Act 2009
Paisible bien-être que nous offre le coté Soul de cet album. Ida Sand est une somptueuse voix suédoise, enrobée pour l’occasion par deux guitaristes, Ola Gustafsson et Mattias Torell. En
hommage aux racines les plus profondes de l’Amour, « True Love » est un album entièrement Pop, manifestement composé et interprété par des musiciens de Jazz, en témoigne la présence de
l’excellent flûtiste Magnus Lindgren (« True Love »), utilisant aussi une clarinette basse (« Manic Depression » de Jimmy Hendrix). Le disque débute d’ailleurs par une
introduction à la trompette de Peter Asplund. Au fil de cet opus usant de troublantes ressemblances avec la célèbre Motown, nous pouvons nous apercevoir que le bassiste Peter Forss et le batteur
Per Lindvall forment une solide paire de musiciens rythmiques. La vocaliste nous fait aussi partager son (naïf) plaisir de jouer du Fender Rhodes (« Notice Me »). Par la suite,
« The weight » est un véritable nuage. Laissons-nous emporter par la ferveur du Blues présent dans ce morceau, notamment grâce au « bottle-neck » d’une guitare au son boisé,
comme si elle était tout droit issue de l’Alabama. Mais attention, cette même guitare peut être électrique, ayant une sonorité suave et nonchalante, embaumée par la noblesse d’une distorsion
rugissante. Certains morceaux sont composés par Ida Sand en personne, divinement accompagnée par Ola Gustafsson, qui participe lui aussi fortement à la direction artistique (étant plus connu sur
la scène Pop-Rock suédoise). D’autres pièces de cet audacieux projet font l’objet d’arrangements d’un répertoire orienté plutôt seventies, avec entre autres, les reprises de « Who’s Gonna
Help Brother Get Further » d’Elvis Costello, de « Heart Of Gold » de Neil Young, ou bien encore « Redemption Song » de Bob Marley. Il manquait aussi
quelque chose à cette définition de l’Amour qui constitue cet album : un standard, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de cet énorme pavé du Jazz qu’est « Loverman ». Ce
standard incontournable est interprété de la façon la plus intime, en duo trompette et voix-piano. Passionnément réalisé avec soin, ce disque est un véritable voyage, pas simplement autour d’une
culture pseudo-scandinave, mais à travers une magistrale voix de la Black Music. Tristan Loriaut
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88 Trees 2009
Dans ce nouvel album entièrement composé et produit par Laurent Coq, c‘est un quartet très « américain » que donne à entendre le pianiste qui pour l’occasion est allé enregistrer
outre atlantique, dans le New Jersey. On sait qu’avec Jérôme Sabbagh ils ont vécu (ou vivent encore) à New York et que, si le pianiste tout comme le saxophoniste ne sont pas à
proprement parler natifs de la Grosse Pomme ils sont néanmoins fondamentalement New-Yorkais d’adoption et de jazz. Baignant dans la même musique générationnelle que les Donny Mc Caslin ou les
Dave Binney dont on les sent particulièrement proches, ils jouent un jazz de quartet à l’élégance raffinée. Et l’on dit « jazz de club » ici comme d’autres diraient « jazz de
salon ». Car si cet album présente moins d’originalité que celui qu’il présentait avec David El Malek et Olivier Zanot, il repose toujours sur le savoir faire de l’écriture de Laurent Coq,
toute en finesse et en délicatesse exquise. Les individualités de ce quartet s’illustrent merveilleusement bien dans ce jeu à fleuré moucheté et l’on remarquera notamment l’émergence de Damion
Reid batteur jusque là presque inconnu (il joue avec Robert Hurst ou encore Robert Glasper) et ici expert en dentellerie sur mesure ( il faut écouter Eight Seasons in One Summer
pour s’en convaincre).
Pourtant si raffinée que soit cette écriture, elle apparaît ici légèrement répétitive un peu comme si Laurent Coq avait décliné 8 fois la même thématique musicale, la même structure à
laquelle il apportait chaque fois des nuances subtiles.Ainsi la plupart des morceaux se concluent ils avec le même système de coda renforçant le sentiment d’une musique circulaire comme plusieurs
étapes d’une seule et même suite.
