Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chroniques CD


Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /2010 22:30

 

Fresh Sound New talent 2010

Ramon Fossati (tb, conques), Olivier Brandily (as,fl, clb), Laurent Bronner (p), Nicolas Rageau (cb), Luc Isenmann (dm), + Marti Serra (ts), Giulia Valle (cb)

 

 

freaks.jpg

Ça,  on aime bien ! Disons le tout net. Car voilà des petits jeunes qui, si vous les écoutez, ne manqueront pas de vous donner une sacrée pêche du genre à sortir de chez vous et à aller dans la rue avec l'envie d'embrasser la bignole ou la première pervenche venue quand bien même celle-ci serait en train de vous aligner un PV méchant.  Car moi je vous l'dit, s'agissant d'un disque produit par un label Catalan, ces espagnols sont bels et bien irrésistibles ! C'est bien simple, ils gagnent tout ! Car Fresh Sound New talent le label que l'on avait un peu tendance ces dernières années à cataloguer dans un jazz new-yorkais saxophonistique un peu formaté nous prend ici à contre-pied dans une formule franco-espagnole que l'on n’attendait pas. Ce groupe qui puise allègrement ses influences clairement assumées et appuyées du côté de Ellington, de Mingus et de Carla Bley a tout compris de ce jazz inventif, pétillant et même audacieux. Bigrement bien écrit et sacrément bien joué (on pense notamment à ce diable de Ramon Fossati au trombone, sorte de Gianluca Petrella à la mode ibérique) ce jazz là vous donne envie d’en réécouter et d’en rrécouter encore.

Freaks ou Chicken sont deux pièces assez clairement "Mingusiennes", dans lesquels le collectif et les solistes font corps dans une approche presque jungle. Les musiciens semblent s'amuser dans l'interprétation de ces morceaux très exigeants où rien n’est stable et surtout pas linéaire. Le pianiste Laurent Bronner joue les subtils décalages et la musique évite les lignes straight pour déraper avec un grain de folie soutenu par un Ramon Fossati qui entraîne ses partenaires sur un terrain joyeusement instable. Avec Naked Snake on est dans un univers à la Quincy Jones ou à la Oliver Nelson avec cet art subtil, et sensuel de faire sonner cette danse du serpent comme un big band très 60's avec ces cuivres au swing lascif.  45ème angleest une sorte de comédie à l'italienne, facétie musicale alerte et mutine. Et toujours , tout au long de l’album le soin extrême porté au travail sur l'écriture, la masse orchestrale et les arrangements dans un bazar bien organisé et jamais trop sage. Où chaque morceau fait l'objet de développements travaillés, de tiroirs qui s'emboîtent sans jamais perdre en cohérence. Sur K l'univers est plus sombre mais toujours avec ce décalage où le swing joue les contretemps. Enfin l'album se termine par un Line 475 signé de Fossati qui évoque plus la Nouvelle Orléans et les fanfare bop -funky. Et pour tout dire tout au long de ces 9 plages, le temps s’est écoulé avec une admirable fluidité.

De quoi sortir de cet album avec en tête une musique à la légèreté fondamentalement ancrée dans les fondamentaux du jazz. c'est à la fois exigeant et terriblement enthousiasmant. Ca n'oublie jamais que le jazz parle autant à la tête qu'aux pieds et, combe du luxe, ça parvient à ne jamais se prendre trop au sérieux. Une totale réussite. Et viva espagna !

