Les Dernières Nouvelles du Jazz

Eagle Vision



Rand Breker,  Wynton Marsalis,  Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young (tp), Eddie Bert, Sam Burtis, Paul Faulise,  Urbie Green, David taylor, Britt Woodman (tb), Don Butterfield (tuba), John Handy, jerome Richardson, Bobby Watson (as), Georges Adams, Phil Bodner (ts), Gery mulyan, Roger Rosenberg (bs), Dale Kleps (clb), Michael Rabinowitz (htb), Sir Roland Hanna, Jon Hicks (p), Reggie Johnson, Edwin Schuller (cb), Karl Gerger (vb), Victor Lewis (dm), Daniel Druckman (perc), Gunter Schuller (dir)

 

 En 1989 fut donné un concert au Lincoln Center de new York à l’occasion des 10 ans de la disparition de Charles Mingus. Concert prestigieux s'il en est dans les boiseries de cette salle majestueuse où, sous la baguette de Gunter Schuller, la fine fleur des « vétérans » du jazz se retrouvaient réunis pour interpréter pour la première fois Epitaph, l’œuvre magistrale de Mingus. Une œuvre à la dimension de son génie regroupant d'une traite 18 morceaux, près de 500 pages de partitions pour plus de 2h20 d’un concert stupéfiant retransmis dans son intégralité par une production TV anglaise (Channel Four). Certains des thèmes d’Epitaph, étaient déjà connus, déjà entendus et joués par Mingus lui-même. Mais aucun support phonographique n’avait encore donné cette œuvre dans sa globalité. Et c’est d’un moment fondamental dont il s’agit. Car (excusez les superlatifs) l'œuvre à laquelle s'est consacré Mingus pendant plusieurs décennies est assurément une des œuvres majeures de l'histoire du jazz. Un chef d’œuvre devrait-on dire, qui atteint à la dimension Ellingtonienne, foisonnante, complexe, plongeant dans toute l’histoire du jazz. Celle où l’on retrouve toute la musique de Mingus dans une lecture aussi moderne que résolument ancrée dans cette histoire du jazz qui va du gospel au blues, jouant des dissonances, remettant à l’antique les chœurs de trombones et de cuivre sur le devant, maniant les ostinatos comme pour faire émerger ces moments où les voix se mêlent dans des moments de paroxysme très forts et denses. Comme dans tous les chefs d’œuvre Ellingtoniens  Mingus laisse une place essentielle aux solistes, ici magnifiés et qui ce soir là , tous extraordinaires atteignaient là leur part d’héroïsme gravé dans le marbre ( disons plutôt sur la pellicule). On pense notamment aux envolées spectaculaires de George Adams qui dans cet orchestre "Mingus Epitaph" de Gunter Schuller semblait trouver, trois ans avant sa disparition une dimension hors du commun. Mais il serait juste de citer aussi John Handy ou Bobby Watson et tous les autres qui, à l’assaut  de cette sorte de monumentale vallée du jazz ressemblaient un peu à cette cavalerie fordienne, valeureux vétérans héroïques d’une époque du jazz dont ils transmettaient la flamme et les valeurs fondamentales.

Si l'ensemble de la captation donne un peu une couleur sépia légèrement « ringarde », l'équipe de tournage a réalisé cependant l'exploit de restituer au mieux le son en évitant les effets d'échos et en promenant sa caméra sur des plans rapprochés toujours très efficaces et particulièrement sobres.

Ces images témoignent assurément d'une des plus belles plages de l'histoire du jazz qui atteignent sans conteste la dimension de Black Brown and Beige : un monument !

 

Jean-Marc Gelin

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La collection Jazz Icons constitue ce qui ce fait de mieux en matière d’édition DVD de concerts ou de prestations télévisées de jazzmen américains de passage en Europe. Un travail soigné de restauration de l’image et du son, un livret explicatif et complet de 24 pages, intégrant photos et anecdotes truculentes. Et enfin et surtout, des professionnels sérieux et honnêtes qui payent les droits d’éditions et publient des documents exceptionnels avec l’accord des ayant droits (chose rare dans l’industrie du DVD où la plupart des documents d’époque sortent en édition pirate et trouvent malheureusement des réseaux de distributions normaux).

Parmi les 7 nouveaux DVD qui constituent la troisième série de la collection Jazz Icons (tous excellents), notre choix s’est concentré sur trois grands saxophonistes incontournables, présents dans trois DVD indispensables.

