avec qui je m’entend parfaitement, comme Yoni Zelnik (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie). Ce qui est intéressant c’est qu’ils ne jouent pas de la même façon en trio qu’en quartette, ils se positionnent différemment, ils ont plus d’espace. Yoni (qui n’a jamais voulu être leader d’une formation), est un partenaire de jeu idéal, il est complètement à l’écoute, il joue un rôle pivot et je peux avoir entière confiance en lui. Il sera, si besoin est, très difficile à remplacer. Avec Karl, c’est différent car il est lui-même leader de plusieurs formations, il compose et il a une maturité musicale incroyable. Il a la capacité à voir les morceaux dans leur globalité, il apporte quelque chose de cohérent et de très défini. Il ne cherche jamais, il trouve !
DNJ : Qui a eu l’idée de confier la direction artistique de l’album au pianiste Eric Legnini ? N’y a-t-il pas un paradoxe que ce soit un pianiste qui tienne ce rôle alors que tu as justement choisi de ne pas utiliser de piano pour ce disque ? Et quel a été son rôle exactement ?
S.A : Oui, on peut y voir de l’ironie et trouver ça amusant, mais il a été idéal dans son approche et il a joué un rôle très important dans la réussite de l’album. Yann Martin tient à ce qu’il y ait un directeur artistique sur les albums Plus Loin Music et nous avons pensé à Eric, qui avait déjà joué ce rôle sur plusieurs disques. Il a été parfait dans son travail car il n’y avait aucune ingérence et en même temps à chaque fois qu’il disait quelque chose, c’était pertinent et utile. Très souvent, c’est lui qui a déterminé la direction du morceau car il percevait très bien ce qu’on voulait faire et il nous a aidé à y parvenir.
DNJ : Peux-tu nous dire quelques mots sur chaque morceau du disque ?
S.A : L’album démarre avec « Grekerna » qui est une reprise d’un morceau d’un groupe pop suédois qui s’appelle « Loney Dear » (et non pas « Lonely People » comme c’est indiqué par erreur sur la pochette du disque). C’est une idée de Nicolas Moreaux qui est un ami contrebassiste et compositeur, qui est leader de plusieurs formations et membre du groupe franco-espagnol « Beatnick Quintet ». J’ai d’ailleurs repris une composition de lui « Why People Always Laugh About Serious Things », qui est le septième morceau du disque.
DNJ : J’aime beaucoup le deuxième morceau de l’album qui s’intitule « Mystère et Boule de Gomme ».
S.A : je l’ai écrit à partir d’un mode d’Olivier Messiaen. On ne dirait pas en l’écoutant et pourtant il est joué tel quel au début du morceau.
DNJ : Puis vient une « Eloge du Lointain » qu’évoque-t-elle ?
S.A : Ce morceau parle de la distance qui m’éloigne des musiciens de jazz afro-américains. On joue leur musique, mais il faut avoir conscience qu’à la base, elle ne nous appartient pas, ce n’est pas nôtre notre musique, ni notre culture. J’ai eu cette idée après avoir lu « Free jazz, Black Power » de Jean-Louis Comolli et Philippe Carles. C’est un livre qui m’a énormément marqué et qui a changé ma vision des choses.
DNJ : Qui est l’Arthur Cravan de « Ode à Arthur Cravan » ?
S.A : C’est un écrivain du début du siècle que j’ai découvert grâce à l’essayiste Gilles D’Elia de la revue « Relectures » qui est un ami.
DNJ : « En ton Absence » est un très beau morceau, émouvant et tendre…
S.A : Je l’ai écrit en hommage à mon grand père qui venait de disparaître.
DNJ : Et « La Pensée Vagabonde » ?
S.A : Celui là il m’est venu au sortir d’une sieste, avec un cheminement très vagabond…
DNJ : « Caprice » ?
S.A : C’est une forme classique très courte (« Les Caprices de Paganini ») qui peut être humoristique ou bien désigner une cadence. Ce titre correspond bien à l’humeur du morceau et puis c’est un trait de mon caractère que je revendique !
DNJ : « Karlston » est une composition de Karl Jannuska très ancrée dans le jazz be-bop.
S.A : Je voulais, comme sur le précédent album, une contribution de Karl sur ce disque. Il m’a fait plusieurs propositions et j’ai choisi ce morceau énergique qui est effectivement très jazz et surtout complètement différent de l’atmosphérique « Snow in May » qu’il m’avait proposé sur « Uncaged ».
DNJ : L’album se termine sur la très belle « Petite Anatomie du Temps qui Passe » et nous restons comme en suspension dans l’espace et le temps.
S.A : Oui, c’est bien de finir sur ce morceau où nous sommes tous les trois en homorythmie complète. On joue la même chose en même temps, sans remplissage. La batterie ne marque pas le tempo, et la basse ne marque pas l’harmonie.
DNJ : Tu vas jouer l’album sur scène et vas-tu en plus arranger d’anciens morceaux pour le trio ?