 

ma pommeJean-marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /2010 12:43

Mariage RJM 06 09 148
la-grande-forge.jpgLabel Forge
Mai 2009
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Article paru le 20/06/2010

 

Voilà donc le dernier opus de « La Grande Forge », collectif grenoblois de huit « compositeurs improvisateurs réunis » pour notre plus grand plaisir : ces instrumentistes chevronnés, à la belle ardeur s’entendent à merveille pour conduire leur équipage dans un voyage sonore aventureux.
La musique partagée ne cesse de raconter une histoire, comme une petite suite entre le morceau inaugural  "Looking glass #2" et la reprise finale "Through the looking glass #2"  : on se laisse couler et emporter dans le creuset, comme le métal brûlant qui arrive à fusion. Mais une fusion nouvelle qui briderait ses passions.  Un groupe moderne, post moderne peut-être ?
Cette musique techniquement parfaite déploie  une énergie constamment canalisée, entrecoupée de surprises vocales (la violoniste Takumi Fukushima  aux déclarations plus ou moins brutales (Vie russe ), d’échanges permanents sans clichés entre un clarinettiste allumé Michel Mandel, un saxophoniste pluriel Yves Gerbelot, Fred Escoffier aux claviers électriques bien dosés, un trompettiste Patrice Bailly qui strie l’espace d’aigus affûtés, alors que Pascal Berne, à la contrebasse et Emmanuel Scarpa, à la batterie assurent une rythmique complexe, élégante et néanmoins puissante.
Une partition musicale effervescente mais cohérente avec des solis menés à vive allure sur des compositions partagées entre tous, même si l’on reconnaît le sens des arrangements du pianiste François Raulin ( Pollock Jackson )  et un certain talent à Emmanuel Scarpa ( cofondateur avec Fred Escoffier du trio « Umlaut ») : on passe facilement de l’hypnotique "Témoin indésirable"  au valsant  "Des Kinder" au repas,  sans oublier les hoquets et chuchotements d’" Epure", tant ces voix s’élèvent avec bonheur et complicité, équitablement : décidément on aime à s’approcher du feu attisé par le soufflet de La Grande Forge, qui, sans trop marteler, fabrique de précieux alliages et des textures sonores toujours surprenantes.

Sophie Chambon

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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /2010 12:13

Wayoflife.jpg

 

Act - 2010

Article paru le 20/06/2010

 

EVENEMENT!

 

Céline Bonacina (bs, as, ss, voc), Nicolas Garnier(elb), Hary Ratsimbazafy(dr, perc, voc), Nguyên Lê (elg sur 3, 7, 11, 12)

 

Site

 

Le trio de Céline Bonacina, connu aussi sous le nom de Alefa!, avait marqué les esprits avec son premier album « Vue d’en haut ». Aujourd’hui, « Way Of Life » sonne la naissance d’un nouveau trio avec l’arrivée de l'excellent Nicolas Garnier à la basse électrique. Le batteur malgache Hary Ratsimbazafy est fidèle au poste et se présente comme un batteur polymorphe et très efficace. Céline Bonacina montre à nouveau qu'elle est probablement la plus grande saxophoniste baryton de la scène française. Voilà, le décor est planté et semble bien avoir pris depuis un an. En effet, le trio est lauréat du concours Jazz à Vienne 2009 et "Way of Life" parait chez Act - le label allemand de Siegfried Loch - avec qui Céline Bonacina signe un contrat d'artiste. Cas devenu très rare de nos jours. Enfin, le guitariste Nguyên Lê, d'abord venu pour jouer sur quatre titres, est galvanisé par la musique du trio. Il participe alors de manière prégnante à la production artistique du cd et à sa finalisation.

Devant l'enthousiasme que suscite le trio, sa musique a bien sûr évolué. "Vue d'en haut" nous avait marqué par sa fraicheur et ses compositions ciselées. Avec « Way Of Life », la musique est moins alambiquée et moins mystérieuse. Car Céline Bonacina est comme desinhibée, joue « straight » et va à l'essentiel en faisant fi des fioritures ego-narcissiques et de la performance. Sa musique est astucieuse et évidente par sa clarté, totalement jubilatoire et vibrante. L’accent est mis sur le métissage des genres afro (La Réunion, Afrique, jazz, fusion) et le sax baryton, à la fois instrument soliste et rythmique, tient la place centrale du disque (on rend hommage à l'excellente prise de son). Nguyen Lê apporte la coloration fusion/jazz-rock de l'album et Hary Ratsimbazafy déploie de très solides rythmiques (« Ekena », « Entre deux rêves » rappelle les ambiances Mahavishnu), colonne vertébrale de cette musique. Les quelques nappes musicales ajoutées en post-production et les vocalises densifient la texture des pièces et agrémentent les mélodies. Bonacina œuvre à la résonance de son instrument et lui confère un groove transcendé. Le côté tribal de la musique explose dans son instrument : souffles, respirations, ronronnement, growl font partie intégrante du groove Alefa!. « Way Of Life » fait vibrer et procure un bien fou. On le dévore sans interruption. Elle fait quoi en ce moment Bonacina? Elle avance...