Lionel Eskenazi

 

 

JJJJ CANNONBALL ADDERLEY: « Live in ’63 »  HHHH

 


Au début de l’année 1962, Julian « Cannonball » Adderley transforme son quintet en sextet, en intégrant le génial flûtiste, saxophoniste ténor et hautboïste Yusef Lateef. Cette formation légendaire qui comprend aussi Nat Adderley au cornet, Joe Zawinul au piano, Sam Jones à la contrebasse et Louis Hayes à la batterie, va devenir l’un des meilleurs et des plus inventifs orchestres de jazz de cette période. Ils remporteront un très grand succès en sillonnant pendant deux ans les scènes du monde entier et enregistreront (exclusivement en « live ») des disques essentiels (In New-York, In Europe, Jazz Workshop Revisited et Nippon Soul). La première partie de ce DVD nous les présente en concert en Suisse à Lugano, le 22 mars 1963. Il s’agit d’un formidable concert qui a d’ailleurs été édité en CD et qui est correctement filmé par la TV suisse, en vidéo noir et blanc, mettant en avant chaque musicien du sextet. Yusef Lateef se taille la part du lion, notamment à la flûte sur Angel Eyes (titre inédit joué en quartet et absent de l’édition CD), et au hautbois sur le bluesy Trouble in Mind. Les frères Adderley en grande forme effectuent des chorus ébouriffants à chacune de leur intervention. Joe Zawinul, méconnaissable, portant un smoking et une coupe de cheveux fortement marquée par une raie horizontale sur le côté, assure un swing pétillant et très churchy. En fermant les yeux et en se concentrant sur son jeu de piano, on pourrait croire que ce pianiste blanc autrichien est un afro-américain natif de harlem ! La complémentarité rythmique du contrebassiste Sam Jones et du batteur Louis Hayes est tellement extraordinaire que le grand Oscar Peterson les intègrera ensemble dans son trio, trois ans plus tard. On peut apprécier leur talent de soliste sur Trouble in Mind pour Sam Jones et sur Bohemia After Dark  pour Louis Hayes. La deuxième partie de ce DVD est moins intéressante, elle a été enregistrée deux jours avant dans un studio TV en Allemagne, dans un décor affreux, la réalisation est un peu brouillon et propose des cadrages assez inhabituels (on intègre des bouts de musiciens dans un décor plutôt que le contraire). Le groupe ne joue que trois titres dont Jessica’s Day et Jive Samba, déjà interprétés lors du concert de Lugano. C’est donc pour le magnifique Brother John (une composition de Lateef interprétée au hautbois et dédiée à John Coltrane) que toute notre attention se portera.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ RAHSAAN ROLAND KIRK : « Live in ’63 & ’67 » 

 

Ce DVD est indispensable car l’écoute des albums de Roland Kirk ne suffit pas à bien comprendre et à pouvoir adhérer pleinement à l’univers musical de ce phénoménal multi-instrumentiste, qui à lui seul sonnait comme une section de saxophones (il jouait aussi diverses flûtes, sifflets, appeaux et sirènes). Roland Kirk jouait de trois saxophones simultanément : le sax ténor, le manzello (sorte de soprano recourbé) et le stritch (sorte de long alto droit). Cette « performance » ne faisait pas de lui une bête de foire, mais un véritable musicien-compositeur qui entendait sa musique à plusieurs voix, un artiste aveugle qui a développé une hyper-sensibilité et une ouïe démesurée, ainsi que des capacités respiratoires hors du commun (la maitrise de la respiration circulaire). Le DVD démarre par une émission de la TV belge (Jazz Pour Tous) en 1963, avec une très belle image parfaitement restaurée et une réalisation sobre et efficace, toujours au service de la musique. Il est accompagné d’un trio efficace où l’on distingue un jeune batteur de 25 ans au jeu vif et subtil qui n’est autre que Daniel Humair ! Sur Three for the Festival, Kirk réalise un véritable tour de force, introduisant le morceau avec ses trois saxophones, puis proposant un remarquable chorus de flûte avant de revenir à ses furieux saxos. Puis l’on se retrouve au Rolando, club de jazz Hollandais avec une réalisation plus nerveuse. Une version de Bag’s Groove qui décoiffe avec un Daniel Humair en grande forme et une très belle interprétation à la flûte de Lover Man. La troisième partie du DVD se situe quatre ans plus tard en Norvège lors du festival de Kongsberg. Kirk y est encore plus impressionnant (il a enregistré entre temps de remarquables albums comme Rip, Rig & Panic, Here Comes a Whistleman ou Now Please don’t you Cry Beautiful Edith) et se trouve entouré de pointures tel que le contrebassiste NHOP ou le pianiste au jeu bluesy Ron Burton. La mise en images n’est pas mémorable mais les versions de Blue Rol (où il joue de la clarinette !) et de Making Love After Hours sont de grands moments de musique très intense.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ SONNY ROLLINS :  « Live in ’65 & ’68 »  

