Les Dernières Nouvelles du Jazz

DVD jazz


Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /2008 07:33

Jazz Icons 2007


Dexter.jpg

La collection des DVD «  Jazz Icons » de l’éditeur Naxos est, disons le tout net une petite merveille. A juste titre d’ailleurs récompensée par l’Académie du Jazz qui à l’occasion de sa dernière session donnait pour la première fois un prix à un DVD. Signe des temps
…!…Récompense largement méritée si l’on en juge par la qualité du support éditorial. Pensez, pas moins de 21 pages de liner notes avec explications de texte, photos, mise en perspective, travail de journaliste allant jusqu’à interroger aujourd’hui certain des protagonistes encore vivants, crédit photographique puisant dans des images d’archives de qualité illustrant judicieusement cette mise en perspective et enfin analyse plus ou moins poussée des concerts proposés. Ces films d’archives que les éditeurs sont allés chercher (avec un grand soin dans la sélection) en club ou lors d’émission de radio ou de télévision (pour l’essentiel dans les années 60) sont, pour tout jazz fan, un outil ultra précieux. Un vrai travail de choix des images est ainsi réalisé où la sobriété le dispute au sens du détail et du respect du temps musical. Du vrai bon boulot qui ne se contente pas comme le font certains (en très grand nombre par les temps qui courent) de vider les fonds de tiroirs et de mettre sur le marché de l’image à consommer tel quel sans le moindre commentaire.

Et dans cette belle collection il est quelques petits bijoux dont on ne se lassera jamais et qui pourraient bien devenir le complément absolument indispensable de votre discothèque. Il y a celui sur John Coltrane (tapant le boeuf avec Stan Getz), celui avec Wes Montgomery. Celui sur Dexter Gordon pourrait bien être l’un de ceux là.

Lorsque Dexter Gordon enregistrait cette série de concerts donnés en clubs en Hollande, en Suisse et en Belgique entre 1963 et 1964, il était déjà européen d’adoption et vivait à l’époque au Danemark où il avait l‘habitude de se produire au célèbre Café Montmartre. A l’époque, ses multiples arrestations lui avaient coûté sa fameuse carte lui permettant de jouer dans les clubs de la Grosse Pomme et l’avaient contraint à l’exil. Dexter alors était âgé de 40 ans et se trouvait au sommet de son art, dans un état de plénitude comme on peut s’en rendre compte au travers des multiples enregistrements phonographiques de l’époque publiés sous le label Steeplechase. Ici, la preuve éclatante en est simplement apportée par l’image Les trois premiers morceaux sont issus d’une séance en Hollande enregistrée pour la télévision néerlandaise. Dexter accompagné de la rythmique type de l’époque jouait avec G. Grunz (p) et Daniel Humair ( alors tout jeune batteur). Un What new admirablement filmé domine cette partie. Chorus de Dexter absolument renversant de facilité, de sensualité. Extra terrestre. Les deux morceaux suivants furent captés à Lugano en Suisse et enfin les 3 derniers à jazz Prisma en Belgique.

Alors se succèdent ces images rapprochées de Dexter suant à grosses gouttes, Dexter au plus près de cet instant, mais Dexter s’en fout, car Dexter a quitté ce monde, Dexter s’envole avec son saxophone dans une sorte de dimension dans laquelle définitivement nous ne sommes pas. Mais qu’il nous permet, en rêve d’approcher un peu

Jean-Marc Gelin

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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 22:49

JJJJ(J) Non stop travels with Michel Petrucciani - Live in StuTggarT

De Roger Willemsen

 

petruciani-dvd.jpg C’est bien plus qu’un travail que livre là Roger Willemsen. Plus qu’un hommage bien sûr et plus encore qu’un témoignage, une sorte de déclaration d’amour fraternelle entre lui et son sujet Michel Petrucciani. Et il ne peut pas en être autrement pour parvenir à tant de complicité, tant de liberté dans l’échange et tant de sincérité aussi. Alors entre eux tout est dit, rien n’est éludé et naturellement tous les thèmes sont abordés tout au long de ce chemin que nous parcourons en 1995 avec Petrucciani de San Francisco, à Paris et enfin à New York. Et il faut rendre hommage à la simplicité, à l’humour et à l’immense force du pianiste avec qui il était possible de parler de tout, de la vie, de la maladie, de la souffrance, de la mort, de l’amour et de ses souvenirs d’enfance sans la moindre gêne.

 

Ce DVD n’est pas un inédit et il avait été diffusé il y a quelques années par la chaîne Arte. Beaucoup le connaissent donc déjà. Il est complété par un concert donné par le pianiste à Stuggart en février 1998 moins d’un an avant sa disparition en janvier 1999.