 

Jérôme Gransac

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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /2010 10:29

 

 

CANDID 2010

Pete Judge ( tp, fchn), Jake McMurchie (sax), Jim Barr (g,b), Clive Deamer (dm)

get-the-blessing.jpg

 

Lorsque deux membres du groupe Portishead s'accoquinent au jazz, cela peut donner, on s’en doute quelques surprenants résultats. Ce premier album de Get The Blessing produit par le bassiste du groupe de pop anglais, porte ainsi la marque d'une musique qui marche constamment sur ses deux jambes, le jazz et l’improvisation ternaire d’un côté et la pop anglaise avec sa rythmique lourde et noisy de l’autre.

Car ce groupe britannique venu de Bristol (comme Portishead) entend bien donner un coup de pied dans la fourmilière et faire exploser les lignes. Si jazz il devait y avoir, c’était au départ plutôt du côté d’Ornette Coleman dont le groupe s’inspirait lorsque dans les années 2000, il jouait dans les clubs de Bristol. Mais c’est aujourd’hui totalement vers un autre univers qu’ils se tournent, un autre son qu’on chercherait plutôt entre leurs racines trip-hop, acid jazz (Bugs in amber) et les résonances africaines des Ethiopiques (The word for moonlight is moonlight). Mais ce qui marque l’originalité de ce groupe c’est avant tout et surtout l’apport très fort de Jim Barr et de Clive Deamer respectivement bassiste et surtout batteur du mythique groupe pop qui viennent là insuffler une toute autre histoire.

Après une entame d'album pas terrible qui joue un peu à l'esbroufe sur sirène de police dans le genre " poussez vous on arrive ", on a l'impression que le choc annoncé fait un peu, pshiittt. Il faut attendre le 3ème morceau (Unnameable) pour que le couple basse/batterie reprenne les choses en mains et installe un groove un peu sale que l'on retrouve sur plusieurs titres comme notamment sur The Speed of Dark, moment clé de l'album s'ouvrant sur un rythme tribal et que l’on suit tel un explorateur à la dérive. Il y a aussi quelques tensions extrêmes dans cet album, des passages de punk un peu noisy. Parfois le pari est pris d'assumer le côté plus jazz Ornetto-Colemanien comme dans So it goes. Avec cette alliance des cuivres très jazz et de la rythmique très pop on balance alors toujours entre ternaire et binaire comme dans ce Bugs in amber entre funk et rock lourd. Ce qui amène parfois à une écriture un peu artificielle faite de ruptures sèches.

Dans tous les cas ça s'investit à fond, ça mouille la chemise, ça déchire le sax (Yes I said yes I will Yes). De l’énergie, c’est sûr ces garçons là en ont autant à revendre que des groupes comme Bad Plus ou plus près de nous, No Jazz.

Remarqué par la presse britannique comme the Independant ou encore encensé par la BBC ( Album of the year award), Get the Blessing surfe toujours sur la même veine un peu cogneuse avec la ferme intention de réinventer le genre.

La conclusion de l'album avec ses bruits de  fonds et ses craquements renforce l'impression d'un album un peu garage, fabriqué avec les moyens du bord. Ce work in progress, dont on espère qu’il ne tombera pas dans les pièges d’un marketing un peu forcé ( voir le site du groupe et les clips qui vont avec….) devrait rapidement nous montrer qu’au fond des caves anglaises la musique se réinvente toujours.

A découvrir en concert. Avis aux programmateurs

  ma pomme

 

 

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