S.A : Non, je vais plutôt faire des reprises et jouer des morceaux que j’aime particulièrement comme « Fleurs Africaines » de Duke Ellington et sûrement un arrangement que j’ai fait pour le trio d’après le « Moderato » du concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Et puis au troisième set, je compte bien inviter des amis musiciens.
DNJ : Vas-tu inviter ton jeune frère, le trompettiste Julien Alour ?
Oui, j’aimerais bien, surtout que je n’ai pas pu le remercier sur les notes de pochettes du disque, mais c’est grâce à lui et à ses encouragements après un concert, que j’ai pu concrétiser l’idée de réaliser cet album en trio.
Propos recueillis par Lionel Eskenazi le 06 mai 2010.
retrouvez la chronique de l'album de Sophie sur SOPHIE ALOUR : « OPUS 3 » ****
En prime un petit clip de Sophie Alour ( sur un autre projet)
Hank Jones a décidé d'aller retrouver ses frères. Hank, Thad et Elvin. A 92 ans le pianiste a tiré sa révérence et retrouvé au paradis des musiciens de jazz sa fratrie merveilleuse.
Hank Jones aura joué jusqu'au bout. Il y a un an encore à la Villette il nous aura ébloui avec cette façn si simple de jouer, court, ces standards que l'on aurait presque cru inventés pour lui.
Hank Jones nous en laisse gros sur le coeur.
Je me souviens de ce jour d'été au festival Jazz Baltica près de hamburg. Il jouait avec Joe Lovano. En coulisse j'etais avec Eric Legnini et batiste Trotignon. Nous en avions des larmes aux yeux tant il s'agissait de pure beauté. De cette façon de jouer old style comme plus personne n'ose le faire aujourd'hui.
Hank Jones emporte avec lui, au paradis du jazz, cette hsitoire qu'il a crée et qui, presque centenaire lui donnait encore cette incrable fraîcheur de jeu.
Après ce fameux concert j'etais allé le voir dans sa chambre d'hôtel où il avait bien voulu me consacrer gééreusement du temps.
C'est cette interview que nous avions pubié en septembre que nous vous proposons aujourd'hui.
DNJ : Vous et Joe Lovano semblez vous être parfaitement trouvés. D’où vient cette complicité ?
H.J : Joe et moi avons fait plusieurs Cd et nous avons fait ensemble une tournée très importante (NDR : en 2008). On se connaît bien tous les deux, nous sommes musicalement sur le même plan. Je ressens les mêmes choses que lui quand il joue et j’essaie de le supporter musicalement autant que je peux quand il prend ses solos. C’est une question de feeling quand on joue ensemble. Je me sens relax et je pense que lui aussi.
DNJ : Vous êtes tous les deux ancrés dans les racines du jazz
Je ne sais pas trop ce que cela veut dire mais par exemple si vous prenez Joe Lovano, il a longtemps joué dans les big band. Il a ainsi beaucoup joué dans les big band de Thad Lewis et Mel Jones (rires) euh, Thad Jones et Mel Lewis je veux dire. Et avant il a beaucoup joué avec des gars de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait que, certainement nous partageons les mêmes racines.
DNJ : On a le sentiment que votre jeu s’épure de plus en plus. Que vous n’avez rien à prouver. Vous semblez être dans une approche directe au cœur des gens. C’est une démarche volontaire ?
Quel que soit l’instrument que vous jouez, vous devez jouer ce que vous ressentez et pas ce qu’un autre joue. Vous ne devez imiter personne parce que si vous faites cela vous perdez votre identité, votre âme. Vous devez toujours être vrai.
DNJ : Qu’est ce qui vous motive aujourd’hui pour jouer. Qu’est ce qui vous challenge ?
Quand je joue avec d’autres, il n’y a jamais aucune compétition dans mon esprit. La seule compétition qui existe c’est une compétition avec moi-même parce que depuis toujours j’essaie de jouer mieux que ce que je jouais avant. De concert en concert j’essaie de progresser, c’est vraiment ce que je souhaite faire. Et tous les musiciens devraient être dans cet état d’esprit même si parfois je sens qu’il n’en est pas ainsi. Si vous voulez avancer, vous améliorer, progresser techniquement, vous devez faire l’effort qu’il faut pour y arriver. Les choses changent, tout le temps. Je pense que mon jeu a tout le temps changé tout simplement parce que les choses, le monde change. Et même si c’est imperceptible, ma façon de jouer change forcément tout le temps. Je joue différemment maintenant qu’il y a 20 ans. Et je pense que, pour la plupart des musiciens, il en est ainsi tout simplement parce qu’ils essaient toujours de progresser dans leur jeu.