 

Michel Petrucciani dont jamais autant que dans ce DVD nous n’avions pu percevoir la force titanesque qui l’habitait. Et nous ne parlons même pas de son courage même si toujours il s’impose d’évidence. Nous parlons de ce regard pétillant et malicieux toujours porté sur le futur de lui-même. Cette gourmandise de la vie autant que cette volonté farouche de la mordre à pleine dent

Les rires succèdent aux moments d’émotion pure. On rit lorsque Petrucciani parle de la mort et de son agnotisme ( je veux bien croire qu’il y a quelque chose après la mort mais si je me suis trompé je demanderai à ce que l’on me renvoie sur terre !) et l’on pleure lorsque Charles Llyod, 20 ans après leur première et magnifique rencontre, reprend la même prose qu’une photo de l’époque et lui dit combien il est aujourd’hui un homme fier de lui. Petrucciani parle de tout très simplement. Il évoque son père, musicien pour qui il avait une admiration sans borne ( terrible souvenir de cette séance de répétition tant attendue et tournant au désastre),  il évoque le jazz et un peu son regard sur les autres pianistes. On rit encore lorsqu’il raconte ce thème qu’il avait composé pour Charles Llyod « She did it again » que d’aucuns croient dédiés à une femme et qui en fait raconte l’histoire de Josy, la chienne de Charles Llyod qu’il emmenait en voiture et qui ne cessait d’émettre des pets insupportables ! On frémit lorsque Roger Willemsen ave une infinie délicatesse pose à Petrucciani la question de la souffrance. Moment terrible.

Ce voyage réalisé en 1995 avec Petrucciani le mène en studio lorsque fut enregistré l’album Flamingo avec Stéphane Grappelli et Roy Haynes (ainsi que George Mraz). La rencontre de trois générations de jazzmen mythiques. Et l’on suit Petrucciani concentré et ému à l’écoute d’un chorus de Grappelli et s’en aller voir avec une grande humilité ce vieux monsieur pour lui dire combien il avait été touché par ce qu’il avait entendu. Le DVD s’achève sur un rêve, comme un défi lancé un jour à l’heure du thé dans le jardin de Charlotte Rampling : Willemsen lançait l’idée de filmer Petrucciani assis devant un piano posé sur le toit d’un building en plein cœur de Manhattan. Quelque mois plus tard un hélicoptère un peu kitsch tournait dans les airs autour de cet homme de génie posé sur le toit du monde et de nos rêves. L’image s’arrête, nous laissant le regret de ne pas avoir connu l’homme. Nous laissant aussi avec le souvenir d’un extraordinaire musicien dont on perçoit aujourd’hui l’empreinte qu’il laisse sur des générations entière de pianistes et qui, irrémédiablement ne cesse de nous manquer.                                                                            Jean-Marc Gelin

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Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /2007 08:42

JL Mahavishnu Orchestra : «  live in Montreux 1974 – 1984 »

Eagle vision 2007




Ce nouveau DVD de la série des « live » à Montreux propose une double approche du groupe légendaire du guitariste britannique John Mc Laughin. On connaît les vicissitudes qui ont émaillé la vie de ce groupe maintes fois dissous et maintes fois reconstitué.

Du coup Eagle Vision nous propose deux concerts. Le premier proposé dans son entier propose est un concert de 1984 dans une version qui sentait déjà un peu la fin du groupe et où il était surtout question d’y entendre sa belle association avec Bill Evans (le saxophoniste, pas le pianiste !!). Pour le reste, ça déroule en toute sagesse un tapis jazz rock qui à l’époque déjà avait quelque chose d’un peu désuet.

En revanche gloire et honte à Eagle qui propose un 2ème CD dans lequel on entend sur deux titres très longs la version de 1974 avec Jean Luc Ponty au violon et Gayle Moran aux claviers (La femme de Chick Corea et future membre de Return to Forever). Bien plus intéressant en effet en ce que l’on entend là cette musique en mouvement. Cette musique qui cherche sa voie entre jazz, rock et pop ne manque pas en effet de belle inventivité dans le sillage tracé quelques années avant par Miles dans Silent Way et sur lequel Weaver Report ou Return to Forever de Chick Corea traçaient leur route.  Mc Laughin en grand ordonnateur impose le blues comme le rock le plus lourd, prolonge le son d’un quatuor à cordes tandis que Ponty lui-même au violon s’inscrit dans la résonance de sa guitare. Quel dommage qu’à cette époque le batteur Billy Cobham ait déjà quitté le groupe et qu’il ne nous soit pas donné de l’entendre.

Mais la supercherie vient surtout de ce que cette version de 74 n’offre que deux titres, les autres étant uniquement audio ce qui, pour un DVD est franchement limite et doit nous inciter à la prudence avant de nous précipiter sur cette production somme toute très moyenne.                                                                                       

Jean-Marc Gelin

 

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