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Interviews


Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 07:19

« Exposer Miles, c’est exposer le jazz »


© Eric Garault

 

DNJ : Pourquoi une exposition aujourd’hui en 2009 sur Miles Davis ?

 

Vincent Bessières : Cette exposition s’inscrit dans une série de célébrations de grandes figures populaires de la seconde moitié du XXe siècle. Elle vient après Jimi Hendrix, Pink Floyd, John Lennon, Serge Gainsbourg. Et la Cité de la musique avait le désir de consacrer l’une de ces grandes expos monographiques à une personnalité-phare du jazz et la figure de Miles Davis s’est imposée comme l’une de celles qui non seulement était populaire, donc susceptible de toucher un certain public, l’un des grands créateurs de la musique du XXe siècle mais aussi comme une personnalité centrale du jazz par le nombre de directions qu’elle a pu donner au jazz. Du coup faire une exposition sur Miles Davis, c’est quand même faire une exposition sur le jazz, même si c’est Miles qu’on prend comme fil rouge. Parler de lui, c’est parler du be-bop, du cool, des arrangements avec Gil Evans, du jazz modal. C’est couvrir un demi-siècle d’évolution du jazz.

L’autre raison qui fait que 2009 est une bonne année, c’est qu’elle marque un triple anniversaire donc symboliquement c’est important. C’est le soixantième anniversaire de la première venue de Miles Davis à Paris, épisode fondateur dans son parcours personnel tant du point de vue artistique qu’affectif. Il quitte les États-Unis en 1949 parce qu’il est invité comme représentant du jazz moderne, non pas dans un club mais dans le premier festival de jazz organisé à Paris après la guerre et qui se déroule à la salle Pleyel, une vraie salle de concert classique. Précisons qu’il n’a alors que 23 ans. Il est accueilli et attendu comme un ambassadeur du jazz moderne puisque avant même qu’il ne soit là, il y a des articles dans la presse, qui sont présentés dans l’expo, qui montrent qu’on a déjà une oreille sur lui. Il est accueilli par l’intelligentsia de  St Germain des Prés, et notamment Boris Vian, comme un créateur et pas simplement comme un musicien qui vient divertir un public de club. Du point de vue affectif, il y a la légendaire amourette avec Juliette Greco qui symbolisera pour Miles une liberté de sentiments et même une liberté sociale que la société américaine de cette époque, à cause de la ségrégation, lui empêche d’éprouver à New York. 2009, c’est aussi le cinquantenaire de « Kind Of Blue », l’un des albums fondateurs dans l’histoire du jazz car il a popularisé le jazz modal. C’est encore à ce jour le disque de jazz le plus vendu au monde. C’est un classique du jazz. Le troisième anniversaire, c’est le quarantenaire de l’enregistrement de « Bitches Brew », l’album qui marque l’avènement du jazz-rock et qui est emblématique de la révolution que Miles Davis a faite dans sa vie. Après avoir exploré un genre, le jazz, il en a fait exploser les frontières en s’ouvrant à des instruments, à des rythmes, à des couleurs, à des influences qui n’avaient pas leur place jusque-là dans le jazz. À partir de là, rien n’a plus été comme avant. Même s’il y a eu des courants de retour aux sources et de traditionalisme dans le jazz, c’est justement en réaction à cette ouverture que Miles a donnée au jazz qui est irréversible et fondatrice pour cette musique.

DNJ : Il y a donc selon vous une rupture dans la carrière de Miles quand il passe à l’électrique en 1968 ?

 

VB : Je préfère parler de virage et c’est ce qu’on voit bien dans l’expo :  on laisse Miles Davis en 1967 en Allemagne, en costume, devant un public assis, dans un film qui est en noir et blanc, devant un public de concert traditionnel. On le retrouve trois ans après et tout a changé. L’environnement sonore : il n’y a plus de piano mais deux claviers électriques, la contrebasse a été remplacée par une basse électrique et il y a un percussionniste complètement allumé dans l’affaire qui amène des couleurs et du groove avec tout un attirail d’instruments. C’est un concert en plein air, devant une foule de hippies. En trois ans, ça a complètement muté et à partir de là Miles ne reviendra pas en arrière. Surtout cela correspond à l’ouverture à un nouveau public et à des critiques très dures du monde du jazz.

 

DNJ : En tant que commissaire de l’expo, comment avez-vous abordé le difficile défi d’exposer la musique ?

 

VB : Avec la Cité de la musique et les scénographes de Projectiles, nous avions le désir de mettre la musique au centre de l’exposition, car c’est ça l’œuvre qu’on expose et c’est à ça qu’il faut rendre justice. On a donc littéralement mis la musique au centre et construit des murs autour en réalisant ces petits auditoriums plus ou moins circulaires dont la forme est inspirée de la sourdine Harmon que Miles a popularisée et qui est une sorte de signature chez lui. Ces auditoriums dans lesquels on peut rester à plusieurs sont des lieux de diffusion de la musique, réglés par un ingénieur du son. J’avais envie d’offrir au visiteur un contact direct, une confrontation avec la musique pour provoquer un choc émotionnel. Il y a également un dispositif d’écoute secondaire pour ne pas brouiller le son et avoir trop de sources de diffusion qui est un système « plug and play » où chacun peut venir avec son casque et écouter s’il le souhaite des interviews, des morceaux…

 

DNJ : Comment avez-vous choisi les objets et documents présentés ?