Quant à ma relation avec les autres musiciens, il n’y a jamais eu de notion de challenge ou de compétition. Au contraire je les écoute avec attention. Notamment les jeunes musiciens qui m‘intéressent beaucoup. Je continue à aller les entendre dans les clubs de jazz. Tenez il y a une jeune saxophoniste que j’ai découvert en allant au Smoke à New-York , Eric Alexander (1), c’est l’un des ténors les plus fins que j’ai pu entendre ces dernières années : de belles idées, de l’émotion, une technique rare, précision bref, tout.
DNJ : Quand vous jouez comme ce soir des standards comme Polka Dots and Moonbeams ou In a sentimental mood, vous pensez pouvoir découvrir encore de nouvelles choses ?
Il y a peut-être des choses que je peux découvrir pour la première fois mais en même temps quand vous jouez quelque chose pour la première fois avec quelqu’un c’est aussi la première fois que l’autre joue avec vous. Ce sont donc des occasions où l’on redécouvre tout.
DNJ : Quels ont été les moments les plus importants de votre vie, musicalement ?
Je crois que c’est lorsque j’ai eu la chance de travailler avec Ella Fitzgerald. Ensuite c’est certainement lorsque nous avons travaillé avec le Jazz At Philarmonic ( JATP). La troisième c’est lorsque j’ai rejoint le personnel de CBS où je suis resté 17 ans. Mais il y a tant de choses. Travailler avec Charlie Parker est aussi une des choses les plus marquantes.
Mais il y a eu tant de choses dans ma vie musicale. J’ai grandi dans une communauté près de Pontiac où chacun était très religieux. On allait chanter à l’église. On adorait chanter tous ces gospels. Et il y avait des groupes qui venaient de Detroit chanter Swing low swing Chariot et tout ces bons vieux trucs. C’est ça mon background et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué, au départ.
DNJ : Avez-vous eu, vous et vos frères ( Thad et Elvin) le choix de devenir musicien ?
Vous savez, je suis venu au jazz progressivement. J’ai d’abord fait des études musicales, des études classiques. Mais vous savez on me disait aussi qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique pour des pianistes comme nous. Mais à l’époque j’ai vite joué avec des groupes locaux qui venaient tout droit de Detroit, de Pontiac, de Cleveland et bien sûr de New York. Quand j’étais à New York j’ai entendu Lucky Thompson que je considérais comme l’un des meilleurs sax ténors (avec Don Byas qui était d’ailleurs le héros de Lucky Thompson). A cette époque il jouait avec Wardell Gray. Il m’a dit que Hot Lips Page cherchait un pianiste. C’était en 1944 je crois. Je me suis dit, pourquoi pas et j’ai alors rejoins son groupe. J’avais 26 ans. On a tout de suite fait une grande tournée. J’ai appris tout de suite quelque chose à propos de ces tournées « never do that again ! » : vous voyagez dans des conditions épouvantables, vous passez d’une ville à l’autre, vos vêtements sont toujours froissés ou sales, vous mangez mal. C’est éprouvant !
Vous dites qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique lorsque vous avez démarré vos études musicales. Vous est-il arrivé de le regretter ?
Non j’ai dû faire un choix et je suis allé dans le jazz et cette décision je ne l’ai jamais regrettée. J’avais mes héros qui valaient bien ceux du classique : Art Tatum, Fats Waller, Teddy Wilson. C’étaient de bons modèles pour moi. Mais je n’ai jamais essayé de les imiter note pour note. Ce n’est pas une bonne méthode. Parce que, comme je le disais, si vous essayer de copier quelqu’un note pour note vous ne pouvez pas être vous même. Vous ne pouvez pas trouver votre propre identité. Mais il faut nourrir ce que vous êtes et ce que vous allez devenir, en écoutant beaucoup les autres musiciens.
Ma mère, qui est morte maintenant, a toujours soutenu mon choix.Quand elle est morte j’étais jeune mais elle a quand même pu m’entendre jouer . Elle a été surprise elle-même. Mais c’est uniquement parce qu’elle insistait pour que je travaille et travaille encore quand j’étais gamin. C’est pour cette raison que j’en suis là où je pense ou du moins j’espère en être aujourd’hui.
Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 5 juillet 2008
Hank Jones né à Vicksburg, Mississipi le 31 juillet 1918
Hank Jones est né d’une famille qui a donné naissance à deux autres célèbres jazzmen, le trompettiste et compositeur Thad Jones et le batteur de John Coltrane Elvin.
Hank Jones débute en 1944 à New York dans l’orchestre de Hot Lips Page puis joue avec les plus grands, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (de 1947 à 1953)
Après quelques années durant lesquelles il joua avec Artie Shaw, Benny Goodman, Lester Young, Milt Jackson, Cannonball Adderley, et Wes Montgomery, il rejoignit le personnel de CBS. Vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, Jones continua à enregister énormément, en tant que soliste, en duo avec d'autres pianistes (incluant John Lewis et Tommy Flanagan), ou encore avec différentes sortes de petites formations, la plus connue étant le Great Jazz Trio avec Ron Carter et Tony Williams.
Hank Jones vivait à New York.
Hank Jones est mort dimanche 16 mai 2010.
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