 

Au Danemark en 1965, Sonny Rollins, le crane rasé de près, joue en trio au festival de jazz de Copenhague. Il est accompagné du contrebassiste NHOP et du batteur Alan Dawson. Les caméras danoises n’ont que trois musiciens à filmer, mais elles ont vite compris que c’est sur Sonny qu’il faut se concentrer et surtout ne pas le lâcher, car il est dans un grand jour et va faire exploser la baraque. On peut même dire que ce soir là, il invente un nouvel instrument : le saxophone ténorme ! Après deux excellents morceaux qui lui servent de warm-up (There will Be Another You et le célèbre St Thomas), il passe aux choses sérieuses en entremêlant dans le même morceau les thèmes d’Oleo et de I Can’t Get Started. Il va alors partir dans une furieuse improvisation mémorable de 30 minutes sans beaucoup reprendre son souffle, avec des clins d’œil et des réminiscences à 52nd Street Theme et Alfie, puis il intègre le thème de Sonnymoon for Two et enchaîne sans temps mort sur Darn That Dream et Three Little Words. Un instant de pur bonheur et qui est en plus, remarquablement bien filmé par la TV danoise. Ces trente minutes (qui se situent entre la 24 ème et la 54 ème minute du DVD) demeurent un des plus grands moments de jazz télévisé que j’ai pu voir. Sonny est à son sommet et s’envole très loin, noue emmenant avec lui dans sa furieuse improvisation, l’émotion est à son comble et il est très difficile d’en sortir indemne. Il est d’ailleurs fort dommage qu’il n’existe pas un CD de ce mémorable concert. La deuxième partie du DVD nous le montre toujours à Copenhague, mais dans un studio de la télévision danoise, trois ans plus tard. Sa barbe a poussé et il joue cette fois-ci en quartet (avec Kenny Drew au piano et le même NHOP à la contrebasse). Il va effectuer une remarquable prestation (bien que très en-dessous par rapport concert précédent) avec notamment une belle version de On Green Dolphin Street . Les images sont belles et bien composées, l’éclairage est soigné et le montage efficace par rapport à la narration musicale. Lionel Eskenazi

 

 

 

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Dexter Gordon Copenhague 1969

Ben Webster at Ronnie’s Scott 1964

Impro Jazz

 

Dexter Gordon (ts), Kenny Drew (p), NHøP (cb), Makaya  Ntshoko (dm)

Ben Webster (ts), Ronnie Scott (ts), Stan Tracey (p) , Rick Laird (cb), Jackie Dougan (dm)

 

  Deux concerts pour ce DVD de 48mn. Ou plutôt deux très courts extraits de concerts. Le premier filmé en 1969 avec les moyens du bord dans le fameux Café Montmartre y montre Dexter Gordon tel que lui-même dans son club fétiche de la capitale danoise. Mal filmé certes mais restituant au plus près cette ambiance de club. Démarrant dans les loges et suivant Dexter arrivant sur la scène, faisant des plans sur ce jeune public d’étudiants (on note tout de même au passage la présence dans ce public d’un oins jeune et moins étudiant, en l’occurrence Ben Webster venu en autochtone écouter son copain). Malgré sa qualité médiocre et sa brièveté, cette première partie ne se boude pas, elle sent la fumée des clubs de jazz comme ils existaient autrefois. Il ne témoigne de rien d’autre que de cela est c’est déjà pas mal.

4 ans plus tôt, autre lieu, autre ambiance plus guindée et plus froide, Ben Webster justement donnait au Ronnie Scott de Londres un gig comme tant d’autres. Mais même un gig comme tant d’autres c’est toujours avec Beam un évènement en soi. Il suffirait d’écouter trente secondes de ce DVD, l’intro de over the Rainbow par Ben Webster pour sentir toute la beauté du monde et sa fragilité aussi vous tomber dessus comme ça vlan d’un seul coup autant de grâce et de douceur que c’est pas possible c’est pas humain moi je peux pas y croire.

 

Valeur de témoignage historique certes pour ces deux titans du sax ténor mais qui sent un peu les fonds de tiroirs. Impro Jazz qui ne nous habitue pas forcément à faire le tri dans son catalogue, exhume quelques fois des documents d’une très médiocre qualité ou d’un intérêt très relatif. C’est le cas ici et l’on pourra aisément se dispenser d’encombrer un peu plus notre vidéothèque. Sans regret.

Jean-Marc Gelin

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