 

VB : Tout ce qui est présenté dans l’expo, des tableaux aux documents de Teo Macero, en passant par les partitions, les trompettes, les photos, les videos, les costumes, les pochettes de disque sont des éléments de contextualisation de la musique. Tous ont été choisis pour cela. Montrer les partitions devait avoir un sens car le grand public ne lit pas la musique. Ainsi les partitions de « Birth Of The Cool » sont là pour démontrer le vrai travail d’arrangement, le vrai travail d’écriture par opposition au be-bop où les musiciens jouaient sans partition sous le nez. Chaque objet est là comme un élément d’éclairage de la musique, même les tableaux de Basquiat sont pour moi présents de manière à donner la mesure de l’admiration que Miles avait pour Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

 

DNJ : Pourquoi présenter les trompettes de Miles et le sax de Coltrane par exemple ? Ne serait-ce pas un peu fétichiste ?

 

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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 06:51
interview à retrouver sur All About Jazz


The world of jazz guitar has long been filled with some of the most storied names in jazz history. Artists such as Charlie Christian, Johnny Smith, Wes Montgomery, Pat Metheny and John Scofield have all become recognized as some of jazz's greatest innovators and most prolific performers.

In a day and age when it seems that jazz, and jazz guitar, has been through just about every transition, amalgamation and innovation possible, there are still new voices emerging to take the music forward into unexplored and exciting territory. One of the guitarists that is leading this charge is New York-based picker Jonathan Kreisberg. With a strong foundation in the jazz tradition, and a personal vision of the genre's future, Kreisberg is winning over crowds and critics alike with his albums and concerts held around the world.

 

Kreisberg's playing is not easily categorized, as it draws upon a diverse background of influences, and is constantly challenging the defined conception of modern jazz. His solos portray a player dedicated to absorbing the traditional vocabulary and vernacular of the jazz idiom, skills honed through a solid musical education and by studying on bandstands across the globe. Drawing the listener in with a healthy dose of swing and traditional vocabulary, Kreisberg acts as a skillful guide as he leads his audiences into new and entrancing harmonic and melodic territory, without ever sounding abrasive or disjointed.

This ability, to smoothly transition between established and inventive sonic ground, has helped raise Kreisberg to the upper echelon of today's jazz guitarists, and has firmly established his position one of the genres leading voices.

Apart from being an accomplished improviser and band leader, 2009's Night Songs (Criss Cross) is his sixth outing under his own name, Kreisberg is also a composer and arranger of merit that is continually exploring the possibilities of small group jazz. Kreisberg's albums, like his improvisations, contain a mixture of tunes drawn from the jazz tradition and his own original compositions.

Even when an album contains tunes that are one or the other, such as Night Songs which is a collection of jazz ballads or Unearth (Mel Bay Records, 2005) which is all original compositions, there is still a sense of Kreisberg's dual approach to writing and arranging found within his work.

When approaching a jazz standard, Kreisberg is rarely content to play the track in its original context. Instead, he is constantly looking for new ways to interpret many of the genre's classic tunes, such as his odd-meter rendition of "Stella by Starlight" from the album South of Everywhere (Mel Bay, 2007). On the other side of the coin, Kreisberg's original compositions will often have a sense of the jazz tradition weaving in and out of more modern sounding harmony and melodic phrases, such as the hard-driving composition "Fever Vision" from his 2004 release Nine Stories Wide (Criss Cross, 2005).

With such an array of accomplishments behind him, Kreisberg is showing no signs of slowing down. He is continuing to tour in support of Night Songs and is already at work on his next recording project. With such a busy schedule of performing, writing and recording, it's no wonder that Kreisberg has become one of the genre's young stars, a status that is sure to stick as he moves forward into his musical future.

All About Jazz: You began playing guitar at 10 years of age. How were you introduced to the instrument and had you always been interested in playing guitar?

I initially picked up a guitar after hearing Eddie Van Halen's playing on "Eruption." I was blown away by that great "other worldly" sound he was getting out of his guitar.

It's funny because years later I would realize that Eddie was reaching out for the sounds he'd heard from Allan Holdsworth, who was in turn channeling Coltrane. One of my childhood favorites was Coltrane's album "My Favorite Things," so I guess it all makes sense in a weird sort of way.

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http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=34225&pg=1

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /2009 18:40

À l’occasion de la sortie du nouvel album de l’Oudiste tunisien Anouar Brahem, les DNJ ont rencontré l’une des figures les plus marquantes du label ECM. Anouar Brahem ne cesse de jeter des ponts entre les différentes cultures. Il a contribué à cette ouverture de la musique savante arabe à d’autres horizons musicaux et ses rencontres avec les musiciens venus du jazz restent aujourd’hui encore comme des modèles de syncrétisme auquel il imprime une  forte dimension poétique. A 57 ans Anouar Brahem qui vit à côté de Carthage, pas loin de Sidi Boussaïd, fait déjà figure de légende dans son pays.