Avec une réelle modestie et un sens de l’abnégation Laurent Coq comme il le fait souvent, ne s’affiche pas, ne s’expose pas préférant mettre en valeur le jeu de ses partenaires. Suprême
élégance. Mais surtout ce que dit Laurent Coq relève toujours du subtil. Du cousu main où l’improvisation semble ici naturellement écrite, coule de source comme partie intégrante de son discours.
On pense parfois à Konitz et Marsh, on pense aussi souvent à Tristano. Comme toujours dans les albums de Laurent Coq il y a aussi un sens savant de l’équilibre dans l’intensité très maîtrisée du
son. Et à ce jeu-là Jérôme Sabbagh s’y fait l’interprète toujours élégant de la musique du pianiste comme dans ce Circle 57 où derrière une façade très
« formatée » le jeu du saxophoniste recèle de fines nuances sensibles.
Pas forcément majeur dans la carrière du pianiste, cet album lui ouvre néanmoins de nouvelles voies et confirme ce que nous savions déjà, à savoir l’art de Laurent Coq de
faire sonner un quartet et de l’emmener toujours sur des voies douces et sensuelles qu’il semble parcourir dans un murmure délicat. Jean-marc Gelin
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Zig-Zag 2009
Matthieu Donarier, Tony Malaby (ss, ts), Stéphane Kerecki (b), Thomas Grimmonprez (dm). Septembre 2008.
Si vous êtes sensibles aux sonorités amples, foisonnantes et sensuelles du saxophone, si vous aimez être transportés par les polyrythmies du jazz afro-américain (même s’il est joué par des
musiciens blancs) et particulièrement réceptifs aux transes euphorisantes de John Coltrane, enfin si vous êtes un peu las des accompagnements harmoniques des pianistes de jazz, alors n’hésitez
surtout pas à vous procurer ce magnifique troisième album de Stéphane Kerecki. Une aventure musicale hors du commun vous attend, portée par deux formidables saxophonistes : le français
Matthieu Donarier et l’américain Tony Malaby, jouant tous les deux du ténor ou du soprano suivant les titres. Stéphane Kerecki a eu l’idée géniale d’utiliser ces deux souffleurs, au jeu fort
différent, à travers une ligne mélodique continue, jouant à l’unisson ou en contre-chant et proposant des chorus très inspirés. C’est une bien belle trouvaille que de mettre
ces deux singulières sonorités sur la même longueur d’onde, celle de l’improvisation spontanée et de la portée spirituelle du jazz (avec des réminiscences Coltranienne et un clin d’œil à Olivier
Messiaen à travers la relecture de ô Sacrum Convivium). Sur Macadam, Tony Malaby au ténor (côté droit) entrelace sa chaude sonorité avec celle de
Matthieu Donarier au soprano (côté gauche) dans une euphorie fusionnelle où la richesse musicale se conjugue avec le plaisir et le bonheur. Lorsqu’ils sont tous les deux au soprano, on passe d’un
duo au son très pur et boisé, évoquant une promenade matinale en forêt (A L’air Libre), à un groove rock imparable et intense (Palabre). Mais c’est
peut-être sur les très beaux développements mélodiques de Fable, que leur complémentarité apparaît la plus évidente (Donarier est cette fois au ténor et Malaby au soprano).
Thomas Grimmonprez est un batteur qui fourmille constamment d’idées, il nous fait penser aux plus grands, aussi bien à Elvin Jones qu’à Daniel Humair. Son jeu foisonnant et inventif fait
merveille sur les tempos rapides (Palabre) et médiums (Houria) ainsi que sur les ballades comme Un Ange Passe, où il distille un
sensuel climat d’effleurement. Enfin Stéphane Kerecki est un contrebassiste à la sonorité superbe, il sait se mettre en retrait tout en construisant de remarquables lignes de basse, qu’il place
au centre de l’architecture de ses compositions aux superbes mélodies. Pour la troisième fois et plus particulièrement avec Houria, Stéphane Kerecki cumule avec talent et
pour notre plus grand plaisir, les rôles de contrebassiste, leader et compositeur : Hip, Hip, Hip, HOURIA. Lionel Eskenazi
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