 

DNJ : Le choix des musiciens dans votre nouvel album : choix librement consenti ou choix imposé par le label ?

 

Anouar Brahem : Ce n’est absolument pas un cahier des charges et en même temps ce n’est pas non plus librement. C’est ce qui m’est imposé par la musique qui surgit. Quand je commence à travailler sur un disque, je ne pars pas avec une idée d’orchestration préétablie. Cela vient à mesure que la musique surgit. Je commence toujours par des ébauches, des premiers jets et c’est au fur et à mesure qu’elle se met à sonner que cela me donne des idées d’orchestration

 

DNJ : Vous partez au départ de trames mélodiques ?

 

AB : Oui c’est généralement  la seule chose que je peux ou que je sais faire : partir de fragments de thèmes. Et c’est en commençant par là que je peux arriver à l’instrumentation. Et l’instrumentation c’est la chose que je mets le plus de temps à décider. C’est pour moi comme l’étalonnage dans le cinéma et les instrumentistes sont comme des acteurs. Quand on me demande, dans un festival par exemple de jouer avec untel ou untel, je suis dans l’incapacité d’écrire pour une formation donnée ou imposée.

 

DNJ : Vous parlez de cinéma, et au cinéma il y a des castings. Est ce qu’il y a des musiciens avec qui vous avez essayé de livrer votre musique et avec qui la  magie ne s’est pas produite ?

 

A.B : C’est vrai il y a beaucoup de musiciens avec qui je souhaiterai travailler et cela ne marche pas forcément parce que je n’ai pas ressenti que leur rôle était important dans ce que je voulais jouer. Mais lorsqu’il s’agit de faire un album cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs on a pas le droit à l’erreur avant de rentrer en studio. Lorsque l’on fait appel à des musiciens on fait appel à des personnalités très différentes. De gens qui ont un vrai background et c’est cela qui est très stimulant, les choses peuvent ainsi sonner de manière différente.

 

DNJ : pourquoi avoir choisi la clarinette basse en l’occurrence ?

 

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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 08:02

Rencontre avec le génial pianiste américain d’origine indienne, pour la sortie de « Historicity » enregistré en trio pour le label Act.

 

DNJ : Vous avez enregistré beaucoup d’albums en leader ou co-leader depuis « Memorophilia » en 1995 avec diverses formations, mais avec « Historicity », il s’agit de votre premier disque en trio, pourquoi avoir attendu si longtemps pour enregistrer en trio ?

 

V.I : En fait, on peut trouver dans chacun de mes disques et dès le premier, des passages ou des morceaux en trio. Mon quartette actuel comprend les mêmes musiciens que mon trio, avec en plus la présence du saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa et dans « Tragicomic » l’année dernière, j’avais enregistré quatre titres en trio (« Comin’Up » de Bud Powell, ainsi que « Age of Everything », « Window Text » et « Becoming »). Il est vrai que j’avais peut-être un peu peur d’occuper tant d’espace en tant que pianiste et que je n’étais pas encore prêt pour y consacrer un album entier.

 

DNJ : Parlez-moi de l’interaction qu’il y a entre vous, le contrebassiste Stephan Crump et le batteur Marcus Gilmore.

 

V.I : Je suis très heureux et j’ai beaucoup de chance de jouer avec ces musiciens. L’interaction, nous l’avons développée à travers les années, nous nous connaissons bien et jouons ensemble depuis neuf ans avec Stephan et cinq ans avec Marcus. Il se crée entre nous une véritable alchimie et nous avons pu au fil des ans, développer notre propre langage, travailler ensemble sur la texture et la dynamique. C’est vrai qu’avec la connivence qu’il y a entre nous, c’était le bon moment pour concevoir ce projet d’album entièrement en trio.

 

DNJ : Vous avez une approche particulièrement rythmique du jeu pianistique, est-ce lié à vos origines et aux rythmes spécifiques de la musique indienne ?

 

V.I : Absolument ! Je suis très influencé par la dimension rythmique de la musique de l’Inde du sud. C’est une musique très élaborée, formelle et mathématique et en même temps elle est vivante, spontanée et organique. C’est l’association, la globalité de ces deux aspects que je recherche en musique, que ce soit du jazz, de la musique indienne ou autre chose. En ce qui concerne le jazz, j’ai été fortement marqué par les pianistes percussifs qui ont travaillé sur la résonance de l’instrument comme Ellington, Monk, Randy Weston ou Andrew Hill.

 

DNJ : Votre album tourne autour du concept de « l’historicité » de la musique, c'est-à-dire à la fois de son histoire, mais aussi de son authenticité et de son impact. On y trouve une majorité de reprises issues de la musique pop, soul ou jazz, ainsi que certaines de vos  anciennes compositions que vous avez « réactualisées ». Pourquoi ce choix de répertoire ?

 

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